X-Files (Saison 7)
X-Files (Saison 7)
Nous voilà donc arrivés au dossier sur la saison 7. Après une saison 6 sacrément ambitieuse ayant dynamité les attentes des fans, cette nouvelle année entend récupérer les passionnés laissés sur le carreau par tant d'audace (que certains ont perçu comme une trahison de l'esprit initial de la série). En effet, la douce folie caractéristique de la sixième saison n'a clairement pas été du goût de tout le monde. Conséquence: la saison 7 va tenter de rétropédaler en conviant un retour au source finalement un peu poussif. Cette nouvelle salve d'épisodes est caractérisée par un essoufflement assez flagrant. Autant, on pouvait distinguer quelques petites lézardes ici et là lors de la saison 5, autant la saison 7 marque la première fois où le poids du temps se fait sentir sur les épaules du show. Effectivement, la lassitude commence à épuiser toute l'équipe. Mais un événement en coulisse va venir plomber l'atmosphère globale du tournage...
Oui, j'illustre mon article avec l'épisode des Simpsons: The Springfield Files, le fameux cross over entre Les Simpsons et X-Files qui fut diffusé en 1997, durant la saison 4 du show de Chris Carter. J'aurais pu (dû) utiliser cette image sur mon article de la saison 4, mais je voulais en utiliser une autre. Et puis, je fais ce que je veux sur mon blog, hein ? Tu vas rien me faire.
Pour commencer, la saison 7 marque le premier faux pas de la série. Il y a de nombreuses raisons qui ont plombé cette année délicate. Tout d'abord, sept ans, c'est très long dans la vie d'une série d'un grand network. Imagine: pondre une vingtaine d'épisodes tous les ans malmène inévitablement la machine à idées. Ceci étant dit, X-Files aura tenu admirablement 6 saisons avant de relativement se planter. Je suis un peu sévère, il est vrai: cette nouvelle année n'est en aucun cas un échec. Elle est loin du naufrage de la saison 9 (ou du revival). Disons qu'elle oscille entre le très bon, le ok tiers et quelques éclatants ratés. En outre, X-Files est une série extrêmement ambitieuse à produire. Elle demande des ressources considérables en acteurs, en décors, en effets spéciaux, en budget, le tout emballé dans une réalisation de haute volée. Cette volonté de créer un mini film toutes les semaines a fini par éreinter tous les artistes à l'oeuvre.
La saison 7 a également la lourde tâche de succéder à la 6 qui reste un bijou de créativité. En effet, quoiqu'on pense de l'orientation de cette dernière, elle a su apporter un vent de fraîcheur presque inespéré. Cependant, elle a également fini par aliéner une partie du fandom. L'équipe créatrice a donc tenté le pari d'adoucir les extravagances de l'année passée en misant sur davantage d'histoires dites classiques. Mais à la vue du résultat, ce retour au source semble quelque peu forcé, comme si les scénaristes avaient dû refreiner leurs ardeurs créatrices. Pourtant, il y a de bons segments dans tous ces loners classiques. Juste que certains semblent assez routiniers. En revanche, c'est plus du côté des épisodes décalés (ou à velléités événementielles) que la série va se planter en beauté.
En vérité, X-Files ne déroge pas à ce qu'on appelle "la crise de la septième année" télévisuelle. Une règle empirique explique la lassitude du public est presque inévitable, même pour les plus prestigieuses séries. Que ça soit Buffy ou même Friends, il arrive toujours ce moment, dans les alentours de la saison 7 où la routine devient vraiment problématique. En outre, les acteurs et l'équipe de production commencent à regarder ailleurs. Effectivement, travailler autant d'années sur un même programme amoindrit la stimulation créatrice.
La saison 7 d'X-Files aurait dû être un season final. D'ailleurs, les deux premiers épisodes: The Sixth Extinction et Amor Fati sont clairement définis comme le début de la fin. Sein Und Zeit et Closure referment le chapitre Samantha Mulder. Chris Carter a donc plus ou moins établit une fiche de route pour aboutir à une conclusion qui devait initialement prendre la forme d'un final explosif scindé en trois parties. Il n'en fut rien puisque, durant la production, il semblait de plus en plus évident que la FOX ne voulait pas en finir avec X-Files. Il faut savoir que durant cette année, les audiences de la chaîne ont été en chute libre, obligeant les dirigeants à revoir leur plan, et ainsi prolonger la série qui restait une poule aux oeufs d'or. Ces incertitudes colorent donc étrangement le ton général de la saison qui ne sait sur quel pied danser. On sent une volonté de vouloir en finir, mais parfois la série semble avoir enclenché le pilote automatique, comme si elle tempérait. Le résultat conféré est donc quelque peu étrange. Il subsiste donc une ligne floue qui se dégage de l'ensemble, comme si les scénaristes naviguaient en eau trouble. Ce sentiment est renforcé par la mythologie qui semble maintenue en vie artificiellement, héritage d'une saison 6 qui a refermé une bonne partie des arcs narratifs. Tout le mytharc souffre des conséquences de Two Fathers et One Son, le fameux duo de la saison 6 venu résoudre bon nombre de mystères. La fin du syndicat a considérablement affaibli la conspiration, même si l'Homme à La Cigarette continue ses méfaits. Seulement, ce dernier, ainsi que les derniers membres du syndicat semblent errer comme des zombies durant la quasi totalité des épisodes dédiés à la mythologie. Des manigances ont l'air de s'être manifesté hors-champ, conférant une sensation étrange au fil rouge. Le coeur est surtout ramené sur d'autres dénouements, comme conclure une bonne fois pour toute l'arc de Samantha, comme précité. Il faut savoir qu'un certain nombre de développement scénaristes auraient dû se retrouver dans cette supposée ultime saison. Des bruits de couloirs font état d'un mytharc entièrement centré sur le personnage d'Alex Krycek aurait dû voir le jour. De surcroit, le grand arc narratif aurait justement dû présenter les ramifications et les conséquences des événements liés à Two Fathers/One Son. La prolongation de la série et le flou sur son avenir ont modifié les plans de Chris Carter, à la dernière minute. La saison 7 semble donc être une occasion manquée sur de nombreux points. Ce chapitre pourrait être assimilé à un épilogue qui a peur de conclure. Une situation en somme assez paradoxale.
Il y a longtemps, j'avais lu un texte qui expliquait que L'Homme à La Cigarette représentait parfaitement l'état de la saison 7: à savoir une sorte d'âme en peine qui s'affaiblit à chacune de ses apparitions, tout le long de l'année. Dans l'absolu, le thème de la mort parsème tous ces nouveaux chapitres. Oui, cela peut sembler cocasse de dire ça pour une série qui amorce ses pré-génériques par, la plupart du temps, des morts atroces. Mais ici, ce thème recouvre une partie des épisodes, notamment à travers la figure du zombie. Millenium en fait son monstre principal, tandis qu'Hollywood AD propose une danse assez spéciale dans son final. Je citerai aussi rapidement ce personnage qui revient d'outre tombe dans l'amusant Je Souhaite. Et puis, comme mentionné juste au-dessus, le Cigarette-Smoking Man, ainsi que le reste de la conspiration, errent comme une entité zombie qui semblent être dépouillés de leur puissance d'antan. Cette thématique agit comme un aveu d'une fiction qui reconnait qu'elle a bien trop perduré, et qu'il serait peut être temps d'en finir et de mourir dignement, au lieu de continuer d'errer comme une série zombie qui progresse en pilote automatique.
Au delà de tout cet essorage artistique, la saison 7 a souffert d'un procès entre David Duchovny et la FOX. En effet, la chaîne a vendu, à prix réduit, les rediffusions de la série à une autre filiale du network, escroquant par la même occasion plusieurs acteurs du show, dont Duchovny. Cet événement a notamment plombé les relations entre l'acteur et Chris Carter. Le premier accusant le second d'avoir été au courant de ces manigances et de ne pas lui en avoir parlé. Dans sa plainte, il accusait la chaîne d'avoir acheté le silence du showrunner. Une solution à l'amiable n'a été trouvé que quelques jours seulement avant la diffusion de Requiem, la conclusion de la saison. Ce qui fait que la star a bataillé durant toute l'année afin d'obtenir réparation. Une situation qui a distinctement eu des retombées sur l'ambiance générale du tournage.
Quoiqu'il en soit, la star ne voulut pas rempiler pour une éventuelle huitième saison. Il estimait en avoir marre de son personnage, et qu'il n'y avait plus rien à raconté sur lui.
X-Files devient donc une vieille série fatiguée. Les audiences continuent de dégringoler. De toute façon, ce show n'a plus rien à prouver. Elle a déjà raconté tant d'histoires. Elle est déjà un objet de pop culture incontournable qui a tutoyé des sommets. Elle n'est clairement plus cette curiosité insolente qui désirait terroriser les spectateurs, en remettant l'horreur à la mode dans les foyers. Elle a prouvé qu'on pouvait écrire tellement d'histoires effrayantes différentes.
Quoiqu'on pense de la saison 6, elle débordait d'une insolente énergie, motivée par le récent déménagement à Los Angeles. Un événement sacrément casse gueule qui, négocié de mauvaise façon, aurait pu faire péricliter le show. Au lieu de cela, l'équipe créatrice a su profiter des nouveaux environnements proposés par le soleil de la Californie. La saison 7 a donc dû faire des concessions pour attirer à nouveau un maximum de fans, mais elle ne bénéficie nullement de la même vivacité que l'année précédente. A la place, elle parait beaucoup trop familière et moins surprenante. Même les bons segments paraissent parfois un poil routinier: Theef, Rush, Signs and Wonders, Brand X ou encore Chimera en tête. Ceci étant dit, certains de ces exemples peuvent être rangés dans la catégorie des bons élèves.
Mulder et Scully restent le pilier central d'X-Files. C'est grâce à leur alchimie hors du commun que la plupart des épisodes sympathiques ou moyens arrivent à tirer leur épingle du jeu. Que ça soit Rush, The Goldberg Variation, Theef ou encore The Amazing Maleeni, nous avons réellement l'impression de voir un vieux couple flirter dans le cadre, mais aussi hors du cadre. La saison 7 ne rejoue pas les taquineries romantiques de la 6, mais elle a l'air d'acter que les deux protagonistes sont désormais en couple, sans vraiment l'expliciter. C'est à la fois mignon mais également structurellement étrange. Carter a longtemps joué avec l'ambiguïté de leur relation. Depuis longtemps, les spectateurs savaient qu'ils s'aimaient, mais les différents récits préféraient faire languir les shippers. Le film Fight The Future nous a présenté un "presque" baiser entre Mulder et Scully. La sixième année a joué sur la relation romantique entre les deux personnages. La saison 7 va faire évoluer leur relation de manière timorée, presque hors-champ. On ignore où ils en sont affectueusement. Certains épisodes vont venir suggérer des choses, mais rien de réellement concrets.
A titre personnel, la diffusion française de la saison coïncide avec une mauvaise année scolaire. Du coup, j'ai pu la visionner parfois avec la boule au ventre. Et je me suis toujours demandé si ma déception a découlé initialement de ce contexte un peu difficile. A l'instar de toutes les autres rentrées, j'attendais X-Files toujours avec grande impatience. Mais je mentirai si je n'ai pas été déçu plus d'une fois après la diffusion des nouveaux épisodes. Pourtant, tout avait bien commencé avec la VHS qui incluait Biogenesis, The Sixth Extinction et Amor Fati. J'adore cette trilogie d'épisodes qui donne une idée de l'imminente conclusion de cette longue épopée. Mais très vite, j'ai déchanté avec plusieurs épisodes qui m'ont laissé sur ma faim. Je ne l'ai pas conscientisé de suite, mais c'est plusieurs mois après la diffusion de toute la saison que j'ai réalisé que je n'étais peut être plus aussi inconditionnel. J'étais toujours très fan, mais quelque chose se brisait en moi. Pour la première fois, une saison ne m'avait pas pleinement satisfait. C'était assez étrange comme sentiment. X-Files ne me paraissait plus aussi brillante. Même le final, Requiem, une conclusion pourtant très chouette, ne m'avait pas totalement convaincu non plus, du moins au premier visionnage.
En définitif, la saison 7 n'est heureusement pas une catastrophe. Non. Mais elle est indubitablement la saison la plus faible jusqu'ici. Et c'est déjà salutaire d'avoir tenu un tel niveau d'excellence, même après avoir longtemps franchi le centième épisode.
1. THE SIXTH EXTINCTION (La Sixième Extinction Partie 1)
On reprend pile à l'endroit où Biogenesis nous avait laissé, c'est à dire avec un Mulder en piteux état, dans un hôpital psychiatrique, et une Scully qui découvre un immense vaisseau spatial alien enfoui sous une plage. Comme toutes les trilogies d'épisodes, le second segment se retrouve toujours dans une position inconfortable, car il sert de transition entre l'épisode inaugural, qui pose les bases scénaristiques, et du chapitre final qui vient refermer (partiellement) les portes de l'intrigue. The Blessing Way (saison 3) proposait un rythme plus lent qu'Anasazi et Paper Clip. Redux présentait une douce introspection entre les deux agents via de longs monologues en voix off. A contrario, The Sixth Extinction, lui, est curieusement le plus rythmé des trois segments, même s'il faut tempérer mes propos, étant donné qu'il s'agit du mytharc le plus spirituel et le plus lent que la série ait proposé jusqu'ici. L'arc le plus marquant de l'épisode réside dans l'état de Mulder: Ce dernier devient une sorte de divinité capable de lire dans les pensées. En réalité, cette faculté lui a été octroyé par le morceau d'artefact qui lui confère des pouvoirs extra-terrestres. Un spectateur assidu fait directement le lien avec Gibson Praise, cet enfant qui possédait le même pouvoir. Toutes les scènes avec Mulder permette de mettre en relief l'excellent Walter Skinner. Ici, le patron des X-Files se compromet en essayant de sauver la vie de son agent, avec l'aide de Michael Kritschgau, personnage central de la trilogie Redux. A ce titre, lorsque Mulder commence à écrire son nom sur la main de Skinner, je suis persuadé que beaucoup de fans ont cru que notre héros allait écrire Krycek et non Kritschgau. Je me suis toujours demandé si le gros plan sur la main était un choix délibéré de Carter pour que les fans aguéris tombent dans le panneau. Moi je suis tombé dedans, en tout cas. Si Mulder avait demander à Skinner de voir Krycek, ça aurait pu donner lieu à des scènes tendues entre les deux, étant donné l'emprise que le dernier exerce sur le premier.
Contrairement à de nombreux mytharcs, cette fois c'est Scully qui entre en action pour sauver son collègue: C'est principalement elle qui hérite d'un rôle actif à l'intrigue, et qui court partout en allant de découverte en découverte. Elle y découvre notamment des extraits de la Bible et du Coran écrits sur le vaisseau. Ces passages détonnent par certains phénomènes paranormaux comme une marée de sang, une invasion de sauterelles ou encore les multiples apparitions qui renouent avec les origines angoissantes de la série. Des manifestations incontestablement étonnantes dans un segment mythologique. Mais comme pour Biogenesis, c'est surtout l'aspect spirituel qui est au centre de cette histoire. X-Files a toujours su s'appuyer sur la religion, en s'attardant en réalité à tout ce qui a attrait à la foi, au sens le plus large. Pareillement, de nombreux épisodes donnent la part belle aux iconographies religieuses. Néanmoins, la trilogie Biogenesis dynamite tout ça en osant prétendre que les croyances des Hommes nous ont été donné par une force extra-terrestre. Ces révélations chocs demeurent bien évidemment un poil audacieuse. Les détracteurs pourraient y voir une démarche prétentieuse. Chris Carter et Frank Spotnitz craignaient que ces trois chapitres offensent les croyants. Finalement, ils furent étonné du peu de courrier négatif reçu à cet égard. Spotnitz estima qu'ils ont essayé de traiter la religion avec le plus grand respect, ce qui expliquerait le peu de retour incendiaire. Il ne faut pas oublier que, lors de la saison 4, les autrices de Sanguinarium s'étaient attirées les foudres de nombreux wiccans qui furent offensés par la représentation de leur croyance dans leur scénario.
De manière globale, le mytharc de la saison 7 revêt une composante spirituelle plus prédominante. En définitif, même des segments comme Sein und Zeit/Closure, En Ami ou encore Requiem assument une imagerie religieuse plus explicite. De surcroit, il y a quelque chose de crépusculaire qui se dégagent de toutes ces histoires. Bien sûr, cette atmosphère préfigure les contours d'une conclusion voulue initialement pour la saison 7. Au cours de la série, Carter s'est un peu plus ouvert à la spiritualité, expliquant une nette évolution dans l'écriture du show. Comme le fera Lost ultérieurement, X-Files s'interroge ici sur la confrontation, mais aussi la conciliation, entre la foi et la science. Dans le même ordre d'idées, la série prouve la compatibilité entre Mulder/la foi et Scully/la science. Que les deux peuvent demeurer côte à côté, en parfaite symbiose. Placer Scully au centre de cette dualité est donc tout indiqué. Tout au long de la série, elle est décrite comme une scientifique endurcie, mais qui, en même temps, est assaillie par ses convictions religieuses. A priori, ces dernières ne semblent pas compatibles avec son métier. The Sixth Extinction va donc prendre plaisir à diluer les deux notions et, par extension, ébranler les convictions les plus profondes du protagoniste. A ce stade, il sera encore plus difficile pour elle d'être la sceptique endurcie des prémices de la série. Il faut dire que désormais, elle a frontalement vu un vaisseau alien !
J'avais lu un article qui expliquait que seule la foi permettait aux personnages de voir des OVNIS. Dans les premières saisons, Mulder était capable d'en apercevoir, tandis que Scully arrivait toujours aux mauvais moments, comme si son scepticisme l'empêchait de "voir". Puis, pendant le switch croyant/sceptique entre les deux agents dans la saison 5, c'est Scully qui se retrouve nez à nez avec un vaisseau alien dans le diptyque Patient X/The Red And The Black. Si on suit donc ce raisonnement, Biogenesis et The Sixth Extinction suggère que Scully a acquis une ouverture d'esprit suffisante pour enfin voir ce nouveau vaisseau spatial enterré dans le sable. A ce sujet, Chris Carter déclarait: "Je pensais vraiment que cette année serait celle de Scully et de sa quête scientifique. Et que cela soulèverait de nombreuses questions spirituelles. Le dilemme de Scully est le suivant: Comment concilier la foi en Dieu et la foi en la science ? C'est toujours une question passionnante pour les scénaristes."
La révélation comme quoi nous descendons tous d'êtres venus d'ailleurs peut être interprété comme une douce ironie, mais on peut aussi y voir une manière optimiste d'affirmer la réunification de tous les peuples. Ces trois épisodes mélangent les religions, et font intervenir plusieurs personnages aux origines différentes, à l'instar de Scully, Albert Hosteen ou encore le Dr. Merkmallen. Apprendre que notre existence en ce monde provient des agissements des mêmes créatures célestes est une façon de tous nous rapprocher. Que nous sommes de petits êtres sur une planète bleue, face à l'immensité de l'univers.
Comme nous l'avons vu brièvement, Krycek continue ses manigances de son côté, et semble ne pas travailler pour l'Homme à La Cigarette ici. La chute du syndicat au terme de One Son resitue de nouveau l'antagoniste comme un électron libre, place qu'il a occupé de la saison 3 à 5. Ici ses motivations restent nébuleuses: Il cherche à détourner l'attention du vaisseau sacré. Peut être convoite-t-il ses secrets ou son pouvoir ? Pendant longtemps, je pensais qu'il travaillait pour CGB Spender dans cette intrigue. Mais rien n'est moins sûr puisque Fowley se méfie de Skinner qui, pourtant, travaille (contre son gré) avec Krycek. Visiblement, le projet avorté de centrer un épisode intégralement dédié à ce mystérieux protagoniste aurait pu répondre à toutes ces questions. Pour moi, le Krycek centric qu'on n'a pas eu est très certainement mon plus grand regret, à titre personnel. Et il est l'exemple d'une partie du gâchis de la septième saison. Néanmoins, la présence charismatique de l'acteur Nicholas Lea reste un atout indéniable. C'est toujours un immense plaisir de le retrouver foutre le bordel, que ça soit du côté des deux agents ou le camp du syndicat.
The Sixth Extinction est un formidable deuxième chapitre d'une trilogie que j'apprécie toujours aujourd'hui. Il se permet d'être globalement supérieur à Biogenesis, une première partie déjà très attachante et ambitieuse.
2. THE SIXTH EXTINCTION: AMOR FATI (La Sixième Extinction Partie 2)
Amor Fati constitue un final diamétralement opposée à toutes les conclusions des gros morceaux mythologiques. En effet, la règle d'or est que ces derniers offrent très souvent bon nombre de révélations, saupoudrées de scènes de tension disséminées tout au long de leurs intrigues. Amor Fati va à contrecourant de cette mécanique bien huilée, et préfère opter pour un voyage onirique singulier. Finalement, il reste dans la même lignée des deux épisodes qui le précèdent: Hautement spirituel, lent mais en y ajoutant une dimension rétrospective sur les choix de vie de Fox Mulder. En sus, ce troisième chapitre n'a pas la prétention de faire progresser le grand fil rouge. Il n'y a aucune réelle révélation ici. Il s'agit purement et simplement d'une étude de personnages. Il hérite de l'aspect presque contemplatif de ses deux prédécesseurs. Lorsqu'on remet la trilogie Biogenesis en perspective, aux côtés du reste de la mythologie, son étrangeté saute aux yeux. Ses enjeux sont énormes, ses révélations déterminantes, mais la série refuse de les mettre en scène de façon épique. Au lieu de ça, la majeure partie de l'intrigue plonge Mulder dans un rêve, pendant son agonie. Dans ce dernier, le Cigarette-smoking Man lui propose de sortir de l'hôpital et de venir faire une virée avec lui. Entre temps, il lui annonce avec désinvolture qu'il est son père. Mais comme Chris Carter est un petit malin, l'antagoniste lâche cette info dans un songe, donc difficile d'établir la moindre véracité. David Duchovny, épaulé par Chris Carter, a écrit une bonne partie du scénario, inspiré très largement par La Dernière Tentation du Christ. Il est vrai que les parallèles entre son personnage et la figure Christique sont évidents. Sa position sur la table d'opération ressemble immanquablement à la crucifixion du Christ. Depuis la saison 3, justement grâce à la présence de Duchovny à l'écriture, il était suggéré que Mulder ait un destin messianique, spécifiquement dans des opus comme The Blessing Way ou Gethsemane. Il n'était plus ce type random qui couraient après des extra-terrestres. Il était plutôt décrit comme une sorte d'élu, et il rejoignait la longue troupe de personnages au destin extraordinaire, comme taillé dans les livres de Joseph Campbell. Concrètement, notre héros a un rôle central dans cette tentaculaire conspiration, notamment parce que sa propre famille fut mouillée jusqu'au cou. Amor Fati pousse les potards en dressant des comparaisons entre La Dernière Tentation du Christ et l'épisode. Finalement, placer de telles connivences ici est parfaitement justifié. Après tout, nous venons de passer deux épisodes à expliquer les origines des religions, dans des récits à portée spirituelle. En outre, il est suggéré que Mulder devient désormais une sorte d'hybride humain/extra-terrestre, et donc, par extension, il subsiste désormais une part de divin en lui. L'Homme à la Cigarette lui même le décrit comme "notre sauveur" du futur fléau qui va tous nous anéantir. Cependant, David Duchovny n'a jamais eu de velléité prétentieuse en conviant une imagerie Christique (quoique peut être un peu). Il désirait plutôt décrire la part de Christ que l'on retrouve en chacun de nous, comme le signifie La Lamentation du Christ. L'acteur était surtout sensible au combat finalement très humain du fils de Dieu. Il est vrai que Mulder n'a pas une vie traditionnelle. Au lieu de ça, il est ce type qui tente de lever le voile sur un immense complot mondial, quitte à y laisser des plumes. Il a sacrifié toute sa vie pour sa quête de la Vérité, et a été enfermé par cette série qui lui refuse le moindre répit. Amor Fati permet d'entrevoir une autre alternative: celle d'un Mulder qui laisse tout ça derrière lui, et prendre une retraite bien méritée. Finalement, l'épisode décrit une vie alternative qui ne peut exister qu'hors du cadre de la série. Si Mulder arrive à s'extirper de cette fiction, il aurait une vie qui ressemblerait potentiellement à ça.
Il est intéressant de noter que le rêve de l'agent résonne également dans la vie de l'acteur qui l'incarne: Effectivement, Duchovny avait passé sept ans de sa vie à s'engager dans X-Files. Une série qui l'avait propulsé en super star, mais qui a demandé moult sacrifices, comme des conditions de tournage éreintantes, et où il s'est énormément investi émotionnellement, intellectuellement, artistiquement et physiquement. On parle quand même du type qui s'est suspendu à un téléphérique (Ascension) et sauter sur un train en marche (Niseï). En outre, il a écrit bon nombre de scénarios et déjà réalisé un épisode. Cette série l'a également obligé à négliger sa famille qui habitait à des kilomètres du tournage. Arrivé à la saison 7, l'artiste a plusieurs fois émis sa lassitude face à la série qui l'avait rendu célèbre, notamment lors de différentes interviews. Il avait l'impression qu'il en avait fini avec Fox Mulder. Son personnage ici semble partager les mêmes questionnements, et traverser les mêmes sentiments ambivalents: Son désir de continuer sa quête, mais en même temps de tout laisser tomber pour aller vaquer à d'autres occupations. Dana Scully représente symboliquement la flamme qui lui permettra de continuer, tandis que Diana Fowley personnifie son envie de tranquillité. Bien entendu, la place occupée par ces deux personnages suscités sont inspirés du roman chouchou de Duchovny.
Pour information, les passages oniriques sont signés de la plume de Duchovny, tandis que les parties conspirationnistes sont celle de Carter. On peut donc clairement supposer que l'acteur souhaitait connecter ses sentiments du moment à travers son personnage. Et comme il était fan du livre La Dernière Tentation du Christ, ce fut l'occasion rêver de dispatcher certaines références à cette oeuvre. Cependant, la collaboration entre Carter et Duchovny fut plutôt tendu: Ce dernier étant, je le rappelle, convaincu de l'implication du showrunner aux magouilles de la FOX. Les deux hommes ont donc conçu l'épisode légèrement en froid. Duchovny avait fait part de sa grande déception envers Carter. Lors d'une interview, il a avoué être "consterné et déçu" de l'implication supposée de son supérieur et ami. Heureusement, de l'eau à coulé sous les ponts depuis, et les deux hommes sont restés en bons termes.
X-Files a toujours été une série fascinante de part sa polyvalence: elle s'amusait avec toutes sortes de concepts, et savait brillamment les harmoniser entre eux. Tout d'abord, elle avait prouvé qu'elle était éclectique et à l'aise dans toutes sortes d'ambiance, allant de l'horreur, l'angoisse mais aussi la science fiction. Mais elle savait manier les ruptures de ton en proposant des épisodes totalement décalés, ironiques, humoristiques et loufoques. La mythologie appréciait plonger dans la science fiction, comme ces histoires d'hybrides aliens, mais elle adorait se noyer dans des références culturelles et littéraires, notamment au détour de dialogues et des longs monologues en voix off un peu péteux. X-Files n'avait pas peur de ces mélanges qu'on pourrait trouver saugrenus. Je vais peut être faire des comparaisons un peu audacieuses, mais on retrouve cela dans certaines oeuvres, notamment japonaises, comme par exemple Evangelion ou Metal Gear Solid. Deux fictions ultra respectées de pop culture qui n'ont pas eu peur de marier concepts religieux, philosophiques à des concepts de science fiction et/ou issus de la pop culture. En guise d'exemple, Metal Gear Solid 2 n'hésite pas à aborder de grandes questions philosophique sur le déterminisme ou le libre arbitre, tout en se questionnant sur un discours très méta sur l'intérêt une séquelle. Mais à côté de cela, le jeu s'amuse avec des personnages hauts en couleur, comme un vampire dansant qui court sur des murs ou sur un héros qui court à poil dans des couloirs. Ce mélange détonnant fonctionne pourtant bigrement bien. De façon moins marqué, X- Files propose un cocktail avec des hybrides au sang vert, au centre d'une gigantesque conspiration tenue par de vieux mecs blancs, mais se permet en même temps de convier des références bibliques ou autres références et citations littéraires. C'est une fiction qui met tout ça sur un même pied d'égalité. On a déjà reproché à X-Files ce grand écart, et ça ne m'a jamais gêné. Je me suis toujours demandé si les gens qui trouvaient ce panachage ridicule ne considéraient pas la pop culture comme moins noble que la littérature classiques (par exemple), et qu'il semblait donc mal avisé de les conjuguer avec des délires pulp. Personnellement, la pop culture a parfaitement sa place aux côtés d'autres références culturelles.
Une des plus grandes réussites de l'épisode réside dans le rôle que Duchovny alloue à L'Homme à La Cigarette. Les scènes entre les deux antagonistes sont géniales. Logique puisque la star apprécie particulièrement William B. Davis. L'écriture d'Amor Fati fut une aubaine pour avoir réuni les deux acteurs dans un maximum de scènes. Contrairement à son ambivalence dans les deux dernières saisons, il est jubilatoire de percevoir de nouveau le grand méchant d'X-Files comme le mal incarné. Lui même ironise et minimise ses actions quand il s'adresse à Mulder par la pensée: "Vous m'attendiez à me voir avec des canines de vampire ?" L'homme incarne à merveille l'être félon et malicieux qui tente de séduire le héros, afin de le détourner de sa quête. Il est même agréable de voir les deux némésis devenir voisins dans une fictive petite banlieue. A ce titre, revoir Gorge Profonde représente un plaisir immense également, visiblement partagé par Mulder. Ce dernier avouant avoir toujours culpabilisé de sa mort. Samantha Mulder revient elle aussi dans ce rêve, mais c'est surtout la figure paternaliste de Deep Throat qui m'avait le plus ému.
En revanche, la réception de l'épisode fut plutôt mitigée à sa sortie: Certaines critiques ont émis des réserves quant à certains dialogues qui sonnaient trop pompeux. Pourtant, ils n'étaient pas nécessairement du fruit de Chris Carter, mais plutôt de David Duchovny (même si on peut imaginer que le showrunner a aidé à l'écriture aussi pour ses séquences). Heureusement, le temps adoucit les esprits, puisque cette conclusion a été largement réévalué à la hausse par la plupart des critiques.
Le vieillissement de Mulder n'a pas non plus convaincu grand monde. A contrario, la séquence où le Cigarette-Smoking Man contemple l'apocalypse par la fenêtre a été vivement salué. Pour l'époque, cette prouesse technique à la télévision reste bluffante. Les shippers furent également horrifié de voir Mulder coucher et vivre avec Diana Fowley, au lieu d'avoir fait le choix de Scully. Heureusement que tout ceci n'était qu'un rêve. Ouf ! Et c'est finalement cette dernière qui ramène, en quelque sorte, son partenaire à la vie.
Pour moi, le plus gros problème d'Amor Fati est le sort réservé à Fowley. A quelques minutes de sa mort, l'intrigue tente le tout pour le tout pour qu'on s'attache à elle: En effet, l'agent double aide secrètement Scully à retrouver son partenaire, puis elle fait une déclaration d'amour à Mulder avant de disparaître totalement. Contrairement à la plupart des personnages secondaires, Fowley meurt assassinée hors-champ. Au lieu de cela, c'est Scully qui révèle sa mort à Mulder à la toute fin du récit. Même si je détestais globalement ce personnage, j'ai toujours trouvé ça très curieux la façon dont la série se débarrasse d'elle. Elle aura été l'ajout malheureux au casting selon moi, malgré les qualités d'actrice de Mimi Rogers. Pourtant, Two Fathers et One Son avaient esquissé quelques contours intéressants au personnage qui auraient pu être utilisé pour de futurs développement narratifs. Malheureusement, Amor Fati détruit ces efforts. Dommage. Pour l'anecdote, l'actrice avait senti que son personnage allait mourir avant la fin. Elle expliqua: "Je me suis dit: oups, c'est trop bien. J'ai beaucoup trop de choses à faire. Ils vont me tuer."
Même si William B. Davis a été satisfait de ses apparitions dans l'épisode, ce ne fut pas le cas de toutes les scènes où il devait rester allonger sur cette table d'opération. Mais il a eu sa revanche rapidement, puisque le co-scénariste, David Duchovny, subissait la même punition juste à côté de lui.
En définitif, Amor Fati est une conclusion singulière et extrêmement ambitieuse. De manière générale, j'adore la trilogie Biogenesis/The Sixth Extinction/Amor Fati. Elle préfigure une conclusion globale à la série, finalement amorcée par Two Fathers et One Son.
3. HUNGRY (Appétit Monstre)
Assurément un de mes épisodes préférés de la saison. Lorsque je repense à la saison 7, Hungry arrive naturellement dans mon esprit. Pourtant, il est loin d'être cité parmi les favoris des fans. Il n'a pas mauvaise réputation, mais j'ai toujours eu l'impression que les gens s'en foutent un peu. Il doit plutôt être considéré comme un segment assez mineur dans l'immense toile du show. Pourtant, je trouve qu'il s'agit d'un monstre de la semaine très habile dans sa façon de renouveler un peu la formule.
La délicieuse astuce au centre de l'épisode réside dans le fait d'épouser le point de vue du monstre. En effet, Rob Roberts, le mutant dévoreur de cerveau, est en réalité le personnage principal de cette histoire; Mulder et Scully n'apparaissant que pour mettre des bâtons dans les roues de la créature. Le procédé est juste mortel et fonctionne merveilleusement bien tout du long, notamment parce qu'on a Vince Gilligan à l'écriture et Kim Manners à la réalisation. Un duo formidable qui provoque des étincelles.
Cependant, Hungry est né d'une nécessité de libérer du temps pour les deux acteurs principaux. Effectivement, au début de la production de la saison 7, Gillian Anderson et David Duchovny étaient occupés sur le tournage de leur film respectif. Gilligan sauta donc sur l'opportunité de construire une intrigue qui mettrait en scène le point de vue du tueur. C'est pour cette raison qu'Hungry est le premier segment de l'année à avoir été tourné.
L'auteur voulut s'inspirer de Columbo et de son point de vue inversé qui nous montre d'office le coupable, et nous permet de suivre ce dernier. Ici, c'est Mulder qui endosse le même rôle que le célèbre détective incarné par Peter Falk: c'est à dire l'enquêteur fouineur, et quelque peu collant, qui pose des questions embarrassantes au tueur, démontrant par la même occasion qu'il soupçonne clairement ce dernier. Mulder est absolument parfait dans ce rôle là. En nous le présentant comme un personnage secondaire, Hungry injecte une bonne dose de facéties au personnage. Il apparaît comme un emmerdeur, un enquêteur qui ne lâchera jamais son suspect numéro un. Du même coup, l'intrigue humanise admirablement bien son monstre. Rob est lui aussi une victime de son appétit. L'épisode nous montre qu'il tente réellement de repousser ses instincts les plus meurtriers. Ici, c'est sa faim irrésistible pour les cerveaux qui le pousse à commettre des crimes. En d'autres termes, Hungry présente Rob Roberts comme le héros de l'histoire (ou anti-héros), tandis que Mulder et Scully en sont les antagonistes: Le récit réduit les interactions entre les deux agents afin qu'on ignore les informations qu'ils se sont échangés. Forcément, puisque le tueur ne sait pas ce qu'ils se disent, lorsqu'ils quittent la pièce où il se trouve. Les silences de Scully sont lourds et son regard paraît jugeant. Mulder apparaît déterminé et inquiétant. Nous ne voyons jamais leurs échanges habituels, plus léger, qui sont laissés hors du cadre ici. Désormais, les petites piques qu'envoient Mulder à la créature relèvent d'un goût différent, puisque, même si on se doute qu'il soupçonne vivement Rob, le spectateur a tout de même un doute sur ce qu'il sait. C'est un retournement de situation très intéressant qui donne un regard inédit sur la structure même de la série. En général, nous suivons les deux agents. Nous écoutons leurs théories, ainsi que leurs états d'âme. Hungry subvertit tout ça en nous arrachant notre ancrage habituel. Cette fois, nous sommes Rob Roberts et les deux enquêteurs du FBI apparaissent comme des intrus qui s'immiscent dans la vie de ce pauvre type. Ils constituent la menace principal d'Hungry.
Procéder ainsi nous permet d'expérimenter le ressenti des monstres et autres tueurs dans le monde d'X-Files. A s'immerger dans leur esprit: Comment ces derniers perçoivent l'apparition soudaine de ces deux agents dans leur routine. Vince Gilligan décrit: "Je savais dès le départ que ce serait un épisode véritablement expérimental. Je voulais prendre un méchant et passer suffisamment de temps avec lui pour le comprendre et le rendre attachant." Pourtant, ce n'est pas la première fois que la série s'essaie à ce changement de point de vue. En réalité, Terms of Endearment (saison 6) proposait déjà ce concept, même timidement. Effectivement, même si l'histoire se concentrait sur l'enquête de Mulder, le récit changeait parfois de point de vue en adoptant parfois le regard du démon Wayne Weinsider, harcelé par notre héros. Néanmoins, Hungry pousse le concept à fond. Il n'est pas déconnant d'y voir les mécaniques de la future série Dexter, avec quelques années d'avance.
A l'instar de toutes les autres histoires de monstres, la série suggère fortement que ces créatures n'ont plus d'endroits où se cacher, et qu'ils finiront par disparaître à terme. Humbug (saison 2) déplorait l'homogénéité du monde: Que les difformités et autres excentricités étaient vouées à disparaître. Des créatures étranges comme Tooms ou Leonard Betts n'arrivaient plus à se dissimuler. L'arrivée de Mulder et Scully dans leur sillage symbolisait métaphoriquement leur exposition aux yeux du monde; et que cet état de fait les précipitait vers une mort certaine. C'est également une critique sur la mondialisation et sur de la perte d'identité d'une partie des Etats-Unis: Les papillons humains de Detour commencent à sortir de leur forêt, lorsqu'ils voient leur habitation être menacée par les hommes désireux d'installer de s'étendre dans les alentours
D'une manière générale, l'émission a eu de la chance de conserver un auteur aussi talentueux que Gilligan, puisque la plupart des grandes réussites de la saison 7 sont signées de sa plume. En effet, Hungry, X-Cops ou encore Je Souhaite comptent facilement parmi les épisodes les plus marquants de l'année. L'écrivain excelle dans la caractérisation de ses personnages, et ici il s'en donne à coeur joie avec Rob, le monstre/héros de cette histoire. Le casting a bien joué en recrutant Chad Donella pour se fondre dans la peau de cet homme "requin". Kim Manners fut ravi de tourner avec l'acteur, le décrivant comme un "petit acteur talentueux". Donella insuffle suffisamment d'humanité à son rôle pour que le spectateur s'y attache, malgré ses horribles crimes. On sent la créature torturée par ses irrépressibles envies de manger des cerveaux humains. Et on se doute aisément qu'il ne pourra pas vivre éternellement dans cet état. Il est amusant de constater que l'acteur sera une des vedettes du film Destination Finale, du duo... Glen Morgan et James Wong.
Tom Day, le chef accessoiriste, se souvient particulièrement de cet épisode car il a eu pour mission répugnante de devoir mettre la main sur de vrais cerveaux. A ce sujet, il relata: "Les cervelles frites, c'était un des moments forts. A un moment donné, nous avons dû simuler de cerveaux humains. Nous avons organisé une journée d'essais où nous sommes allés dans différentes abattoirs et avons ramené des cervelles de différentes espèces de bestioles: vaches, porcs et moutons, pour voir lesquelles seraient les plus réalistes et lesquelles tiendraient bien sur la plateau."
Le nom de Rob Roberts tire son nom d'un véritable pilote d'hélicoptère, qui a appris à Vince Gilligan quelques bases de leçons de pilotage. Après la diffusion de l'épisode, les collègues de ce dernier lui ont servi, pour rigoler, de la gelée en forme de cerveau.
Au final, Hungry est un étonnant épisode, audacieux et très charmant. Assurément un des sommets de la saison 7.
4. MILLENIUM (Millenium)
Millenium est un cas étonnant. Il s'agit du premier vrai cross over de la série. Lors de la seconde saison, Red Museum aurait dû être le segment qui aurait conclu l'épisode de Picket Fences de la semaine précédente. Malheureusement, ce projet de crossover tomba rapidement à l'eau. Unusual Suspects nous proposait un caméo amusant du lieutenant John Munch de la série Homicide. Millenium est un vrai cross over "complet" (pourrait-on dire) entre les deux séries de Chris Carter: X-Files, son gros succès, et Millenium qui, malheureusement, a été annulé après trois saisons. Mais il n'est pas déconnant de citer le personnage de Jose Chung qui est simultanément apparu dans les deux créations de Carter. D'abord dans X-Files, puis dans Millenium. On pourrait affirmer que Chung apparaît comme le premier crossover entre les deux séries. A l'origine, le showrunner s'opposa à l'idée de croiser ses deux séries, estimant le procédé un peu trop artificiel. Finalement, lorsque Millenium a été annulé et qu'X-Files arrivait à son terme, il semblait évident que le créateur était prêt pour une rencontre entre Frank Black et le duo Mulder/Scully. En outre, un tel croisement ne semblait pas saugrenu, puisque les deux séries abordaient le paranormal dans un monde contemporain relativement réaliste. Même si la défunte série possédait une noirceur quasi constante, son ADN était totalement compatible avec la série à succès.
Le problème avec Millenium est qu'il s'agit d'un épisode globalement raté. Il y a quelque chose de désagréable dans ce projet et qui le dessert: Ce crossover ne sait pas sur quel pied danser: il doit apporter une conclusion satisfaisante à l'histoire de Frank Black, mais intégré à la "timeline" d'X-Files. Lors de la conception, Chris Carter, Vince Gilligan et Frank Spotnitz se sont demandés s'ils devaient appliquer la noirceur de Millenium dans le cadre d'un X-Files. Les auteurs étaient plutôt séduits par le fait d'imaginer ce qu'il se passerait si Black se retrouvait propulser dans le monde de Mulder et Scully. En définitif, Millenium demeure un épisode d'X-Files et non de... Millenium (tu me suis toujours ?). Pourquoi pas. Cependant, l'intrigue peine à convaincre, notamment à cause de cette histoire de zombies qui semblent être intégrée au forceps. Bien entendu, il était peut être temps que le show horrifique s'attaque enfin à la figure incontournable du mort-vivant, mais ici la sauce ne prend jamais réellement. La grande scène finale dans la cave se voudrait angoissante. La tension est présente, mais l'ensemble qui se dégage tient plus du grand guignol. A l'origine, l'idée des zombies est née lorsque Stephen King a co-écrit son Chinga, dans la saison 5. En effet, l'écrivain désirait s'inspirer de La Nuit Des Morts Vivants de George A. Romero pour un autre épisode, et dernier devait le réaliser. Gilligan et Spotnitz ont dû repris cette idée de ce projet avorté pour l'incorporer avant la fin d'X-Files. Le fan aguerri pourrait lever le doigt pour me signaler que la série a déjà plus ou moins incorporé la notion de zombie, notamment via Fresh Bones (saison 2) et Folie à Deux (saison 5). Cependant, le premier exemple présentait un personnage revenu à la vie, mais nous étions loin de la figure typique du mort-vivant. Le second épisode affichait des zombies qui, potentiellement, pouvaient être des hallucinations. Millenium nous montre frontalement d'authentiques zombies.
Concrètement, il y a un problème entre l'ampleur de l'intrigue, à savoir déjouer la menace d'une apocalype imminente, et les moyens "modestes" de la production. Millenium essaie de nous convaincre que son grand climax dans cette cave, infesté d'une poignée de zombies, constitue la principale menace à toute cette funeste histoire. C'est difficile d'adhérer à tout ça.
Aucun aspect de ce segment n'arrive à être pleinement satisfaisant. Comme je viens de le mentionner, toute la partie horrifique tombe à l'eau car trop ambitieuse et curieusement trop ridicule. Un comble pour X-Files, une série qui a largement eu le temps d'expérimenter et d'exceller dans l'horreur, durant tout ce temps. L'arc narratif de Frank Black peine à s'intégrer intelligemment à l'univers de la série. Le résultat: un épisode très décevant, voir carrément raté. Pourtant, il y a des petites séquences qui valent le coup d'oeil, comme la rencontre entre Black et nos deux héros. Une scène hautement symbolique où, avant leur premier échange, le thème de l'ancien profiler retenti, avant de révéler nos deux agents apparaître de manière hautement iconique. La scène fonctionne à merveille, et on aurait apprécié que le reste maintienne cette cadence. Thomas J. Wright, réalisateur ici, peaufine sa mise en scène de façon plutôt admirable. Mais le problème de Millenium tient plus de l'écriture générale qui ne suit pas. Toutes les parties de l'histoire ne s'harmonisent jamais correctement: l'opus nous balançant des allusions hors contexte ici et là de façon étrange et incongrue. La tonalité globale semble décousue; le scénario alternant plusieurs idées qui ne s'accordent jamais vraiment. On apprend ce qu'est advenu le groupe Millenium, et on nous explique où en est la situation professionnelle et personnelle de Black, mais il n'y a rien de transcendant. Millenium est en définitif un morceau d'X-Files vraiment étrange.
Pareillement, même si j'ai loué la rencontre entre les trois personnages principaux de l'histoire, il y a une sensation d'inachevée: En effet, Mulder et Black partagent les mêmes inspirations en la personne de Will Graham, de Dragon Rouge. Pour rappel, Chris Carter a toujours eu une fascination pour ce profiler qui s'implique beaucoup trop dans ses enquêtes, quitte à sombrer dans la dépression la plus tenace. Fox Mulder et Frank Black héritent donc de cette caractérisation. Il y avait donc une occasion en or à proposer des échanges nettement plus enlevés entre ces deux marginaux du FBI. Au lieu de cela, Millenium nous propose seulement quelques échanges plutôt convenus entre eux, afin que leur collaboration aboutisse à une fight avec quatre zombies dans une cave. Peut être que ce combat final aurait justement eu plus de poids si les scènes entre les deux profilers avaient été plus intenses. A la place, Millenium n'arrive jamais à s'élever pour n'être qu'un loner plutôt faiblard, au final.
Jusqu'ici, je voulais garder le "meilleur" pour la fin, à savoir les raisons pour lesquelles les fans se souviennent réellement de cet épisode: le baiser entre Mulder et Scully. Cette scène a fait couler beaucoup d'encre puisqu'il "rectifie" le tir du baiser du film Fight The Future, mais aussi du bisou entre Mulder et la Scully de 1939. Millenium nous propose donc un vrai baiser entre les deux agents. En revanche, comme Chris Carter est un petit filou, ce smack s'effectue lors du décompte du nouvel an, pouvant justifier qu'il s'agit juste d'un bisou "amical" entre eux. A ce stade de la série, on peut tout de même aisément se dire que les deux héros sont en couple, mais hors cadre. Même si la saison 7 maintient le flou entourant la nature exacte de leur relation, le showrunner désirait tout de même récompenser les shippers de longue date avec ce bisou. Il justifia la scène: "Après sept ans, on s'est dit qu'ils méritaient ce baiser qui n'avait jamais eu lieu dans le film. Et que le moment le plus naturel pour le faire serait le Nouvel An, et plus précisément le Nouvel An du millénaire. J'étais ravi du résultat. Mais je trouve toujours incroyable qu'autant d'importance et d'attenre puissent être concentrées dans un simple baiser innocent... alors que la plupart des séries télé nous montrent, ou presque, des scènes de sexe plutôt osées".
Il est vrai que durant toutes ces années, Carter a toujours été sensible à l'admiration qu'éprouve les deux agents plutôt qu'à construire une relation d'amour naissante. Mais la motivation des fans, qui espéraient plus entre Mulder et Scully, a été une donnée importante pour la pérennité et le succès de l'émission. A chaque fois qu'un regard un peu trop appuyé entre les deux protagonistes surgissait, les fans allaient commenter la scène durant des heures sur les forums. Comme vu lors de mon texte sur la saison 1 et 2, les scénaristes passaient un temps considérable à lire les conversations des spectateurs les plus chevronnés. L'intérêt d'une potentielle relation amoureuse entre les deux agents a été débattu longuement dans le cercle des fans. Les scénaristes s'amusaient parfois à alimenter les discussions en filmant des moments plus intimes entre Mulder et Scully. En définitif, la relation intense qu'entretiennent les deux héros est un élément aussi essentiel que la conspiration ou les monstres de la semaine. Mais encore une fois, en revoyant l'épisode, je ne peux m'empêcher de trouver le baiser comme un événement forcé. La scène tombe comme un cheveux sur la soupe, et se retrouve décorrélée de toute l'intrigue centrale. Non pas qu'X-Files ne puisse pas effectuer des à-côtés, seulement toutes les scènes servent en général le propos. Là, elle semble plonger dans le hors sujet, comme si la fin imminente de la série avait obligé les scénaristes à remplir une check-list: "Le baiser entre Mulder et Scully ? C'est fait !" C'est vraiment très étrange.
Quasiment à l'unanimité, Millenium n'est pas considéré comme une éclatante réussite, même au sein de l'équipe créatrice. Le principal déçu n'est autre que Lance Henriksen, alias Frank Black. L'acteur fut ravi que Carter lui demande d'endosser ce rôle une dernière fois, mais le scénario ne l'a pas convaincu. A ce sujet, il expliqua: "Alors, le jour où je suis arrivé sur le plateau, je reçois le scénario et je me retrouve face à des zombies. Quel rapport avec la fin de Millenium ? Absolument aucun ! Et je me suis dit: "Voilà la conclusion de Millenium, ouais, c'est ça. [...] Mince alors, c'est la catastrophe !" (rire) "Faut bien que j'en rigole, mec. Mais on se fait avoir. Si quelqu'un te dit "c'est un hommage", tu as envie d'y croire, alors tu te dis "Ah d'accord" Etpuis, quand tu y arrives et que c'est fait fait dans un style qui ne t'intéresse pas du tout, c'est plutôt drôle. Là, c'est carrément hilarant !" (rire).
Lorsque j'ai découvert l'épisode sur M6, je fus étonné par les similitudes avec Irresistible (saison 2). Par moment, l'épisode m'évoquait l'un des meilleurs opus de la deuxième saison: L'antagoniste côtoie les pompes funèbres, à l'instar de Donnie Pfaster, le tueur fétichiste d'Irresistible. Les deux personnages entretiennent une relation étroite avec la mort et les cadavres. Même leur scène d'introduction respective offre quelques troublantes similitudes: les deux hommes s'approchent d'un défunt, dans un cercueil de manière inappropriée Ce n'est que des années plus tard que j'ai cherché si d'autres gens pensaient comme moi, puis je suis tombé sur quelqu'un qui estimait que ces renvois entre les deux films étaient peut être délibérés puisque, comme je le mentionne dans mon texte sur la saison 2, c'est l'écriture sur Irresistible qui a planté les germes de Millenium dans l'esprit de Chris Carter. L'autre élément amusant est que Chip Johannessen, le showrunner de la saison 3 de Millenium, a hérité de la réalisation d'Orison, plus tard dans la saison...
Tu l'auras compris, je ne porte pas ce chapitre particulièrement dans mon coeur. Pourtant, il est loin d'être catastrophique. C'est juste un mauvais épisode, composé de mauvais choix scénaristiques car ne sachant pas quelle direction claire emprunter. Plusieurs occasions manquées gangrènent tout le métrage, que ça soit l'hommage aux zombies, le baiser entre Mulder et Scully, mais surtout le crossover entre X-Files et Millenium.
5. RUSH (A Toute Vitesse)
Rush est un épisode fascinant. En l'état, il n'est aucunement brillant. Beaucoup de fans le considèrent d'ailleurs comme un épisode assez mineur. Ce qu'il est, honnêtement. Néanmoins, il continue de confirmer aux spectateurs le retour au source voulu par l'équipe créatrice. Même si Hungry proposait un point de vue unique, il n'en demeurait pas moins un segment classique dans sa tonalité, malgré un ou deux moments légers. Millenium puis Rush vont venir confirmer le retour au premier degré de la série. Les excentricités de la saison 6 se sont donc envolées (pour l'instant). Malheureusement, ce nouveau loner ne possède pas le dynamisme de ses grands frères. En sus, il met en évidence l'aspect rouillé de la série. Comme relaté dans mon introduction, X-Files n'est plus la jeune série qui écrase tout de son insolent succès planétaire. Désormais, elle fait limite partie des meubles. Rush intègre cette donnée en le conscientisant: L'intrigue raconte cette histoire d'adolescents capable de se déplacer très vite, après s'être "shooté" via une faille dans une grotte. Mulder et Scully vont donc enquêter sur eux, après la mort atroce d'un policier dans les bois. Concrètement, la victime a le visage totalement ravagé, donnant lieu à un des effets les plus gores de la série. Par la suite, le récit va placer nos deux agents dans les couloirs du lycée local, créant un réel décalage entre eux et les lycéens. Le contraste appuie lourdement sur le fait que les deux vedettes paraissent tellement vieux ici. Leur côté has been est renforcé par les piques que leur envoie le trio de personnages centraux. Par exemple, lorsque Mulder tente une approche à Tony en parlant de sa jeunesse, ce dernier lui rétorque un cinglant: "Et ça remonte à combien de temps ?" Les adolescents passent tout l'épisode à se moquer ouvertement du côté has been de nos deux agents. De surcroit, l'intrigue souligne l'inutilité de Mulder et Scully quant aux événements se déroulant sous leurs yeux. A l'instar de certains autres épisodes, Rush les relègue à la place d'observateurs inactifs plutôt que des agents actifs sur le déroulé du récit. En définitif, ils formulent des théories et comptent les points. Même lors du climax, ils n'ont qu'un rôle passif à tout ce qui se passe. Pire, ils arrivent parfois en retard lors de certaines scènes. A la fin, Mulder confesse lui-même qu'ils sont "peut être trop vieux pour être affectés à ce qui s'est passé". Évidemment, à ce moment là, l'homme parle des propriétés magiques de la fameuse grotte, mais on pourrait élargir cette déclaration à leur place alloué à la télévision. Comme s'ils étaient vraiment devenus trop vieux pour ces conneries, et qu'il était peut être temps pour eux de raccrocher...
Malgré son sous texte méta sur la vieillesse de la série, Rush peine à convaincre tout du long. Tout d'abord, les adolescents sont écrits de manière assez étrange. En règle générale, X-Files a toujours eu du mal à saisir les adolescents. Seul DPO s'en sortait avec les honneurs, notamment aidé par le magnétisme de Giovanni Ribisi et Jack Black. Syzygy et Schizogeny étaient quant à eux catastrophiques sur la caractérisation des lycéens. Rush est loin d'être aussi embarrassant que ces deux derniers exemples, mais il souffre de problèmes similaires: on sent qu'ils ont été écrit par des adultes de 30 ou plus de 40 ans. Les références que les jeunes balancent semblent être dépassées dans le cadre de la fin des 90's, et leurs dialogues manquent de naturel. Pour ne rien arranger, les acteurs qui les campent sont souvent bien plus vieux que l'âge de leur personnage. Après, c'est malheureusement le cas d'énormément de fictions américaines: Dawson's Creek aussi proposait des acteurs bien plus vieux que les rôles qui leur était alloué, en plus de leur octroyer des comportements et des réflexions dignes de psychologues de vingt ans de carrière. X-Files n'est donc pas seule à hériter de ces problèmes précis. Néanmoins, Rush ne parvient pas à créer une réelle empathie pour les tourments des trois ados que l'on suit. Pourtant, les acteurs s'en sortent bien et jouent leur rôle très premier degré. Mais le problème vient de leur intégration très fonctionnelle à l'histoire. Conséquence: lorsque l'intrigue tente des moments plus émouvants et intimistes, une distance instaurée par l'écriture nous empêche d'être touché par eux.
Malgré l'aspect ultra convenu de l'ensemble, Rush n'en demeure pas moins un épisode assez solide et plaisant à regarder. Les mises à mort sont spectaculaires, et l'intrigue se déroule avec plaisir: Mulder Scully ne comprennent les tenants et aboutissants assez tardivement, arrivant à créer du mystère autour des manifestations paranormales à l'oeuvre ici (même si le titre français spoile carrément). Mention spéciale à l'atmosphère musicale, sûrement une des plus chouettes de la saison. En outre, le script de David Amann ne tombe pas dans l'écueil du message préventif lourdingue: Effectivement, comme il s'agit d'un épisode centré sur des adolescents qui se "shootent" aux effets magiques d'une grotte, on aurait très bien pu avoir un sous texte expliquant que "la drogue, c'est pas bien". Au lieu de cela, Rush nous montre les conséquences de la "drogue", mais sans jamais trop s'attarder dessus. Scully remarque les blessures internes de Max, sur ses radios, mais il n'y a pas de discours moralisateur par la suite. Il aurait été intéressant que l'épisode s'arrête davantage sur l'ennui que ressentent les jeunes, et sur cette impression que le temps s'écoule lentement pour eux. La fin du scénario nous donne un aperçu de l'angoisse ressentie par le temps qui s'éternise, via cette scène finale qui nous montre Tony contemplant les aiguilles d'une horloge se déplacer lentement. Bien entendu, le jeune ressent un manque de vitesse ici, vu qu'il est en plein sevrage de ses pouvoirs disparus.
Cette histoire d'adolescents qui apprennent à gérer un nouveau pouvoir agît évidemment comme une métaphore sur les transformations corporelles et cognitives de l'adolescence. A ce titre, Rush est absolument étonnant, car il dame le pion à la décennie à venir qui vont remettre les films de superhéros au goût du jour. Effectivement, l'épisode est sorti avant le Spiderman de Sam Raimi, mais aussi avant X-Men. Mais surtout, lorsque j'ai découvert Chronicle, sorti en 2012, je n'ai pas pu m'empêcher de dresser des parallèles évident avec Rush. Ce film aussi raconte une histoire centrée sur des adolescents qui acquièrent des pouvoirs spéciaux dans une grotte. L'un d'eux, ivre de ce pouvoir, commettra le mal, tandis qu'un autre s'interposera aux méfaits du premier. On dirait exactement les grandes lignes du script d'Amann pour X-Files. Rush préfigure en quelque sorte l'aspect réaliste d'Incassable de Shyamalan. Lui aussi raconte l'origin story d'un superhéros. En effet, il ne serait pas incongru de définir Chastity et Tony comme des superhéros en devenir, apprenant à apprivoiser leurs nouveaux pouvoirs. Et on peut aisément voir Max comme leur future némésis. Bien entendu, la conclusion met fin à tout ça, car Max et Chastity se font tuer, mais on retrouve tout de même des éléments qui sonnent comme une origin story, mais racontée de façon "réaliste", à l'instar d'Incassable. Rush est donc intéressant pour avoir réussi à présager toute cette recrudescence de films de superhéros qui allait germer au début des années 2000, avant d'exploser totalement avec les Marvel, vers à la fin de cette décennie.
Un paradoxe se pose donc: Rush dépeint Mulder et Scully comme de vieux dinosaures, mais, parallèlement, il se permet de damer le pion à toute une tendance hollywoodienne. Rien que pour ça, chapeau bas. Dans le même ordre d'idées, Millenium annonçait également le retour en grâce de la figure du zombie dans le cinéma des années 2000.
Rush propose une incroyable scène de bullet time, à la fin, lorsque on suit les déplacements rapides de Chastity, mais à une vitesse normale pour nous. Concrètement à l'écran, nous voyons la jeune fille évoluer normalement, mais tout autour d'elle tourne au ralenti. Bien entendu, c'est Matrix, sorti en 1999, qui a popularisé le procédé. Et X-Files l'utilise intelligemment ici. La scène de meurtre du professeur Babbitt est aussi marquante, de par sa violence et son contexte (dans une cantine de lycée). Frank Spotnitz estima qu'il s'agissait d'une des plus horribles qu'ils aient jamais réalisées. Cependant, le service de la censure de la Fox a contesté la présence de l'impact entre la table et l'homme. Histoire d'être en règle, l'impact a été supprimé mais le reste a été conservé.
Au final, Rush n'est pas un épisode mémorable, loin de là. Mais il n'en demeure pas moins solide et efficace. En revanche, beaucoup de gens le trouvent oubliable, mais, bizarrement, je l'ai régulièrement en tête, malgré son aspect conventionnel. C'est un petit X-Files qui amorce plutôt habilement le retour au source du show. Le problème est que, comme dit maintes fois, la série semble fatiguée, mais elle utilise intelligemment cet état de fait via un sous texte méta sur la vieillesse du show.
The Goldberg Variation est un épisode charmant. Le problème est qu'il n'est que charmant. C'est un épisode léger et décalé, mais arrivé à ce stade de la série, difficile d'être rafraichissant et unique en étant qu'un épisode décalé. En effet, la série a déjà pondu une multitude de parenthèse frivole, notamment dans la saison précédente. Les chapitres plus humoristiques sont devenus une marque de fabrique dans X-Files. Cependant, la présence de The Goldberg Variation offre une pause salutaire entre deux segments plus sérieux et sombres. Il se situe après deux gros mytharcs conséquents et trois loners. Il est calé justement entre deux morceaux de la formule classique de la série: à savoir entre Rush et Orison. Sa légèreté tombe donc à point nommé ici. Le pitch de l'épisode est des plus intrigants et original: Nous suivons ce type au coeur tendre, Henry Weems, qui a le malheur d'être frappé par une chance tellement insolente qu'elle en devient paranormale. Le type gagne une somme d'argent conséquente au poker, puis se relève miraculeusement après une chute du toit d'un immeuble, parce qu'il est tombé dans un panier à linge en contrebas. Malheureusement pour lui, lorsqu'il a un grand coup de chance, son entourage subit les revers. Raison pour laquelle il vit reclus. L'épisode fonctionne également grâce au charme de l'interprète de Weems, à savoir le talentueux Willie Garson, déjà vu dans The Walk (saison 3). Il arrive parfaitement à insuffler une ampleur tragique à son personnage, notamment à travers son regard triste et fuyant. En outre, le sort de son jeune voisin, le petit Ritchie, (joué par bébé Shia LaBeouf) atteint d'un grave problème au foie, rende son arc narratif touchant. Willie Garson trouve une justesse de ton pour jouer son rôle: il distille suffisamment de tristesse au personnage sans jamais tomber dans l'excès. Il n'est pas trop mièvre, et n'en rajoute jamais des caisses. L'épisode nous présente donc un personnage littéralement prisonnier de son pouvoir: Il n'a aucun contrôle sur ce dernier. Il subit plus qu'il n'agit sur lui. Il ne possède aucun contrôle sur les événements environnants
The Goldberg Variation est également mémorable car, pour une fois, c'est Scully qui tombe sur la bonne théorie, aussi farfelue soit-elle. A priori, pour expliquer comment cet homme a pu se relever d'une chute mortelle, Mulder pense à plusieurs pouvoirs comme le don de guérir de ses blessures, tandis que Scully émet juste l'hypothèse plus "simple" de la chance. Alors bien évidemment, elle est loin d'imaginer que cette veine relève du paranormal, mais il est amusant de voir qu'elle est tout de même sur la bonne voie.
Un autre aspect intéressant est que le récit a parfaitement conscience de ses mécaniques narratives. J'entends par là que les événements s'enchaînent comme un immense dispositif de cause à effet, ou plutôt comme une machine de Rube Goldberg, dans la même veine que celles élaborées par Weems. Ce procédé est encore plus visible lorsque des membres de la mafia tentent de s'en prendre à lui, et qu'ils trépassent après une série de micro événements sans liens apparents entre eux. The Goldberg Variation est parfaitement conscient de sa nature narrative. Comme l'épisode entier est bâti comme une machine géante de Rube Goldberg, il en justifie ses artifices narratifs. A ce titre, et comme précité, Weems devient lui même un rouage de cet immense dispositif à l'échelle de son univers, au même titre que Mulder et Scully. Grosso modo, ils deviennent tous des pions, des mécanismes bien huilés au service du scénario. The Goldberg Variation conscientise donc sa propre structure narrative. Jeffrey Bell, scénariste ici, a d'abord imaginé la fin de son script, et a travaillé à rebours. Il expliquait qu'il savait que le méchant mourrait à la fin et que ses organes serviraient à sauver l'enfant. A partir de ce postulat, il ne restait plus qu'à imaginer toute une série de coïncidences et d'événements apparemment sans liens entre eux afin d'édifier une histoire. Les retournements forcés ne sont pas un soucis puisqu'il s'agit justement du coeur du propos. Finalement, de nombreuses fictions empruntent parfois des chemins sinueux pour aboutir à une conclusion qui aurait pu prendre moins de temps. Les scénaristes manipulent l'art des circonvolutions plus ou moins voyants.
Les passages où Mulder se rend compte de sa nature de personnage fictionnel est à ce titre absolument jubilatoire: Il raconte parfois, après coup, à Scully ce qu'il vient de se passer, notamment des séquences de meurtres tarabiscotées, comme un moyen de justifier ces artifices grossiers, en expliquant que tout se déroule jusqu'au dénouement de cette histoire. Le point culminant de cette logique est atteint lorsque Mulder se laisse porter par le destin, ou plutôt par le scénario: il compte au hasard sur une page de l'annuaire pour le guider sur la prochaine scène.
Globalement, la lecture de The Goldberg Variation devient bien plus passionnante lorsqu'on décortique l'épisode avec l'aspect méta sur cette conscientisation des personnages de leur condition de personnages fictifs. A côté de cela, il n'en reste pas moins un épisode plutôt léger, mais pas autant que The Rain King, l'autre essai décalé de Jeffrey Bell l'année passée (son autre contribution aura été le malheureux Alpha). Cependant, son premier scénario était beaucoup trop léger à mon goût, et il souffrait de la comparaison des autres high concepts qui l'entouraient. The Goldberg Variation est le premier véritable "X-Files Lite" de la saison 7. Il apparait donc comme une bulle salutaire. Mais je pense qu'il est tout de même bien plus réussi que The Rain King qui manquait cruellement d'enjeux dramatiques. Même si sa légèreté et sa bonne humeur paraîssent moins rafraichissantes que ses compères des autres saisons, il n'en demeure pas moins très agréable. A l'instar de Rush, l'épisode vaut également le coup pour les échanges entre Mulder et Scully qui ont l'air de s'amuser. La première apparition du premier est rigolote: Lorsqu'ils discutent au téléphone, comme usuellement, et que l'homme surgit d'un ascenseur qui sort du sol, juste derrière sa partenaire qui continue de lui parler au téléphone. Les deux agents ont l'air de s'amuser, comme un vieux couple qui se connaissent depuis si longtemps. C'est une des forces de cette septième année qui capitule énormément sur cette relation unique entre les deux protagonistes. Ce sont eux qui sauvent même les scripts les plus faiblards de la saison.
Néanmoins, la génèse de The Goldberg Variation a été moins décontracté que l'élaboration des segments les plus loufoques de la saison 6. A l'origine, il a été le deuxième épisode produit de l'année, mais le staff craignait la levée de boucliers des anti "X-Files Lite". Comme le mentionne Frank Spotnitz: "L'épisode comportait de nombreux moments humoristiques que nous hésitions à intégrer, car beaucoup de ceux qui apprécient l'humour le déteste. Mais l'idée nous paraissait tellement forte que nous avons décidé de la reporter à plus tard dans la saison, car nous voulions vraiment faire peur à tout le monde dès les premiers épisodes." On ne peut pas être plus clair sur la ligne directrice de la septième saison que cette déclaration. Mais ces mots prouvent tout de même que l'équipe créatrice s'est sentie enchaînée créativement, par peur de froisser une partie de la fanbase. La saison 6 brillait spécifiquement par insouciance et excès de zèle. Les scénaristes désiraient expérimenter et sortir des sentiers battues des codes d'X-Files, notamment motivés par le récent déménagement à Los Angeles. La saison 7, elle, progresse avec prudence. Une prudence qui rend la plume des scénaristes plus instables, plus hésitante.
The Goldberg Variation se révèle donc être un énième épisode très attachant et vraiment touchant. Il reste moins marquant qu'Hungry dans le top de la saison, mais il se hisse facilement comme un des cinq ou six meilleurs loners de cette nouvelle salve d'épisodes. Il lui manque juste un petit quelque chose pour le rendre incontournable. Mais hé ! Etre un bon épisode, aux contours ingénieux, c'est déjà pas mal, non ?
7. ORISON (Orison)
Le troisième. Donnie Pfaster constitue donc le troisième monstre de la semaine a être revenu dans une séquelle. Eugène Victor Tooms était de retour dans le sobrement intitulé Tooms (saison 1), et de forte belle manière puisque l'élaboration de cette suite fut motivée par Glen Morgan et James Wong qui souhaitait rectifier le tir. En effet, ils voulaient intégrer les éléments laissés à l'abandon dans Squeeze (saison 1). Et ils voulaient avoir un meilleur aiguillage de leur bébé puisque ils avaient eu des divergences artistiques avec le réalisateur du premier Tooms. Kitsunegari (saison 5) fut une suite à Pusher (saison 3) plutôt sympathique, à défaut d'être transcendant. Néanmoins, sa conscientisation d'être une séquelle constituait son point fort. Le scénario a permis de dynamiter les attentes des fans. Nous voilà donc face à Orison qui a pour tâche de revenir sur le cas du fétichiste, Donnie Pfaster, probablement un des méchants les plus mémorables de la série. Soyons clair, il s'agit probablement du come back le plus raté des trois. Depuis quelques temps, des rumeurs circulaient sur le retour de ce tueur de femmes. Je me souviens des gens se disant qu'il pourrait revenir dans la saison 6 ou 7. Revoir Robert Patrick Modell dans Kitsunegari avait ravivé toutes sortes de spéculations sur le prochain méchant qui pouvait revenir. Les fans ont imaginé Pfaster car il était un des "monstres" les plus emblématiques, mais aussi parce qu'il était un méchant qui avait été mis sous les barreaux, contrairement à d'autres créatures qui avaient été malencontreusement abattu par Mulder et Scully. Statistiquement, le combo popularité/être encore en vie plaçait le fétichiste en très bonne place.
Malheureusement, Orison n'apporte pas grand chose de neuf. Il y a toujours une petite excitation de revoir un bad guy, dans une poignée de scènes inédites. Le fan que j'étais fut satisfait de revoir Pfaster. Et j'étais heureux des échanges entre Mulder et Scully qui se souviennent des crimes de cet homme. Convier le passé est quelque chose qui manque souvent à X-Files, du moins dans ses loners. Mise à part quelques exceptions, nos deux agents reviennent très peu sur les événements d'une enquête antérieure. Ces histoires évoluent généralement en vase clos. Un choix compréhensible puisque les scénariste doivent condenser une histoire complète en 45 minutes. Il n'y a pas nécessairement le temps pour s'étaler avec de la nostalgie superflue. Il y a eu quelques tentatives néanmoins, comme la mention à Tooms dans Soft Light (Saison 2). A noter qu'il y en aura bien plus dans la saison 8. Cependant, passée la surprise des "retrouvailles", Orison tombe à plat très rapidement. L'épisode tourne à fond le potard du fan service, comme pour créer une complicité déplacée avec le fan. Pfaster nous refait donc le coup d'attirer une prostituée pour lui laver les cheveux. Sauf que la séquence ne dégage pas l'ambiance malsaine d'Irresistible. Par la suite, un plan explicite nous montre des doigts dans son congélateur, histoire de rappeler les horreurs qu'il commettait dans le précédent volet. Ce qui était dérangeant et insoutenable dans ce dernier devient étrangement routinier dans cette nouvelle itération. Frank Spotnitz lui-même, interrogé sur d'éventuelles suites à d'autres monstres, reconnaissait que la nostalgie influence inévitablement la suite, lors du processur d'écriture. Il continuait en expliquant qu'il sera toujours délicat d'égaler le premier essai, notamment parce que tout a déjà été dit. En outre, la redite menace régulièrement les éventuelles séquelles. Il faut trouver un nouvel angle d'approche efficace, des choses à raconter qui n'ont pas déjà été exploré auparavant.
Cependant, Orison brille de mille feu du côté de sa mise en scène, et il faut, comme à l'accoutumée, couvrir de lauriers Rob Bowman qui fait encore une fois des merveilles. Nous avons affaire ici à épisode élégamment réalisé, avec plusieurs passages visuellement marquants. Le pré-générique, avec son long ralenti pour signifier le moment où le tueur va s'évader, reste exemplaire; scène ayant nécessité des effets spéciaux particuliers. Idem avec la confrontation finale entre Pfaster et Scully: scène ayant nécessité plus d'une journée entière de tournage. Malgré tout, on sent tout de même que Bowman n'est pas forcément le spécialiste des atmosphères sombres et malsaines. David Nutter (justement aux commandes d'Irresistible) et Kim Manners sont clairement identifiés comme les deux maitres de l'horreur de la série. En définitif, Orison est un morceau de télévision à hautes tenues visuelles, mais qui
a dû mal à impliquer pleinement le spectateur. Ajoutons à cela que la genèse du projet présente quelques similitudes avec Kitsunegari. Pour ce dernier, Tim Minear prévoyait d'écrire un scénario sur un détenu de prison qui assassinait un homme mauvais, après que la voix de Dieu lui ait ordonné de le faire. C'est Spotnitz qui suggéra l'idée d'incorporer Modell à l'histoire. Chip Johannessen pensait initialement écrire un script tournant autour de révérend Orison. Ce n'est qu'à la dernière minute que le staff ait choisi de réintroduire Pfaster au script. Le premier jet de Kitsunegari ressemblait étrangement à ce qu'est devenu l'introduction d'Orison. Il est donc amusant de constater que ce sont deux suites qui ont subit un développement avec quelques accointances. Cette sensation que le fétichiste ne semble pas totalement à sa place dans l'épisode provient donc vraisemblablement de cet ajout tardif. Tout le récit est construit autour du révérend, à tel point que son nom constitue carrément le titre de l'épisode. Même à l'époque, je trouvais que l'intégration des deux intrigues ne s'accordaient pas bien ensemble, ou plutôt que le développement de l'un nuisait à la visibilité de l'autre. Bien entendu, adolescent, je ne verbalisais pas les choses comme tel, mais je me souvenais avoir trouvé l'arc centré sur Orison peu captivant.
A ce titre, l'intrigue revêt d'une dimension spirituelle, et plus précisément il questionne le rôle de Dieu, plaçant naturellement Scully au centre du récit. Orison tue des détenus au nom du Seigneur. A ce titre, j'adore la réplique de Mulder expliquant que Dieu n'est qu'un observateur passif "qui compte les points". Comme à l'accoutumée (ou presque) avec les chapitres dédiés à la religion chrétienne, les rôles de sceptiques/croyants sont inversés, même si, présentement, le contraste parait moins appuyé que dans Revelations (saison 3) ou All Souls (saison 5). Mais pendant que Mulder exclut une quelconque intervention divine, Scully, elle, va progresser au fil de l'enquête en comptant les signes et les coïncidences qui semblent l'aiguiller sur le bon chemin. Elle vit une expérience religieuse qui l'ébranle pendant toute cette affaire. Bien entendu, le Scully centric fonctionne en outre par le retour de Donnie Pfaster, la seule réelle affaire qui l'a littéralement traumatisé en saison 2. L'aspect religieux donne du poids à l'épisode. Orison insiste lourdement sur la nature réelle de Pfaster: qu'il serait potentiellement le mal incarné, un développement scénaristique sur le protagoniste qui ne m'a hélas jamais convaincu. La singularité d'Irresistible tenait sur la banalité terrifiante du meurtrier; Sa monstruosité était très malheureusement très humaine, à tel point que l'épisode brillait par l'absence d'une quelconque intervention paranormale. Pfaster n'était qu'un nécrophile comme il en existe hélas dans notre monde réel. Orison renverse la table pour suggérer que le criminel serait littéralement un démon. Bien sûr, un doute subsiste sur sa nature démoniaque. Irresistible nous montrait l'homme se transformer brièvement en créature démoniaque, sous le regard d'une Scully traumatisée. Elle était juste victime d'hallucinations. Orison tend davantage à une explication surnaturelle, dénaturant le caractère exceptionnel d'Irresistible.
Parallèlement, l'arc "Scully croyante" sonne routinier. On est loin du catastrophique All Souls, mais les scénaristes n'arrivent jamais à raconter autre chose que ce qui a déjà été exploré, comme dans Revelations par exemple. Orison ne redore aucunement le blase d'une saison déjà plombée par la lassitude, et le caractère profondément peu inspiré de l'ensemble.
Malgré cette déception, l'épisode fonctionne mieux comme un exercice atmosphérique plutôt que comme une intrigue satisfaisante. Les passages soulignant les intuitions de Scully sont intéressantes: lorsqu'elle s'interroge sur l'air musical qu'elle entend parfois, mais également lorsqu'elle est intriguée par son réveil. Ce travail sur l'ambiance renforce admirablement le voyage religieux, ainsi que le caractère étrange des coïncidences.
En revanche, et malgré l'exemplarité de la réalisation, la confrontation finale entre Pfaster et Scully a suscité la controverse: Critiques et fans ont trouvé inconfortable le fait que l'agent abatte de sang froid le tueur, d'autant plus que rien ne préfigurait ce choix ultime. Même si elle est indubitablement menacée par l'homme, son acte donne un arrière goût étrange, et détonne avec sa personnalité. Certaines critiques pointèrent du doigt que la scène nuisait à la crédibilité morale à la série. D'autres personnes ont défendu ce choix en arguant qu'un être humain poussé à bout peut se comporter de façon surprenante et inattendue, sans forcément cautionner les actes de Scully.
Pour enfoncer le clou, l'attitude de Mulder face à l'action de sa collègue a pu faire réagir: il ferme les yeux sur son acte discutable. Personnellement, je n'ai jamais été troublé plus que ça par la scène. J'y ai toujours vu une Scully en position de légitime défense. Et Mulder est totalement dévouée et prêt à la protéger.
Niveau casting, le retour de Nick Chinlund donne le smile, même si la direction d'acteurs l'oriente vers une version plus dure et intransigeante de son personnage. Rétrospectivement, on se souvient d'un Donnie Pfaster maladroit qui ne savait pas comment agir. Bien sûr, nous n'avons pas le même scénariste, ni le même réalisateur aux commandes. On pourrait aisément se dire que le tueur a peut être changé après avoir passé plusieurs années en prison, à ne penser qu'à Scully. Scott Wilson campe un révérend Orison de manière charmante. Son visage est tellement reconnaissable que je l'ai tout de suite reconnu sous les traits d'Hershell dans The Walking Dead.
En définitif, Orison constitue encore une fois un segment plus intéressant que réellement pertinent. Le retour d'un bad guy aussi emblématique que Donnie Pfaster méritait bien mieux.
8. THE AMAZING MALEENI (Maleeni Le Prodigieux)
Il faut tenter d'innover. Après une poignée d'épisodes très sérieux, à l'exception de The Goldberg Variation, la série se dit qu'il serait peut être temps d'adoucir l'atmosphère avec un moment frivole. Très frivole. Tellement frivole qu'il en devient totalement inoffensif. The Amazing Maleeni est un moment festif à partager entre ami(e)s. Un épisode entièrement consacré aux tours de magie, totalement dépourvu de paranormal. Il est amusant de le relier à Orison, l'épisode qui le précède. Ce dernier constituait la suite d'Irresistible qui lui même était la seule tentative d'X-Files d'introduire une histoire dénuée de surnaturel. Les coïncidences sont parfois malicieuses (Orison... thème du hasard, tout ça tout ça).
Concrètement, l'intrigue entière peut se résumer à un tour de passe passe, fait de faux-semblants, de trahisons et de retournements de situation. C'est un mignon petit segment décalé: charmant sans être hilarant. Amusant sans être transcendant. A ce stade de la série, on commence à enquiller les épisodes sympathiques, sans plus. L'ensemble manque cruellement de dynamisme et d'entrain. Pourtant, il y a bien des personnages en train de gesticuler, et de tout donner pour qu'on ne s'ennuie pas pendant presque une heure.
Le récit manque d'ampleur. Pourtant, il était judicieux d'allier magiciens et casse. En effet, The Amazing Maleeni structure son intrigue avec des éléments de films de braquage. Le but ultime des deux prestidigitateurs à l'oeuvre ici est de dérober de l'argent. Ils tentent de détourner l'attention, de créer moult diversions afin de préparer leurs méfaits, à l'abris des regards. Malheureusement, l'épisode peine à maintenir le suspense, car il cache assez mal les instigateurs de la supercherie. Les rebondissements tombent rapidement à l'eau et le rythme en pâti en conséquence. Il est donc difficile d'être totalement plongé dans cette histoire. Pire encore: la fin est anti climatique, puisque les deux escrocs sont arrêtés avant de mettre leur plan à exécution. Mulder explique le tour de passe-passe au spectateur, et, au final, on se dit juste "tout ça pour ça ?"
Le pré-générique est à ce titre plutôt impressionnant: lorsque Maleeni réalise son plus grand tour de magie, à savoir faire pivoter sa tête à 360 degrés. Ensuite, un assistant le rejoint dans son vanne et voit la tête du magicien tomber par terre. La surprise est vraiment terrifiante. Malheureusement, et on l'apprendra plus tard, tout ceci est une escroquerie, et le vrai/faux "Maleeni" a utilisé son frère jumeaux mort récemment pour simuler sa propre mort. Finalement, l'introduction est saisissante et, à l'image d'un vrai tour de magie, on aurait aimer ne pas connaître l'astuce; le scénario étant l'explication complète du "truc". Lorsque les coulisses d'un vrai tour de passe passe sont révélées, on se sent souvent un peu déçu. La magie était plus saisissante lorsqu'on ignorait les tenants et aboutissants.
The Amazing Maleeni explore les frontières entre réalité et illusion. Le script met en scène un vieux magicien, Maleeni, tentant de rassembler les foules autour de ses tours de magie. Parmi les spectateurs se trouve LaBonge, un jeune magicien qui ne cesse de rabaisser et d'insulter son ainé. A l'instar de Rush plus tôt dans la saison, cette séquence illustre une conscience de soi de la série: Maleeni représente ce que devient X-Files, tandis que LaBonge illustrerait toutes les nouvelles émissions qui pourraient débouler sur les antennes. Un constat douce amer qui illustre bien où en est la série. Histoire de brouiller les pistes entre réalité et fiction, Maleeni est campé par Ricky Jay, un vétéran de la magie. C'est Frank Spotnitz qui désirait ardemment inviter l'artiste, étant lui même un inconditionnel de magie. Il nourrit cette envie d'écrire un épisode centré sur cet art dès son arrivée sur X-Files, donc durant la seconde saison. Le concept a longtemps été repoussé. L'annonce de la saison 7 comme ultime saison a donc motivé le scénariste à ressortir ce projet du tiroir. C'est Vince Gilligan qui eut la charge d'écrire un scénario dessus, une tâche qu'il a trouvé particulièrement délicate. A l'origine, Ricky Jay n'était pas spécialement enthousiaste à l'idée de jouer un magicien, car il estimait que les magiciens étaient rarement représentés de manière réaliste au cinéma ou à la télévision. Il voulut voir ses propres tours de magie apparaître à l'écran. Jonathan Levit, lui aussi un magicien de renom, héritera du personnage de LaBonge, le jeune prestidigitateur insolent. A la base, Spotnitz voulait s'offrir les service de David Blaine, à la place de Levit, mais l'artiste était indisponible au moment du tournage.
La principale force de l'épisode réside dans le charme du couple Mulder et Scully. Ils semblent vraiment s'amuser durant tout l'épisode. Ils sont taquins l'un envers l'autre. On a vraiment la sensation que l'enquête n'est que secondaire et qu'ils éprouvent un plaisir non dissimulé d'être ensemble à l'écran. David Duchovny et Gillian Anderson prouvent qu'ils sont vraiment le ciment de la série. Oui, on le savait, mais l'aspect convenu de la saison 7 démontre à quel point leur charme agit même dans les opus les plus anecdotiques. Rush, The Goldberg Variation et celui-ci prouvent que le duo tire toujours vers le haut les épisodes les plus décevants. Mulder et Scully ne paraissent plus aussi menacés qu'auparavant. Il n'y a plus vraiment d'immense conspiration à déjouer. Pas de cancer ou de parent tué. Ils évoluent plus sereinement cette année. Serait-ce la parfaite occasion pour commencer à roucouler ensemble ? Les planètes s'alignent parfairement, en tout cas. Les interprètes eux même furent divertie par toute l'atmosphère détendue lié au contexte de l'épisode. Anderson déclara à ce sujet: " Grâce à toute cette magie, j'étais constamment divertie. Le problème avec ce genre de situation, c'est qu'on a tendance à oublier que les personnages continuent de vivre des épreuves difficiles". Les deux acteurs devaient régulièrement se rappeler qu'ils étaient censé enquêter sur un meurtre. Leur désinvolture et leur flirt évident apparaîssent donc comme une bouffée d'air frais.
The Amazing Maleeni revêt parfois des atours de séries policières, et non d'un épisode d'X-Files. Cela provient très certainement du caractère finalement très terre à terre de l'histoire. Il n'y a pas de monstre stressant qui se cache dans la pénombre, ni de drame personnel à surmonter pour les deux agents.
Lorsqu'on regarde de plus près le script de John Giltnitz (Vince Gilligan, Frank Spotnitz et John Shiban), on y retrouve quelques renvois au cultissime Humbug (saison 2) de Darin Morgan. en réalité, on a tendance à y penser parce qu'ici les monstres de foire sont remplacés par des magiciens. Puis, Mulder et Scully semble propulsé dans un univers qu'ils ne connaissent pas.
Tu l'auras compris, The Amazing Maleeni demeure un épisode très mineur de la série. Néanmoins, il se laisse suivre sans déplaisir, notamment pour la présence magique de Mulder et Scully, mais également pour ses quelques passages amusants. Ceci étant dit, le twist tombe quelque peu à plat. Mais, hé ! Ne boudons pas non plus une heure bercée dans une humeur bon enfant.
9. SIGNS AND WONDERS (La Morsure Du Mal)
Avant sa diffusion, je n'attendais pas particulièrement cet épisode. Le synopsis ne me donnait guère envie plus que cela: Il s'agissait d'une énième histoire sur la religion, dans une saison qui revient finalement assez souvent sur ce thème. The Sixth Extinction et Amor Fati offrent une dimension spirituelle inédite à la mythologie, tandis que Millenium et Orison traitent également de la religion, à des degrés différents. Pourtant, Signs and Wonders est admirablement plus convaincant que les deux oeuvres suscités. Etonnamment, ce loner n'est jamais cité dans les moments marquants de la saison. Pourtant, nous avons affaire à une très solide enquête, et joliment mis en images.
Le récit raconte la rivalité subsistante entre deux églises aux méthodes diamétralement opposées. D'un côté se trouve celle de Samuel Mackey, plutôt progressiste et bienveillante. De l'autre, celle d'Enoch O'Connor, une église fondamentaliste, spécialisée en manipulation de serpents. Tout d'abord, Signs and Wonders est enfin un X-Files effrayant. A ce stade de la série, on a presque oublié qu'elle était capable d'une telle prouesse, après une série d'épisodes pas franchement flippants. La réussite du personnage d'Enoch O'Connor est à mettre au crédit de l'intrigue. Ce dernier est un révérend peu sympathique qui semble animé par une rage et une rancoeur à peine dissimulées. Sa rencontre musclée avec Mulder et Scully donne le ton du personnage: lorsque l'homme d'église plonge la main de cette dernière dans un bac remplit de serpents venimeux, afin de vérifier la vertu de l'agent. Heureusement Mulder le repousse. La série s'amuse donc avec la peur des serpents, une des plus évidentes lorsqu'on écrit une série angoissante. Pourtant, X-Files a toujours trouvé des moyens détournés pour utiliser les phobies des gens comme générateurs de frayeurs. Finalement, mis à part dans Die Hand Die Verletzt (saison 2) et son python géant, nous n'avions jamais revu de serpents. Idem en ce qui concerne l'autre bestiole impopulaire: à savoir les araignées. Il n'y a jamais eu de moments où la série mettait en scène frontalement des arachnides. On pourrait citer Darkness Falls (saison 1) mais la peur engendrée par ces araignées là ne découlait aucunement de leurs attributs habituels, puisqu'elles étaient microscopiques et phosphorescentes. La crainte étant qu'elles tombaient du ciel, comme une une entité verdâtre informe venue nous dévorer. Mais elles ne provoquaient pas de répulsion à proprement parler. War of The Coprophages (saison 3) recentrait son récit sur la peur panique des cafards, mais l'épisode versait à pieds joints dans la comédie. Je l'ai déjà mentionné dans d'autres dossiers, mais avant la diffusion de la saison à venir, je connaissais déjà l'intégralités des résumés des épisodes. Le synopsis sur celui ci ne m'enchantait guère. Après avoir subit une série de déception avec cette nouvelle salve de loners, je craignais l'arrivée de Signs and Wonders, car l'intuition que l'équipe créatrice utilise des serpents pour susciter la peur me paraissait être une facilité, un aveu d'échec. Pourtant, force est de constater que l'ensemble fonctionne merveilleusement bien. C'est bon signe (et merveille lol).
Tout d'abord, l'intrigue est organisée autour d'un plot twist plutôt intéressant: Tout du long, le spectateur, ainsi que Mulder et Scully, sont convaincus de la culpabilité du révérend O'Connor. Absolument tout pointe dans ce sens: son appétence pour les serpents, véritables stars de son église, mais également son manque de coopération envers les autorités. En outre, c'est un personnage profondément antipathique. Cette personnalité compliquée n'engendre aucune empathie pour lui. L'épisode multiplie les fausses pistes, et se construit autour de nos certitudes biaisées envers O'Connor. La détestation du personnage occulte notre vision. Pour nous, il ne fait aucun doute qu'il est responsable des différentes attaques de serpents. Au final, il est révélé que le véritable antagoniste est en réalité Samuel Mackey, le révérent dépeint comme progressif et avenant. En effet, les apparences sont trompeuses et celui qui était décrit comme démoniaque et peu recommandable n'est pas celui qui a commis tous ces crimes. Signs and Wonders démontre à quel point l'habit ne fait pas le moine. Cependant, O'Connor n'en reste pas moins un homme fort peu fréquentable. Il prêche tout de même la haine des gens différents de ses préceptes, en plus d'être un sale type. Pour rappel, son intransigeance le pousse à mettre sa fille à la porte, parce qu'elle est tombée enceinte hors mariage. L'épisode préfère plutôt rappeler que le diable est plus subtil que cela et qu'il arrive plus facilement à duper son monde en se déguisant en agneau. A ce titre, cet épisode représente un des quelques cas dans lequel Mulder se trompe lourdement. Il identifie le coupable qu'à la toute fin. Avec une telle révélation finale, l'épisode aurait pu adopter une position inconfortable en surlignant son empathie envers O'Connor. Heureusement, il n'en est rien. Bien sûr, lorsqu'il se retrouve pitoyable à la fin, le récit ne lui offre pas de rédemption, mais disons qu'il arrive à nous le rendre un poil plus sympathique. Evidemment qu'il le devient puisque son rival se révèle bien pire.
Jeffrey Bell, scénariste ici, désirait que les membres de l'église aux serpent finissent par être les gentils. Il reconnut la difficulté d'essayer de dissimuler l'identité du vrai coupable. Selon l'auteur: "Dans la plupart des épisodes, c'est Mulder qui découvre qui sont les méchants. J'ai donc abordé la réunion des scénaristes avec l'idée que Mulder se trompe. Sa conviction inébranlable que c'est l'autre (l'antagoniste) a permis de cacher la véritable identité du méchant au public."
La plus grande force de Signs and Wonders, au delà de son retournement de situation, réside dans la réalisation exemplaire de Kim Manners, le spécialiste des épisodes horrifiques. L'un des points culminants du métrage se situe vers le milieu, lors d'un montage alterné nous montrant tour à tour le même sermon mais prononcé par O'Connor, puis Mackey. Une scène que l'on pourrait résumer à: "Deux salles, deux ambiances". La séquence nous présente comment les deux hommes interprètent le même texte, et comment ils se mettent en scène. Mackey propose une cérémonie traditionnelle, avec ses fidèles qui l'écoutent assis. Son rival, lui, préfère les show enflammés et passionnés: en proférant des paroles et en gesticulant, tout en invitant ses fidèles à participer. Manners capture parfaitement l'aspect enivrant de ces cérémonies. En regardant la scène, on peut aisément comprendre comment le charisme d'un type comme O'Connor puisse magnétiser autant de monde. Et paradoxalement, la réalisation sait nous signifier à quel point ce fanatisme est effrayant. Et dire que ce type d'églises existent réellement dans certains coins des Etats-Unis....
Plusieurs autres séquences marquantes sont à citer, notamment celle où Iris se fait mordre mystérieusement par un serpent, matérialisé à la place d'un ôte agrafe. Avant sa mort, un gros plan sur l'objet préfigure le drame à venir. C'est assez bien vu car, moi même, j'ai toujours trouvé que cet outil ressemblait à une mâchoire de serpent. Mais le passage le plus impressionnant demeure vers la fin, lorsque Gracie, la fille d'O'Connor, accouche de centaines de serpents. La scène est terrifiante. Très certainement un des passages les plus horrifiques de toute la série. Fresh Bones évoquait déjà un accouchement de serpents, mais verbalement: En effet, c'est le sergent Dunham qui raconte cette histoire aux deux agents. Le relater paraissait déjà horrible, mais voir la scène en vraie est surprenant. A ce sujet, les censeurs de la FOX ont été offusqué par l'apparition, en arrière plan, du tableau "L'expulsion du Jardin d'Eden", à cause de la nudité de l'oeuvre. Paul Rabwin, producteur d'X-Files, a déclaré ironiquement: "Les censeurs de la chaîne ont jugé inapproprié de montrer tous les détails.... Bien sûr, ils pouvaient voir des gens accoucher de centaines de serpents... Ce n'est pas grave."
Jeffrey Bell souhaitait depuis longtemps écrire une histoire d'horreur vraiment terrifiante. Son étude sur la manipulation des serpents l'a aiguillé à élaborer une histoire autour de ces reptiles.
Durant le tournage, l'équipe fut scinder en deux: d'un côté, les membres qui furent ravis de travailler avec de vrais serpents, et de l'autre, les terrifiés à l'idée d'en croiser ne serait-ce qu'une seule de ces bestioles. Parmi les plus récalcitrants, on peut citer John Shiban, mais surtout Kim Manners et David Duchovny, malheureusement en première loge. Malgré sa crainte, le réalisateur s'est admirablement bien débrouillé à diriger ses nouveaux invités à écailles. Détail amusant: Michael Childers, l'acteur qui joue Enoch O'Connor, était plutôt à l'aise, puisque son propre père était prédicateur spécialisé dans les serpents. Enfant, il avait donc pris l'habitude de manipuler ces reptiles. En tout et pour tout, il y a eu entre six et cinquante crotales sur le plateau en simultané.
Avant le tournage, les producteurs ont organisé des réunions de sécurité afin d'éviter tout risque d'accident sur le plateau. En outre, le staff a localisé très vite l'hôpital le plus proche. Pendant la production, un serpent à sonnettes à réussi à s'échapper. Après quelques recherches, la créature a été retrouvé caché dans le bureau de Kim Manners. Lui qui avait peur des serpents, il a dû être ravi. Une doublure a épaulé David Duchovny, à la toute fin, lorsque Mulder se fait mordre par un serpent. D'ailleurs, notons que lorsqu'O'Connor fait subir un test à Scully, en mettant sa main dans la boite à serpents, elle ne se fait pas mordre. Mulder, si. Hmm... Mulder pas vertueux ? Après, pour sa défense, ces serpents là sont contrôlés par le diabolique révérend Mackey.
Le conclusion évoque étrangement celle de Sanguinarium, dans sa structure: Mulder et Scully n'arrivent pas à arrêter le principal suspect. Puis, nous voyons ce dernier reprendre service dans une autre ville. Sauf que dans le scénario de Jeffrey Bell, nous voyons l'être démoniaque ouvrir grand la bouche pour que le serpent en lui puisse manger une souris. Une séquence assez étrange (et aux effets spéciaux qui n'ont pas bien vieilli) car on ne comprend pas la nature du monstre: Pourquoi doit-il nourrir le reptile qui est en lui ? Est-ce que la bestiole contrôle son enveloppe corporel d'humain (comme un mécha) ? Il y a donc plusieurs zones d'ombre quand à la nature, et même aux motivations, du bad guy. Ce sont tout de même des défauts mineurs compte tenu de la réussite globale de l'ensemble. Signs and Wonders est un chouette loners à l'atmosphère horrifique plaisant.
Il est rarement cité dans les moments significatifs de la série. Pourtant, je trouve qu'il constitue un des points forts de cette septième saison.
10. SEIN UND ZEIT (Délivrance Partie 1)
Sein und Zeit et sa suite, Closure, m'ont laissé un goût amer après leur visionnage. J'avais pu découvrir ce morceau du mytharc en VHS, comme souvent en avant première, plusieurs mois avant la diffusion sur M6. A ce moment là, j'ignorais totalement que ce diptyque allait revenir sur la disparition de Samantha.
L'épisode commence comme un dossier X traditionnel, débutant sur l'enlèvement d'une petite fille, Amber Lynn LaPierre, qui a disparu de sa chambre sans laisser de trace.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, lors de l'introduction, le père de la fillette se met à fond dans une série TV, juste avant le tragique événement. Plus tard, lorsque Mulder et Scully interrogent les parents sur la disparition de leur fille, le père indique brièvement que la série qu'il regardait la veille était "bonne". Lorsque j'avais vu l'épisode, j'avais trouvé cette réaction quelque peu étrange, et je me disais qu'il s'agissait d'un indice: que la courte scène de la télé était une sorte de fusil de Tchekov. En réalité, le court extrait à la télé provient d'Harsh Realm, la nouvelle série de Chris Carter, et ces deux courtes scènes étaient une sorte de clin d'oeil. Cependant, j'ai toujours trouvé cela assez lourdingue puisqu'on peut aisément se dire que cet easter egg revêt d'un quelconque intérêt pour l'intrigue. Il est finalement assez malvenu qu'un père de famille précise que la série qu'il venait de regarder était cool. Je pense que ce n'est pas le moment. Bref...
La particularité de Sein Und Zeit est qu'il s'agit d'un mytharc déguisé en loner.. Une partie qui ne révèle ses cartes mythologiques que tardivement, lorsque la mère de Mulder se suicide en prenant soin de laisser un message mystérieux à son fils. Après avoir établi une connexion entre cette tragédie et l'enquête sur lequel il s'occupe, l'agent fait le lien avec Samantha. Sauf que l'angle adopté par le métrage paraît quelque peu étrange. Ici, pas de grand complot ou d'enlèvements extra-terrestre. Jusqu'ici, la soeur de Mulder a toujours été étroitement lié à la grande conspiration. Elle a même été l'étincelle qui a animé la quête de vérité de notre héros. Au lieu de cela, le récit met en scène des "walk-ins", des âmes bienveillantes qui semblent enlevés des enfants qui connaissent ou connaitront une vie difficile. Ces êtres de lumière les emmèneraient donc dans un au-delà plus reluisant. Finalement, et malgré le ton très sombre de l'ensemble, il s'agit un rare cas d'histoire où le paranormal y est dépeint comme une force positive, à l'instar de One Breath (saison 2) ou encore The Field Where I Died (saison 4).
A l'époque, j'avais été très décontenancé par cet épisode. Je le trouvais trop éloigné de la mythologie. Il utilise une imagerie tirée des loners, mais convie l'arc de Samantha au milieu de tout ça. Sein Und Zeit parle d'enlèvements d'enfants et le point culminant réside dans l'arrestation d'un tueur d'enfants, Ed Truelove, dans un parc d'attraction ayant pour thème Noël. A ce moment là, l'intrigue suggère que, peut être, Samantha aurait été enlevé par ce type, donnant à cette idée de faux airs de Paper Hearts (saison 4) à l'épisode. Lui aussi proposait une audacieuse alternative à l'enlèvement de la soeur de Mulder. Frank Spotnitz lui même reconnut les ressemblances entre les deux opus.
C'est un double épisodes que j'ai réévalué à la hausse, avec le temps. Malgré ma déception initiale, j'ai réussi à passer outre et à y voir quelque chose de plutôt joli dans cette résolution plus simple. Mulder a donné un sens romantique à sa quête pour retrouver sa soeur. Il l'a enrobé d'hybrides humains/aliens, de syndicat peuplé de vieux hommes puissants et de polymorphe chasseur de prime. Au final, le sort de Samantha est plus simple et cruel en même temps. Rétrospectivement, Mulder se mentait à lui même pendant longtemps. Affronter des complots lui servait de diversion, ou lui offrait une explication plus fantaisiste à son trauma. Il réitère cette diversion lorsqu'il refuse d'accepter le suicide de sa mère. D'office, il ne croit pas en l'explication la plus simple et préfère spéculer, à ce moment là, sur une théorie du complot. L'épisode suggère que, potentiellement, on ne saura jamais ce qu'il est advenu à Samantha. Qu'elle est juste une malheureusement la victime d'un malheureux événement, et qu'il n'y a pas nécessairement de sens caché à tout cela. Mulder devra juste accepter et avancer dans la vie. Bien entendu, nous ne sommes qu'à la première partie. Closure viendra apporter d'autres réponses. Mais si Sein Und Zeit avait été un one shot, il se serait conclut sur cette effroyable et malheureusement banale réalité: Que Mulder devra accepter de lâcher du leste et tourner la page, même s'il ne trouve pas de réponses satisfaisantes pour panser ses blessures. L'épisode nous démontre tout de même que l'homme est prêt à accepter n'importe quelle réponse. Il explique même à Scully qu'il souhaite que tout cela s'arrête. A ce stade de la série, son épuisement est parfaitement compréhensible. Son état reflète également celui de l'intérêt du fan qui commence doucement à s'éroder. Brandir des mystères et jouer avec malicieusement demeure un exercice exaltant pour les scénaristes, mais arrive le moment où la patience des spectateurs se confronte à un plafond de verre. A force d'attendre, ces derniers peuvent finir par se lasser d'attendre, puis se détourner de l'histoire.
Sein Und Zeit bénéfice d'une réalisation d'excellente facture. Michael Watkins fait des merveilles encore une fois. Son épisode est joliment mis en lumière. Toute la séquence qui précède l'enlèvement d'Amber Lynn arrive à distiller de l'angoisse, car on sent que quelque chose va se passer. Bien évidemment, on est dans un pré-générique d'X-Files, et il se passe toujours des drames dedans, mais là, c'est le travail sur l'ambiance qui rend la scène inquiétante. De même, le réalisateur arrive subtilement à filmer son épisode comme une traditionnelle enquête indépendante. Watkins instaure un rythme relativement lent, à contrario des traditionnels chapitres mythologique. L'intégration de Samantha au sein de l'épisode en parait donc plus incongru. Un peu comme si Sein Und Zeit explosait le mur qui sépare mytharcs et loners. En d'autres termes, il tend à prouver la porosité entre les deux types distincts d'épisodes. Le métrage démontre qu'il est factuellement un épisode du grand fil rouge, mais il déjoue les attentes. Son format en deux segments, la mention de Samantha, sa place dans la saison: tout indique qu'il s'agit d'un opus crucial. Il y a même une certaine subversion à créer un petit mystère autour de la mort de Teena Mulder: Est-ce qu'elle s'est fait assassiner ? A-t-on voulu la faire taire ? He bien non... Elle s'est juste suicidée comme malheureusement beaucoup de gens dans notre monde. Il n'y a pas d'explication farfelue ici. En définitif, Sein Und Zeit porte un regard réaliste et plus dur sur notre monde: ce dernier est cruel et il arrive des malheurs tous les jours. Ironiquement, c'est l'élément paranormal de cette histoire qui apporte un peu de réconfort. Je pense que c'est justement pour ces raisons que j'avais été déstabilisé à l'époque. Ce mytharc dynamitait les codes instaurés jusqu'ici par la série. Chris Carter et son équipe ont pris tout le monde par surprise, et c'est finalement tout à leur honneur. Sein Und Zeit est le second gros morceau mytharc de la saison 7, après The Sixth Extinction et Amor Fati. On a l'impression que depuis la destruction du syndicat dans One Son, la mythologie a également été chamboulée. Elle s'est comme écroulée et qu'elle navigue désormais dans des eaux troubles. Le duo d'ouverture continuait de creuser le délire spirituel et religieux à fond, afin d'en ressortir une trilogie exceptionnellement lente et introspective. Sein Und Zeit et Closure adoptent une structure étrange et inédite également, notamment dans l'aspect feuilletonnant du show. La première partie prouve que la fin de la conspiration (du moins le noyau dur) a chamboulé et détruit les repères stylistique de la série. La seconde partie, comme nous allons le voir, apporte des réponses, mais alloue une atmosphère éthérée à l'ensemble. C'est un épisode mélancolique et étonnamment doux. Le reste du mytharc cette saison sera dans la même veine inhabituelle.
L'aspect visuel brille également lors de la conclusion: au moment où Mulder découvre la tombe de tous ces enfants assassinés et enterrés sous terre. La scène est glaçante ! Mulder se retrouve seul, entouré de dizaines d'enfants morts sous ses pieds. Ces plans isolent le personnage: il évolue dans un environnement vide et résolument hostile. Conclure ce récit comme tel souligne le nihilisme latent de l'histoire.
Le tournage a été perturbé par certains événements. Le premier concernait la fameuse lettre de rançon, écrite par Billie dans l'introduction. Malheureusement, un membre de l'équipe a par accident emporté la lettre dans une cabine téléphonique, puis s'est rendu sur le lieu du tournage. Il avait entre temps oublié le dossier contenant la fausse lettre de rançon. Un témoin a appelé la police, puis, lorsque le membre du staff est revenu récupérer le dossier à la cabine, il s'est fait arrêter par la police. Rappelons que sur cette lettre était tout de même écrit: "Ne faites rien, sinon nous tuerons votre bébé."
Un autre problème résidait dans l'épuisement du budget. Effectivement, avant la fin du tournage, l'équipe se retrouva à court d'argent. Il restait notamment une courte scène montrant un présentateur de journal TV expliqué les événements de l'intrigue. Afin de pallier ce manque, Le producteur Paul Rabwin contacta Robert Penfold, un correspondant de télévision local de Los Angeles. Le deal entre les deux hommes a été que Penfold propose un faux reportage en échange d'une apparition dans X-Files.
C'est marrant car, même si j'ai réévalué ce diptyque largement à la hausse au fil des ans, j'ai tendance à variablement oublier sa solidité. En fait, lorsque je repense à la qualité un peu faiblarde de la saison 7 dans son ensemble, l'image de Sein Und Zeit et Closure a tendance à s'écorner à nouveau dans mon esprit. En écrivant ces lignes, je me rends à nouveau compte de meurs qualités.
11. CLOSURE (Délivrance Partie 2)
Sein Und Zeit et Closure sont deux épisodes déconcertants. Il semblent volontairement ne pas s'accorder. Ils abordent tous deux l'enlèvement de Samantha, mais leurs thématiques et leur esthétique se distinguent. Ils agissent comme deux pôles opposés. Tout d'abord, cette distinction se remarque par le casting: Walter Skinner apparaît dans Sein Und Zeit, mais disparait dans Closure, finalement remplacé par L'Homme à La Cigarette; les deux segments intégrant chacun son personnage régulier de la conspiration. Le reste du casting n'est pas le même d'un épisode à l'autre. Seules Amber Lynn et Teena reviennent dans Closure mais sous une forme fantomatique. Cette apparence sied plutôt bien à une des thématiques centrales de cette seconde partie.
Pour souligner le point de bascule entre les deux chapitres: Closure reprend là où Sein Und Zeit se termine: Au dessus de la fosse commune où sont enterrés les enfants. La conclusion de la deuxième partie nous montrait le lieu de manière quasiment factuelle: La froideur et le vide de l'environnement laissait deviner les corps enfouis sous ces terres. La fin du pré-générique de la seconde partie dévoile l'esprit de ces petites victimes se lever et danser ensemble. Il y a donc clairement une scission entre la vision nihiliste de Sein Und Zeit et celle plus optimiste et lumineuse de Closure. L'impression que ce dernier coupe la parole de son prédécesseur pour rassurer: "Les enfants sont morts, oui, mais ils vont bien, ne vous inquiétez pas". Closure permet même, d'où son titre, d'apporter un point final à l'arc de Samantha. Durant l'épisode, nous apprenons la vie horrible que la jeune fille a subi après son enlèvement, mais il offre une fin plutôt optimiste via les "walk-ins" qui l'ont arraché à ce destin tragique. Et la vérité sur son sort libère enfin Mulder d'un poids immense. Oui, Samantha est morte, mais il n'a plus à espérer trouver quelque chose de plus. Son esprit peut enfin s'apaiser.
Néanmoins, même si la disparition de sa soeur a longtemps été un fardeau, on peut admettre que sa motivation périclitait au fil des saisons. Et c'est logique: le temps passant, sa blessure ne pouvait pas lui faire mal autant indéfiniment, mais surtout, une autre femme a fini par prendre de l'importance dans sa vie depuis, et c'est Scully. A de nombreuses reprises, l'homme a plusieurs fois risqué sa vie pour la retrouver, pendant son enlèvement, mais il a également remué ciel et terre pour trouver un remède contre son cancer. End Game (saison 2) a même subtilement démontrer que Scully était plus importante que Samantha pour lui. Dans cet épisode, il était prêt à échanger la vie de sa soeur contre celle de sa partenaire. A ce sujet, Paul Rabwin abonde dans ce sens: "Sept ans ont passé. Je ne pense pas que Samantha Mulder nous manque. Cet élément et cette motivation étaient très forts au début de la série. Mais avec le temps, les spéculations se sont estompées."
Pour être franc, savoir que Samantha était morte depuis longtemps m'avait déçu, lors de mon premier visionnage. En réalité, c'est un choix scénaristique plutôt cohérent. Mais je pense que la série nous a tellement fait languir sur son sort que cette conclusion peut laisser un arrière goût désagréable. Finalement, on pourrait interpréter cela comme la difficulté à faire son deuil. Le temps qui passe permet de mieux appréhender et accepter ce sort. Ce double mytharc souligne également quelque chose de terrible: Mulder est le dernier membre de sa famille. Son père, sa mère et sa soeur sont morts. Il ne reste plus que lui.
Je parle de cohérence juste au dessus, mais pour être franc, il ne faut pas trop regarder cet arc scénaristique de trop près, car il y a forcément des éléments qui entrent en contradiction avec d'autres épisodes. Le plus fameux étant ce que déclare le tueur extra-terrestre à Mulder, à la fin d'End Game. En effet, lorsque ce dernier lui demande si sa soeur est toujours en vie, le polymorphe lui répond par l'affirmatif. Mais si on occulte ce genre de détails, Closure revient clairement sur ce qui est advenu de Samantha: Son enlèvement, son retour chez L'Homme à La Cigarette, son rapport à Jeffrey Spender ou encore les expériences horribles qu'elle a subi juste avant de disparaître pour de bon. A ce stade de la série, il semble que la mythologie soit belle et bien morte, même si elle erre encore comme un fantôme. Cet état de fait est admirablement mis en valeur par la seule scène du Cigarette-Smoking Man: Ce dernier apparaît affaiblit, lorsqu'il dialogue avec Scully. Lorsque cette dernière demande pourquoi il s'est décidé à révéler la vérité à Mulder, l'antagoniste répond: "Il y avait tant à protéger avant. Tout a disparu maintenant". Cette confession explicite l'état de la mythologie toute entière. Après toutes les réponses et la conclusion radicale de Two Fathers et One Son, puis le point final apporté à l'arc de Samantha, que va-t-il rester à raconter ? De toute façon, la saison 7 devait être la dernière. Mais, malheureusement, la série a continué bien au delà, avec une formidable saison 8, mais également avec des catastrophes qu'ont été la saison 9, puis le revival. De toute façon, beaucoup de fans de la série considèrent la septième année comme la dernière de la série dite "classique". D'autres trouvent qu'Essence et Existence (saison 8) constituent une formidable conclusion à la série toute entière. Il est d'ailleurs amusant de noter que Requiem, le final de l'année, ainsi qu'Existence ne se terminent pas par un "To be continued" traditionnel de fin de saison, comme si chaque fan pouvait choisir quelle était sa fin préférée...
Comme mentionné plus haut, la saison 7 adopte une tournure spirituelle bien plus prononcée qu'auparavant. Les épisodes sont baignés d'une dimension religieuse plus marquée que celle des premières saisons. Bien sûr, cela peut être corrélé à l'éveil spirituelle tardive de Chris Carter. The Sixth Extinction traite frontalement des origines de l'humanité, mais aussi de toutes les religions. Amor Fati dresse un parallèle entre Mulder et La Dernière Tentation du Christ. Millenium introduit certains thèmes religieux de la série éponyme, comme l'apocalypse. Orison traite de la parole de Dieu, à tel point que Scully s'interroge sur ses intuitions et sur l'existence de forces divines. Signs and Wonders est un épisode centré sur deux façons de traiter de la foi. Même The Goldberg Variation traite du destin, du libre arbitre, de la chaîne des effets. Des concepts hautement spirituels. Des éléments qui peuvent sembler flous et intangibles que tous ces épisodes évoquent. Enfin, Sein Und Zeit et Closure traitent la résolution d'un des arcs fondateurs d'X-Files de façon bien plus spirituelle que ce qu'on était en droit d'attendre. Ici, pas d'éléments de science fiction à base d'hybrides au sang vert. A la place, l'intrigue nous explique que Samantha a été emmenée dans un monde meilleur; la conclusion mettant en scène notre héros serrer le fantôme de sa soeur dans ses bras. Comme d'autres fans, j'avais trouvé toute cette imagerie un peu trop décalé. Bien entendu que je voulais que l'arc Samantha se termine avec des aliens. L'idée que la soeur de Mulder puisse devenir de la poussière d'étoiles était difficile à appréhender, même si très poétique. Après tout ce que Mulder et Samantha ont subi, peut être qu'un peu de douceur ne peut pas faire de mal. Le problème est que cette approche ne résiste nullement au cynisme. Mais je pense réellement que Carter a voulu instaurer un peu de positif à ce triste sort. X-Files étant justement une série très sombre, il peut être compréhensible de conclure cet arc avec un peu d'optimisme. Finalement, la série a toujours traité de la foi, et Closure n'est, en ce sens, aucunement hors sujet. Nous avons suivi cette longue quête de Mulder, pendant sept longues années. Nous avons suivi l'évolution de son traumatisme. Apporter une conclusion relativement lumineuse était peut être une façon respectueuse de procéder.
Lorsque je pense à Sein Und Zeit, j'ai immédiatement des images en plein jour qui me viennent à l'esprit. Tandis que ce sont les scènes nocturnes qui me parviennent lorsque je songe à Closure. Dans ce dernier, il y a évidemment les retrouvailles entre Mulder et Samantha, mais également la scène dans laquelle Mulder lit le journal intime de sa soeur, dans le diner, sous le regard compatissant de Scully. Enfin, il y a cette séquence dans la base militaire, là où nos héros découvrent le lieu où habitaient sa soeur (ainsi que Jeffrey Spender) durant un temps.
Le métrage bénéficie des forces de Kim Manners qui arrive admirablement à filmer les scènes nocturnes. Une qualité qu'il met habituellement au service d'histoires horrifiques: Savoir conjuguer avec la nuit pour effrayer est une prérogative pour un réalisateur tel que Manners.
A noter une chanson de Moby diffusée dans le pré-générique. J'ignorais totalement que c'était un thème de lui, lorsque j'ai découvert l'épisode. Ce n'est que quelques mois après, lorsque ma soeur a mis le CD de l'artiste que je me suis dit "Oh bordel ! C'est Closure !"
Chris Carter et Frank Spotnitz se disaient qu'il était peut être temps d'en finir avec Samantha Mulder. Ce choix a reçu un accueil mitigé au sein du reste de l'équipe. Spotnitz expliqua: "Je pense que David Duchovny en avait assez d'incarner l'homme qui a perdu sa soeur. Je lui ai dit: "Ce sera la dernière fois que tu joueras ce rôle." Carter lui confia: "On s'attendait à ce que, si c'était la dernière saison, le final soit consacré à la soeur de Mulder. Nous voulions aborder ce sujet au plus vite. Nous souhaitions conclure l'histoire émouvante de Mulder avec sa soeur et le faire de manière à mettre en valeur le talent dramatique de David." Finalement, il a été peut être judicieux d'en finir avec Samantha au milieu de saison. Cela a permis de parler d'autres sujets en fin de saison.
Conclure cet arc scénaristique trottait dans la tête de Carter depuis un petit moment déjà. Il souhaitait déjà expliquer le sort de Samantha dans Fight The Future. Mais cette partie a sauté du montage final. Le showrunner estimant que cette mention se perdait dans le flot d'informations déjà étayé du film. Il avait ensuite voulu intégrer cette réponse au cours de la saison 6, mais on peut imaginer que cette année là fut saturée de révélations.
Passée la déception initiale, Closure s'en sort plutôt bien. Il est hautement introspectif et mélancolique, mais définitivement optimiste. C'est un mytharc plus doux que ce qu'on attendait. Il était temps de tourner la page. Et Chris Carter l'avait annoncé, avant la diffusion de la sixième année: Les saisons 1 à 5 étaient celles des questions, et les saisons 6 et 7: celles des réponses.
12. X-COPS (Peur Bleue)
En début d'épisode, le spectateur est accueilli par un panneau informatif expliquant qu'il est bien en train de regarder X-Files. Intriguant ?
En effet, X-Cops est très certainement un des épisodes les plus conceptuellement ambitieux de toute la série. Il s'agit d'un crossover entre la série et l'émission de téléréalité Cops. Concrètement, l'épisode tout entier est filmé comme un documentaire, caméra à l'épaule, avec Mulder et Scully ayant conscience d'être filmés, donnant lieu à un cassage du quatrième mur déstabilisant et jubilatoire: L'exemple le plus troublant est que les deux agents peuvent donc regarder la caméra, comme s'ils nous regardaient nous. Après avoir passé autant d'années en leur présence, ce simple format demeure fascinant. Pour le coup, toute l'intrigue adopte le point de vue d'un membre de la production de la télé-réalité. C'est finalement la seconde fois, après Hungry, qu'une histoire tente d'épouser le point de vue d'un protagoniste tiers durant tout un épisode. X-Cops est un moment de télévision absolument audacieux et unique en son genre. En le regardant, son jusqu'au-boutiste donne la sensation d'être une fanfiction jouissive. Comme une lubie de fans qui s'étaient éclatés à mixer les deux shows.
Ce projet expérimental demeure incroyablement ludique. Ce format si particulier de docufiction alloue une nouvelle dimension au couple Mulder et Scully. Observer leurs réactions face aux caméras et aux reporteurs donne une indication sur la manière dont ils se perçoivent eux même. Pour Mulder, l'émission est une aubaine, et il s'investit beaucoup pour prouver l'existence d'un cas paranormal à l'oeuvre ici. Pour lui, le reportage est une façon d'arriver à ses fins. Il y met donc clairement du sien. Scully, elle, semble mal à l'aise face aux caméras. Elle devient presque hostiles envers elles, lorsqu'un des caméramans rentre dans sa voiture. Cette scène est d'ailleurs très amusante, car nous avons une vue subjective donnant un aperçu sur la manière dont le personnage peut se révéler intimidante, par sa froideur. Durant la scène, sa méfiance dégage chez elle une certaine antipathie. Finalement, elle s'expose face aux caméras parce que Skinner lui ordonne de le faire.
Pour résumer, l'épisode nous donne donc une dynamique atypique chez les deux vedettes: Mulder se met volontairement en avant, dès qu'il en a l'occasion, tandis que Scully se dissimule, essaie de ne pas trop attirer l'attention, créant un contraste assez fort dans le couple.
La vue subjective adoptée est intéressante car elle nous octroie une version déformée de nos personnages. Mulder et Scully sont parfaitement identifiables, mais dans une version légèrement différente. Ce changement d'attitude est la conséquence de la présence continuelle des caméras. Les deux personnages ne se comportent pas exactement comme tel dans un épisode au format classique. Evidemment, puisque la caméra n'est pas intradiégétique normalement. Lorsque l'un d'eux se retrouve seul, ou qu'ils discutent à huis clos tous les deux, ou encore lorsqu'ils s'adressent à des policiers locaux, ils adoptent une conduite adaptée à la situation. Par exemple, es petites blagues de Mulder fusent lorsqu'il se retrouve seul avec sa partenaire. Comme la caméra d'X-Cop est intégrée au récit, les réactions de nos deux héros s'adaptent en conséquence. Nous voyons là certains aspects de leur personnalité qui ressortent plus qu'à l'accoutumée. Ce constat indique donc que, malgré le caractère "télé-réalité" du projet, Mulder et Scully paraissent paradoxalement moins "réels" que lorsqu'ils évoluent dans un épisode traditionnel. De par sa structure visuelle audacieuse, X-Cops mélange volontairement le réel et la fiction. Mulder et Scully sont donc des outils fictionnels ainsi que le reste du casting, mais histoire de brouiller les pistes, de vrais membres de l'équipe de Cops ont été incorporé à l'épisode. Mieux encore: la présence de véritables adjoints du shérif du comté. Pour résumer, Mulder et Scully sont des personnages fictifs plongés dans une téléréalité, au milieu de vrais policiers: Cette confusion suggère fortement la perméabilité de la frontière entre la fiction et le réel. Cette même volonté de brouiller les pistes que pour The Amazing Maleeni qui intégrait de véritables magiciens.
X-Cops s'amuse également à démontrer à quel point la formule X-Files est difficilement conciliable si elle était transposée dans la réalité. Par exemple, à un moment, Mulder s'adresse à la caméra, dans la voiture, et il a presque l'air de monologuer. Scully casse son move en l'interrompant et en lui demandant juste: "Pardon ? Tu parlais à moi ?" Une phrase soulignant l'incongruité du phrasé de son partenaire.
Pareillement, lorsque cette dernière veut réaliser une autopsie en pleine nuit, une assistante du médecin légiste s'interroge: "Nous devrions prendre des précautions. Si le corps était contagieux... On ne porte même pas de masque". L'air interloqué de la femme souligne effectivement à quel point il est toujours bizarre que Scully ne se protège pas toujours bien. L'assistance insiste ensuite sur le contexte les obligeant tout de même à réaliser une autopsie à 3h du matin: "Une telle précipitation, c'est du jamais vu" précise-t-elle. Cette scène illustre à merveille les libertés prises par une telle série télé: Dans X-Files, Mulder et Scully n'ont pas à s'encombrer de barrières administratives et autres procédures fastidieuses de notre vrai monde. Scully réclame une autopsie la nuit même où elle enquête ? C'est ok dans le monde fictionnel d'X-Files. En revanche, ça l'est nettement moins appliqué à notre réalité. Un peu comme dans Last Action Hero, lorsque Jack Slater, propulser dans notre monde, essaie de péter une vitre avec son poing, et qu'il se blesse. Bien sûr, ces petits manquements au réel sont parfois nécessaires pour la fluidité de l'intrigue. Nous n'allons bien évidemment pas avoir de multiples ellipses parce que Mulder et Scully attendent le feu vert des administrations. Ils seraient continuellement cassés dans leur élan.
L'univers d'X-Cops se retrouve dans un entre-deux monde: Ni vraiment dans la réalité, ni vraiment dans une fiction; Mulder et Scully naviguant désorientés dans cet endroit parallèle. Dans la liste des moments saugrenus, il y a ce passage dans lequel Mulder rassure Chantara en lui certifiant que tout ira bien. Il lui explique qu'elle peut se confier et que rien de ce qu'elle a été témoin ne pourra le surprendre. Lorsque la jeune femme lui explique qu'elle a juste vu son "petit ami" assassiner sauvagement Ricky, l'agent semble désarçonné. Un tel drame est pourtant plus courant dans South Central, à Los Angeles, le lieu de l'épisode, mais Mulder n'est pas habitué à être confronté à des réalités aussi banales.
C'est Vince Gilligan, véritable fan de l'émission Cops, qui a mis du coeur à l'ouvrage ici. Il désirait écrire un crossover avec Cops depuis au moins la quatrième saison, mais Chris Carter s'y opposa à chaque demande, estimant que le projet était beaucoup trop déjanté. Frank Spotnitz fut également réticent par peur de devoir utiliser de la vidéo plutôt que de la pellicule. Le producteur craignait que la peur se dilue dans un tel format. Finalement, Carter approuva le concept estimant que ce serait probablement la dernière opportunité de le réaliser. Un mantra qui sied bien à la saison 7. En effet, nombre d'épisodes ont été écrit parce que "ce serait peut être la dernière occasion de le faire". Millenium a été élaboré parce que l'idée d'un crossover entre X-Files et Millenium ne pourra pas se présenter de nouveau. The Amazing Maleeni est né car Spotnitz désirait depuis longtemps axer un script autour de la magie. Introduire Donnie Pfaster dans Orison a également été animé par l'urgence de la fin imminente de la série. William B Davis écrira son premier script avec En Ami, Gilligan réalisera son premier opus avec Je Souhaite. Enfin, Gillian Anderson portera à elle seule All Things. X-Cops suit donc cette longue lignée de "au cas où c'est la fin".
Comme nous l'avons vu dans mes précédents dossiers, Vince Gilligan est assurément le scénariste le plus post moderne de l'équipe. En outre, son amour pour la télévision transparaît assez régulièrement. Drive (saison 6) s'ouvrait avec un journal télé qui relatait une course poursuite. Une scène qui préfigurait visuellement son futur X-Cops. Il plaçait l'inspecteur Richard Munch d'Homicide dans Unusual Suspects. Il faut également se souvenir que, avant de devenir le fameux Bad Blood, l'auteur désirait créer un crossover avec la série Unsolved Mysteries, avec d'autres acteurs jouant Mulder et Scully. Au final, Bad Blood se calquait sur un épisode particulier du The Dick Van Dyke Show.
X-Cops est étonnant car il dame le pion a toute la tendance du found footage qui allait déferler ensuite dans les années 2000. Le Projet de Blairwitch était déjà sorti quelques mois auparavant. Mais le bébé de Gilligan peut tout de même se vanter d'être un des premiers de ses représentants. Ce segment réutilise même le principe de ne quasiment jamais montrer la créature. Il est vrai que le monstre polymorphe de l'épisode se propage comme une maladie, donc invisible, avant de se transformer en la phobie de ses victimes. Evidemment, il y a un peu du ça de Stephen King là dedans.
Pour la Fox, l'épisode a été une aubaine car sa nature de found footage l'a rendu indéniablement très économique. Il y a peu d'effets spéciaux étant donné que la créature n'apparaît jamais. De plus, Mulder, Scully et les policiers arrivent toujours après les attaques. Malgré tout, quelques cascades et maquillage ont nécessité du travail de ce côté là. Mark Snow n'a même pas eu besoin de composer de musique pendant la post production, puisqu'il y en a aucune durant le métrage. Concrètement, il s'agit d'une succession de plans séquences tournés sans trop d'accroc, d'après Vince Gilligan. Le tournage a donc été très rapide et pour un budget dérisoire. Michael Watkins reprend du service après son travail exemplaire pour Amor Fati. Il arrive parfaitement à insuffler le réalisme nécessaire à la mise en scène de l'épisode. L'artiste utilise l'éventail de petits détails visuels pour maximiser l'immersion, comme les gros plans, la caméra qui bouge, les perches qui se retrouvent devant le champ de vision, etc. D'un point de vue formel, X-Cops ne ressemble à aucun autre opus de la série. Le seul qui pourrait prétendre s'en rapprocher serait Triangle avec ses multiples plans séquences, mais ce dernier revêtait des atouts stylistiques ambitieux très différents. En revanche, X-Cops se veut plus modeste dans la manière de filmer en plan séquence: L'intégration de ces derniers découlent d'une conséquence inhérente au format "télé-réalité". Finalement, les caméras ne font que tourner continuellement.
L'enthousiasme de Gilligan, ainsi que le reste de l'équipe, est palpable tout du long. On sent que tout le monde a pris un réel plaisir à participer à cette expérience. En outre, le réalisme du métrage contamine même le casting qui expose davantage les minorités. Il est vrai qu'X-Files n'a jamais brillé par la diversité de ses acteurs invités. Il y a bien évidemment quelques acteurs afro-américains qui apparaissent ici et là. Mr X est le seul protagoniste régulier qui n'est pas blanc. Quand la série utilise des ethnies différentes, c'est pour centré un récit complet dessus, à l'image de Hell Money ou encore El Mundo Gira. Et parfois, la série se vautre dans les stéréotypes les plus embarrassants. X-Files n'est bien entendu pas un cas isolé: c'était monnaie courant dans les années 90. X-Cops est étonnant car il nous présente un couple homosexuels (afro-américains qui plus est): Steve et Edy. Malheureusement, leur représentation peut paraître quelque peu douteuse: Edy est clairement identifié comme l'homme gay maniéré, ayant un goût prononcé pour un excès de mélodrame. Steve, lui, est dépeint comme "l'homme" du couple. Des caractérisations malheureuses. Néanmoins, X-Files semble tout de même bien intentionné à leurs égards. Le scénario insiste sur la sincérité de leur amour, et même le sergent Duthie les décrit comme "des gens biens". Franchement, ça aurait pu être bien pire.
Bien entendu, l'autre élément qui a peut être moins bien vieilli est tout simplement... Cops. A l'époque, ça me passait au dessus de la tête, car l'adolescent que j'étais n'avait pas conscience des violences policières. Forcément, je suis blanc. Mais en ayant une sensibilité politique aujourd'hui, X-Cops me laisse parfois un goût amer. Cops a longtemps été une émission controversée, notamment pour la représentation biaisée de la police. De surcroit, la téléréalité présentait surtout des suspects noirs dans leur show, ancrant durablement les stéréotypes.
En revanche, et à l'instar du found footage, on voit une nouvelle fois à quel point la saison 7 préfigure l'émergence de tendances qui vont se dessiner par la suite. Même si l'émission Cops était déjà une vieille émission, X-Cops annonce tout de même l'explosion de la téléréalité à venir. Survivor ne sera par exemple diffusé qu'ultérieurement. En définitif, X-Cops représente la dernière fois que la série s'aventura dans le high concept le plus débridé. Il y aura encore quelques épisodes décalés, mais plus convenus désormais. L'épisode aurait clairement été à sa place dans la saison 6. Un exercice de style brillant, malgré quelques petits problèmes.
13. FIRST PERSON SHOOTER (Maitreya)
Ce n'est pas la première fois que la série accole le meilleur épisode et le pire de la saison. Cependant, le contraste est saisissant ici. X-Cops est toujours considéré comme un petit bijou technique. A contrario, First Person Shooter est un segment épouvantable. A titre personnel, il s'agit même un des pires moments de toute la série. Il n'a pas la médiocrité de Teso Dos Bichos (saison 3) ou la mollesse de Space (saison 1). Au lieu de cela, c'est un épisode éminemment ambitieux de la plume de William Gibsons et Tom Maddox, déjà à l'oeuvre sur l'incroyable Kill Switch (saison 5), assurément un des meilleurs loners de toute la série. Pour rappel, Gibson est un éminant auteur de science-fiction, et il est également cité comme l'instigateur du genre cyberpunk. Le concept de l'épisode, ainsi que le nom des deux auteurs me mettaient l'eau à la bouche avant la sortie de l'épisode. Puis voir des images de Mulder avec une paire de lunettes de soleil, brandissant une épée, mais aussi de Scully avec un gros gun, moi ça m'intriguait fortement. Un épisode conceptuel des plus savoureux se profilait donc... Au final, c'est un loner hautement antipathique. Rien que ça...
Par où commencer... Tout d'abord, il est intéressant que First Person Shooter suive directement X-Cops. Les deux se positionnent comme des essais expérimentaux. Le premier pousse ouvertement le concept de la télé-réalité, tandis que le second verse dans la science fiction pulp, mais stagne tout de même dans une certaine zone de confort: Grosso modo, il s'éloigne moins des sentiers battus que le script de Vince Gilligan. Cependant, le ton adopté paraît en inadéquation ici. L'intrigue traite de la réalité virtuelle et distille autant de thèmes que le divertissement, l'instinct, la violence ou encore le fantasme. Malheureusement, tout dans First Person Shooter semble mal s'accorder ou sonne faux. Factuellement, c'est un X-Files, avec Mulder et Scully qui enquêtent, mais le ton semble étrange. Bien sûr, la série a déjà joué des ruptures de ton, en proposant parfois des scénarios de comédies qui entraient en contradiction avec l'aspect angoissant de la série. Mais ici, le résultat sonne faux et forcé. Il y a de trop nombreux détails qui, mis bout à bout, créent une énorme dissonance à l'ensemble. On a l'impression d'avoir affaire à un X-Files alternatif foireux. Même les personnages habituels ont l'air de vivre une vie parallèle: Mulder prétend jouer aux jeux vidéo. Pourtant, cela a l'air de rentrer en contradiction de ce qu'on connait du personnage. Non pas qu'il ne peut pas jouer aux jeux vidéo, mais juste qu'il n'y a jamais eu aucune mention de cette passion auparavant. A la place, on a surtout vu Mulder regarder des films X ou des vieux films en noir et blanc. Il aurait pu être un joueur purement occasionnel, mais le script ici montre l'agent être ravi de rencontrer la star du jeu vidéo, Darryl Musashi. De même, si la présence des Lone Gunmen reste toujours agréable, ils sont décrits ici comme faisant partie du système capitalisme: En effet, ils semblent directement impliqués par l'entreprise de réalité virtuelle de l'intrigue. Une donnée qui entre indubitablement en contradiction avec la paranoïa et le côté marginal du trio. A l'origine, Maddox et Gibson souhaitaient les incorporer car ils adoraient ces personnages. Il est vrai que Frohike, Byers et Langly avaient une place de choix déjà dans Kill Switch, des mêmes auteurs. Mais leur intégration était nettement plus convaincante dedans.
Et dans le tas, il y a un inconfortable débat totalement à côté de la plaque sur la violence dans les jeux vidéo. Manque de bol, le jeu vidéo, ça me connait un petit peu, et le sujet tombe totalement à plat ici: Scully faisant office de la figure caricaturale anti-jeux vidéo. Heureusement, Mulder est là pour tempérer. Leur position sur le sujet est clairement dicté par leur genre respectif. Mais ce problème de jugement aurait pu passer si l'ensemble s'était montré captivant. En fait, il est louable de traiter ce sujet. Le problème est que l'épisode effleure le sujet en surface. Il schématise en réduisant les hommes en des êtes qui adorent tout faire péter, et les femmes qui trouvent ces derniers puérils. C'est incroyablement réducteur pour les hommes comme les femmes. L'analyse s'arrête donc à cette surface biaisée. En réalité, le script s'appuie sur la panique morale envers les jeux vidéo. Déjà en 1993, la sortie de Mortal Kombat et sa violence graphique avait secoué les Etats-Unis. En 1999, le massacre de Colombine a rallumé la mèche, et on peut supposer que First Person Shooter utilise donc cette panique pour donner de l'épaisseur à son sujet.
En revanche, il est intéressant d'aborder la misogynie ambiant dans la culture du jeu vidéo. C'est même un point étonnant pour un épisode d'une grosse série en prime time, du début des années 2000. L'effervescence autour du sujet du sexisme dans le milieu explosera plusieurs années plus tard, d'abord au travers plusieurs féministes (dont des développeuses) qui vont pointer du doigt le problème. Ensuite via l'explosion du Gamergate qui va mettre en évidence toutes les dérives du média. Malheureusement, First Person Shooter aborde le sujet de manière gênante en décrivant sommairement les hommes comme des obsédés du sexe et de la violence. Les femmes, elles, ne peuvent que soupirer d'exaspération. C'est tout...
Pire: Scully critique toute cette violence avant d'entrer dans le jeu pour aller se déchainer. Même si elle rentre dedans pour sauver son co-équpier, le passage entre malgré tout en dissonance avec son argumentaire. Il y avait là une belle occasion d'aborder l'objectivation des femmes, mais tout tombe à l'eau. A ce sujet, le pinacle du mauvais goût survient lorsque la prostituée ayant servi de modèle pour Maitreya est interrogée par les policiers. La tenue sexy de la femme paralyse tous les hommes aux alentours. Les hommes ne sont donc que des créatures lubriques. Même Mulder ne résiste pas et la matte en sortant, sous l'oeil agacé de Scully. Encore une caractérisation étrange du personnage.
Même la représentation de la tueuse virtuelle Maitreya est quelque peu gênante. Elle est la création de Phoebe, cette développeuse qui souffre de travailler dans un milieu testostéroné. Mais son moyen de s'émanciper a été de créer une femme "objet sexuel". Maitreya se veut être une extériorisation de la rage des femmes, mais elle n'est finalement qu'une bimbo énervée qui ne fait que tuer basiquement. Bien entendu, il y a un air de Lara Croft ++ qui se dégage dans la caractérisation de cette création. Comme pour d'autres aspects, la pertinence du personnage tombe totalement à l'eau. Il n'y a quasiment que de mauvais choix ici.
Même l'ambition de créer un univers virtuel se heurte à certaines limitation budgétaire. Lorsque les personnages sont plongés dans l'espace polygonée du jeu, il n'y a que deux pauvres décors statiques dans lesquels évoluer. Ce qui n'aide pas immerger le spectateur. Le combat final de Scully contre Maitreya est d'un kitch ultime: la femme se dupliquant en une multitude de copies, lorsqu'elle n'arrive pas à abattre notre héroïnes. Ces scènes sont incroyablement statiques, en plus de manquer de dynamisme. Il s'agit d'un climax terriblement ennuyant. Il ne se dégage aucune tension, puisque Scully a l'air de terrasser facilement toutes les Maitreya.
First Person Shooter demeure donc fouilli et nébuleux. On ne connait pas les réelles motivations de Maitreya. En outre, il y a d'autres questions restées sans réponses, comme la disparition totale de Mulder au moment d'éteindre le jeu, révélant les trous béants subsistants dans le scénario. Chris Carter, réalisateur ici, le confesse: D'après lui, personne dans l'équipe ne savait comment conclure efficacement l'épisode: "On ne savait pas vraiment comment terminer cet épisode. C'était un épisode qui explorait les limites de la technologie, et il n'y avait pas de fin naturelle à cette histoire, si l'on peut dire. Du coup, cette fin est un peu absurde. Je crois que tout le monde s'est senti un peu ridicule en la tournant."
La gestation même du script a été compliqué: William Gibson, Tom Maddox et Chris Carter étaient tous occupés lorsqu'ils ont été contraints de travailler sur ce nouveau script. Le développement a nécessité plusieurs mois de gestation. Finalement, Kill Switch aussi a été un projet au long court, mais pour First Person Shooter, les auteurs avaient tous les yeux rivés ailleurs: Chris Carter s'occupait encore de Harsh Realm et Gibson préparait la promotion du roman qu'il venait de terminer. A noter que, justement, les deux écrivains désiraient travailler sur la nouvelle série du showrunner, avant son annulation. Comme pour Kill Switch, la production a dû adoucir certains délires des deux romanciers. En effet, certaines trouvailles étaient trop difficiles à transposer à l'écran. A ce sujet, Frank Spotnitz expliqua: "William Gibson et Tom Maddox ont toujours des idées géniales, mais difficiles à mettre en oeuvre." L'épisode a explosé le budget, ce qui est amusant après X-Cops qui, lui, a été très économique.
First Person Shooter est un très mauvais X-Files, moralisateur et sexiste. Toute tentative de pertinence tombe systématiquement à l'eau. Toutes les ambitions visuelles ne fonctionnent pas. Un véritable fiasco. C'est une mauvaise oeuvre de science fiction, une mauvaise comédie et une mauvaise analyse sociale. Tout simplement un des plus mauvais épisodes de la série. Globalement, le jeu vidéo a longtemps été mal représenté à Hollywood, et ce n'est pas cet épisode qui allait inverser cette tendance.
14. THEEF (Coup du Sort)
Après deux épisodes expérimentaux, revenons à un loner plus classique. Une pure histoire horrifique comme X-Files nous avait habitué auparavant. A l'instar de Signs and Wonders, Theef est un épisode clairement sous-estimé. Pourtant, son horreur est admirablement mis en scène par un Kim Manners des plus inspirés. A croire que le réalisateur porte une bonne partie des meilleurs opus de la saison. C'est à lui que l'on doit Hungry et Signs and Wonders. Petit aparté sur le fait que X-Files a sûrement bénéficié de la saturation des héritiers de Scream, dans les années 90. Il faut savoir que cette décennie a connu l'essor des films qui s'appuyaient lourdement sur le second degré et sur la connivence avec le spectateur. Scream a engendré une pelleté de rejetons qui se moquaient et décortiquaient les codes des vieux films d'horreur, et plus précisément des slashers. Mais ce faisant, ils ont sclérosé le genre durant un temps, mise à part quelques exceptions. X-Files a certainement agit comme une bulle d'air frais en proposant de petits films horrifiques très premier degré. Malgré l'humour pince sans rire de Mulder, les épisodes angoissants ont réellement l'ambition d'effrayer. Ils utilisent des codes de l'horreur mais dans un sens noble du terme. Il n'y a pas de second degré, ni de cynisme lourdingue qui se dégage. Il n'y a pas de honte à tenter d'effrayer les gens. Des segments comme Theef font partie de cette bouffée d'air frais. L'introduction du métrage donne le ton: La découverte du corps pendu d'Irving, le grand père de la famille Wieder, dans cette grande maison demeure un moment terrifiant. Manners manie ici le suspense avec une minutie d'horloger. C'est un épisode excellemment mis en scène. Theef est sordide et sale. La musique de Mark Snow souligne admirablement le malaise de l'ensemble. Lorsque je repense à cet épisode, j'ai tout de suite des images chocs qui me viennent en tête. Il y a bien entendu la pendaison du grand-père, mais aussi l'apparition des morceaux de terre sur un oreiller, formant grossièrement une forme humaine. Il y a la scène du micro onde, mais également toute la séquence où Scully devient aveugle, affichant des yeux tout blancs. Theef propose donc des scènes chocs qui marquent. Un réalisateur moins doué aurait pu rendre toutes ces scènes ridicules et moins impactantes. L'atmosphère lugubre de l'époque Vancouver semble de retour ici. L'autre apport est l'apparition de Billy Dragon qui endosse ici le rôle d'Orell Peattie, cet homme qui utilise la magie vaudou pour se venger du docteur Robert Wieder, en semant la mort dans son entourage. Chris Carter fut particulièrement ravi d'avoir pu mettre la main sur l'acteur. Le fils de Drago, Darren E. Burrows avait déjà été au casting de Monday, l'année d'avant.
Theef décrit le conflit existant entre la science et la magie. Peattie est un marginal, issu des montagnes reculées des Appalaches, qui a été bercé par le mysticisme. Wieder est un homme de la raison, de la science. Ici c'est la magie qui va violemment faire irruption dans le monde rationnel et scientifique. L'homme de science va vivre un véritable enfer car le mal qui frappe les membres de sa famille semble inexplicable. Wieder a beau sauver des dizaines de vies tous les jours, grâce à ses connaissances en médecine, ici, il est totalement démuni aux drames qui s'abattent autour de lui. Il n'y a aucune explication rationnelle, et donc, techniquement, il ne peut pas sauver ses proches grâce à ses connaissances et ses compétences. Peattie reproche à Wieder d'avoir laissé mourir sa fille, à l'hôpital; l'homme estimant que s'il avait été présent, il aurait pu la sauver. Il y a là la confrontation entre deux "guérisseurs": L'un, adepte de magie et se sorcellerie, et l'autre pratiquant la connaissance de la médecine. L'épisode aborde la lutte des classes: Wieder vit dans une certaine opulence: Il a une luxueuse et vaste propriété. Peattie survit dans la misère, dans un minuscule appartement. Le scénario aurait pu être sacrément casse-gueule, spécifiquement s'il avait dépeint Orell Peattie uniquement comme un immense plouc. Il y a un peu de ça, mais l'interprétation de Billy Drago arrive tour à tour à rendre sa présence terrifiante, mais aussi tragique; sa tristesse transparaîssant dans la seconde partie de l'histoire. La description de "l'autre" aurait pu distiller un message un peu xenophobe, mais Theef évite cet écueil. On suppose que Lynette Peattie a certainement dû partir de sa région pour voir si l'herbe était plus verte ailleurs. On sent que son père n'a pas l'air ravi de se retrouver dans le Marin County. Il n'a guère envie de discuter avec les gens qu'il croise. Même si l'épisode ne cautionne aucunement les crimes horribles de l'homme, il n'est pas non plus décrit comme un monstre unilatéral. Au fil de la progression de l'intrigue, la souffrance d'avoir perdu sa fille devient de plus en plus palpable. Peattie reste dépeint comme un être humain avant tout. Finalement, sa fille et lui sont des fantômes aux yeux du monde qui les entoure. Lynette est enterrée anonymement, pendant qu'Orell évolue de façon invisible dans cette ville hostile à lui. L'intrigue donne donc du relief à cet antagoniste. Certaines des phrases qu'il prononce à lui même vont dans ce sens: on peut dessiner quelques bribes de ce qui a pu se passer avec sa fille, grâce à quelques mots qu'il balance. Par exemple, il mentionne le "chien Boone" à un moment. Ce genre de petits détails contribuent à épaissir le personnage. Theef lui offre même la possibilité de faire une bonne action: lorsqu'il confectionne une préparation à base de plantes à sa propriétaire pour la soulager de ses douleurs chroniques. L'épisode ne réduit pas le protagoniste à une fonction. Il n'est pas qu'un levier pour générer de la peur. Peattie est animé par la vengeance, et sa détermination lui octroie une froideur effrayante, mais derrière cette façade, il demeure un être humain, meurtri d'avoir perdu sa fille. Ceci étant dit, l'épisode insiste tout de même sur le caractère effroyable de ses crimes. En effet, pour tempérer ce que je viens d'écrire, Peattie reste un type qui assassine des innocents. Juste qu'il n'est pas un simple monstre fonctionnel.
Si Billy Drago insuffle une ambivalence subtile à son rôle, James Morrison campe un docteur Robert Wieder sûr de lui, mais qui laisse transparaître une chaleur humaine indéniable. La série a eu beaucoup de chance d'avoir eu ces deux acteurs. Ils tirent immanquablement l'épisode vers le haut.
Theef est remarquable également pour l'implantation du vaudou dans un épisode d'X-Files. Alors, non. Fresh Bones traitait déjà du vaudou, mais Theef utilise le concept plus connu des poupées vaudous. Ces objets auxquels on jette un sort pour pouvoir provoquer à distance des sévices sur des victimes.
A la signature du script se trouve le trio John Gilnitz (John Shiban, Vince Gilligan et Frank Spotnitz) qui ont dû écrire une histoire à la hâte, après l'abandon d'un scénario à la dernière minute. Avec une telle précipitation, le résultat à l'écran en paraît encore plus surprenant.
Theef offre de formidables interactions entre Mulder et Scully. Ils se taquinent gentiment comme lorsque Mulder, sur les lieux du premier crime, anticipe ce que sa partenaire en l'imitant: "Mulder... pourquoi sommes-nous ici ?" Les deux acteurs ont l'air tellement à l'aise que les voir échanger des regards est un véritable plaisir. Scully paraît même plus ouverte à accepter une explication alternative ici. Notamment lorsque Robert Wieder lui demande si elle croit aux théories tordues de Mulder, elle ne dément pas. Durant cette saison, on constate une dynamique entre les deux agents. Ils sont plus détendues, semblent même flirter parfois (même si c'était déjà le cas en saison 6). Scully sourit plus volontiers. La dualité croyant/sceptique s'estompe de plus en plus.
Pour finir, sache que Billy Drago a particulièrement apprécié son passage dans X-Files. Il relata son passage: "Cette histoire me faire encore peur quand je la regarde. Mon personnage utilisait de vraies poupées, ou marionnettes, des Appalaches et des Ozarks. J'avais de la famille là-bas et je sais comment ils travaillaient avec ces poupées. Les gens qui vivaient dans ces collines et ces montagnes n'avaient pas accès aux soinds médicaux, alors ils consultaient des guérisseurs traditionnels qui pratiquaient des techniques de guérison avec ces poupées. Celles qu'on voit dans l'épisode ne sont pas des accessoires, ce sont des vraies. De plus, les chants et les chansons que mon personnage chante sont ceux que j'entendais quand j'étais petit, quand on allait chez ma grand-tante dans les montagnes."
Cette anecdote confirme le soucis de réalisme que l'équipe de la série cherche à inclure dans ses récits.
Dragon ajouta: "Je me souviens qu'on a tourné une scène où Peattie prépare un cataplasme magique pour le dos de sa logeuse. Dès que le réalisateur a crié "coupez !" j'ai eu un lumbago. J'ai souffert le martyre pendant tout le reste du tournage et le jour de la fin, la douleur a comme par magie disparu. Bizarre, non ? On n'aurait peut être dû utiliser les vraies incantation, ni ces poupées magiques. J'en ai d'ailleurs gardé une, elle trône sur la cheminée, en souvenir de cet épisode."
C'est une anecdote que je trouvais trop mignonne...
Kim Manners a trouvé le tournage de l'épisode un peu difficile, notamment à cause du manque de préparation. L'artiste fut très satisfait du montage final. A noter que l'homme a loupé une journée de tournage parce qu'il a été malade. Il a été remplacé pour l'occasion par Rob Bowman, l'autre metteur en scène prolifique de la série.
Cheri Montesanto-Medcalf, maquilleuse sur X-Files, était très contente du maquillage de Billy Drago. Elle précisa: "Je me souviens que Drago était génial. Il était vraiment effrayant après le maquillage. Je voulais que ce type ait l'air super effrayant et perturbant, mais suffisamment réel pour qu'on ait peur en le voyant par la fenêtre la nuit.
A l'instar de Signs and Wonders, Theef confirme que la série a trouvé des ressources lorsqu'il s'agit d'effrayer les spectateurs. Et à ce stade de vie, c'est déjà beaucoup.
15. EN AMI (En Ami)
En Ami est un pur épisode pour fanboy. Bien entendu, j'avais juste surkiffé l'épisode, lors de sa parution. De toute façon, dès qu'un épisode intégrait le casting régulier, j'étais aux anges. Mais l'intrigue ici ne peut contenter QUE les fans. Même les autres épisodes mythologiques peuvent malgré tout plaire à des spectateurs occasionnels, car leurs histoires ne contiennent pas que des aspects feuilletonants. En Ami ne peut s'apprécier que si on est habitué au lore de cette vaste fiction.
L'originalité du scénario ici est qu'il a été écrit par William B. Davis, alias le Smoking Man lui même. A la base, cette envie est née d'une frustration de l'acteur de ne pas avoir partagé beaucoup de de dialogues avec Gillian Anderson. Lors d'une interview, il déclara: "Sept ans s'étaient écoulés et je n'avais toujours pas tourné de scène avec Gillian. Leur relation semblait intéressante à explorer, et c'est ainsi qu'est née l'intrigue. Le personnage subit une certaine transformation dans cet épisode. C'est le genre de chose dont on ne sait jamais vraiment si c'était une bonne chose ou non. C'est un peu comme si, une fois que le méchant commence à s'adoucir, on perdait quelque chose de l'arc narratif. En tant qu'acteur, et pour le développement du personnage, il était certainement intéressant d'explorer comment sa rencontre avec Scully l'avait transformé et comment il avait laissé émerger une certaine humanité."
Finalement, l'Homme à La Cigarette et Scully ont eu une scène cruciale dans Closure, un peu plus tôt dans la saison. Le tournage de la dite scène a probablement motivé l'écriture d'En Ami. De manière générale, toute cette saison a été bâti avec des projets mis de côté depuis longtemps, et d'autres sont nés sous l'impulsion dûe à l'urgence. Les auteurs étaient dans une optique d'expérimentations, quitte à se foirer. Grosso modo, de nombreux membres du staff se sont dits que ce serait probablement la seule occasion d'écrire ou de réaliser un épisode. David Duchovny écrira et réalisera Hollywood A.D. Gillian Anderson portera All Things. Vince Gilligan réalisera son premier épisode avec Je Souhaite. Dans ce même ordre d'idées, William B. Davis désirait passer à l'écriture. Ce sera peut être sa seule opportunité de le faire.
Ces expérimentations donneront lieu à quelques monumentaux ratés comme l'attestent First Person Shooter.
Le principal plaisir procuré par En Ami demeure dans les interactions entre Scully et L'Homme à la Cigarette. L'antagoniste lui propose une petite virée en voiture, afin de lui remettre un potentiel remède contre le cancer. Notre héroïne, elle, l'accompagnera à reculons, se demandant constamment si elle doit se méfier ou non. Le plaisir provient des échanges savoureux entre les deux personnages. Parce qu'en définitif, tout l'épisode s'appuie sur ces dialogues. Il y a quelque chose d'émouvant dans la rencontre entre ces deux personnages. Scully a rencontré cet individu pour la première fois, lorsqu'elle était une jeune agente tout juste enrôlée au FBI. Elle avait initialement été embauché pour parasiter le travail de Mulder. Elle a ensuite évolué au fil des saisons. L'Homme à La Cigarette, lui, apparaissait d'abord comme une sinistre figure, tapi dans l'ombre, comme la représentation du mal. Mais au fil du temps, le personnage s'est "adoucit" et les scénaristes lui ont apporté une ampleur plus humaine. Il avait dès lors ses propres failles.
En Ami confirme ce que l'Homme à La Cigarette a glissé à Scully dans Closure: Il est mourant suite à l'opération qu'il s'est infligé au terme d'Amor Fati, en début d'année.
Ses discussions avec Scully révèlent qu'il effectue le bilan de sa vie, et qu'il médite sur son héritage. Sur ce qu'il va léguer à ce monde après sa mort. La scène la plus émouvante de l'épisode réside dans le dialogue qu'il entretient avec la jeune femme, lorsqu'ils dinent en tête à tête. Il lui explique que tout ce qu'il a bâti n'est que ruines, désormais, et il réalise qu'il n'a plus rien à léguer. Donner ce remède serait l'occasion pour lui de se racheter. La séquence culmine au moment où Scully lui demande si ce remède pourrait le sauver lui et qu'il conclut ses échanges avec un malheureux: "Je suis un vieil homme seul, Dana..." avant de se lever, l'air triste. Nous n'avons pas revu l'antagoniste aussi humain depuis Two Fathers et One Son. Même si la finalité du récit soutienne la théorie de Mulder qui pense que Scully s'est faite bernée du début à la fin, le spectateur et elle ont réussi à scruter le visage du Cigarette-Smoking Man un bref instant, et qu'une sincérité en émanait. En outre, la scène finale montre l'homme jetant le disque dans l'eau, le condamnant à mort immédiatement.
Bien évidemment, l'antagoniste a tout de même manipuler la jeune femme pour arriver à ses fins, mais son affection pour elle semblait sincère, à l'instar de certaines de ses confessions.
L'homme évolue dans une sorte de purgatoire tout du long. Paradoxalement, son humanité apparente amoindrit considérablement son pouvoir. Que ça soit dans Closure, En Ami et, un peu plus tard, Requiem, les scénaristes optent pour une vision définitivement plus humaine du personnage; le spectateur éprouvant de l'empathie pour lui. Dans l'ensemble, une atmosphère indiscutablement crépusculaire se dégage dans toute la mythologie de la saison 7. En Ami ne déroge pas à cette ligne directrice, et se permet même une forme d'introspection se dessiner. Contrairement aux autres chapitres mythologiques, cette histoire signée Davis ne mise en aucun cas sur le spectaculaire ou un quelconque rebondissement choc. Il n'y a pas de réelle scène d'action, mise à part peut être la scène du bateau (et encore). Finalement, En Ami n'apporte aucune réponse, ni même aucune question. A l'instar des autres segments du fil rouge cette année, le récit ici ressemble davantage à une étude de personnages, sur fond de désespoir, plutôt qu'à une intrigue permettant la progression des différents fils narratifs. Comme dit précédemment, l'épisode est plutôt lent et laisse la part belle aux interactions entre L'Homme à La Cigarette et Dana Scully. The Sixth Extinction méditait sur la nature de l'existence de l'humanité. Amor Fati s'attardait plus volontiers sur la tentation à laquelle Mulder est confronté. Sein Und Zeit et Closure résout l'arc de Samantha en écartant la plupart des éléments de la colonisation. La conspiration a été réduit à néant via Two Fathers et One Son. Dans la saison 7, les membres restants du syndicat évoluent tels des fantômes d'une époque révolue, comme maintenus artificiellement en vie pour les besoins de l'intrigue principale. La mythologie était devenue un élément incontournable du show, et on peut comprendre que l'équipe créatrice ne pouvait pas la laisser s'éteindre. En réalité, le mytharc de la saison 7 ressemble davantage à un long épilogue qui exclut l'arrivée de nouvelles questions.
A l'image d'une bonne partie de la saison, En Ami véhicule une imagerie à connotation religieuse. Dans l'introduction, l'enfant libéré de son cancer prétend avoir été sauvé par des anges. Cette main miraculeuse s'avère finalement être celle de L'Homme à La Cigarette. Ce dernier lui même se prend indéniablement pour Dieu, puisqu'il décide de confier ou non son remède miracle au reste du monde. A ce moment précis, il peut littéralement changer la face de l'humanité. En outre, l'épisode revient sur le pouvoir qu'il exerçait sur la vie de Scully, lorsqu'elle était dans le coma. L'homme insiste sur le fait qu'il a eu, entre ses mains, le pouvoir de la sauver ou non. Le récit décrit donc en filigrane le fait que L'Homme à La Cigarette a toujours été capable de jouer à Dieu.
Un autre détail intéressant du script réside dans le comportement de Scully: Son ouverture d'esprit grandissant explique pourquoi elle a pris tous ces risques. La Scully des saison 3 ou 4 ne serait jamais partie en road trip avec le Smoking Man. Ce genre de risques insensés collent davantage à la personnalité de Mulder. A ce titre, même si je comprends l'inquiétude de ce dernier, j'ai toujours trouvé culotté qu'il reproche à sa partenaire les risques qu'elle a entrepris, quand lui a passé la quasi totalité du mytharc a risquer sa vie, au grand dam de sa partenaire.
L'une des forces d'En Ami réside dans le sous texte sur l'écriture: L'Homme à La Cigarette raconte en réalité une formidable histoire à Scully. Il orchestre tout un scénario où il place l'agent au centre. Une façon pour la manipuler, puis la faire agir et évoluer comme un personnage de sa propre fiction. L'aspect méta en devient plus savoureux quand on se rappelle que c'est William B. Davis, l'interprète de cet antagoniste, qui a écrit cette intrigue, et où il place son avatar au coeur même de son propre récit. Il est d'autant plus pertinent que L'Homme à La Cigarette est réellement un écrivain, comme vu précédemment dans le fameux Musings of A Cigarette-Smoking Man (saison 4). Grosso modo, En Ami représente une sorte de réflexion sur l'art de l'écriture.
En parallèle, l'épisode s'attarde sur la dualité de Scully: Elle suit cet homme qu'elle déteste. Il a quand même tué Bill Mulder et est responsable de la mort de Melissa, sa soeur. En outre, il l'a enlevé et traumatisé. Mais ce voyage lui laisse entrevoir une très légère compassion pour lui.
Il y a cette fameuse scène malaisante dans laquelle elle s'endort dans la voiture de l'Homme à La Cigarette, et ce dernier enfile ses gants. L'ellipse qui suit montre la jeune femme dans une chambre d'amis. On se demande bien évidemment (et Scully aussi) comment a-t-elle pu se retrouver dans ce lit.
C'est un passage assez étrange. N'oublions pas non plus de mentionner l'intrigue secondaire présentant Mulder tenter de retrouver la trace de sa partenaire. L'agent fait notamment appel à ses acolytes, les Lone Gunmen, lors d'une savoureuse scène avec Skinner.
En Ami marque une date importante, car il s'agit de l'ultime épisode réalisé par Rob Bowman, un des vétérans les plus prolifiques d' X-Files. Aux côtés de Kim Manners, Bowman est le metteur en scène ayant le plus d'épisodes à son actif. Il a distinctement aidé à façonner l'esthétique de la série, en contribuant à définir l'aspect sophistiqué et cinématographique. Il représente un des architectes de la partie mythologique. Son premier apport a été Gender Bender, un des loners les plus remarquable visuellement de la saison 1. Par la suite, il aura à son tableau de chasses des moments aussi mémorables qu'End Game, Sleepless, Anasazi, Pusher, 731, Paper Hearts, Memento Mori, Kill Switch, Drive ou encore One Son. Désolé pour le name dropping, mais il me semblait judicieux de citer quelques uns de ses chefs-d'oeuvre. Il est l'homme choisi pour diriger le film Fight The Future. Son dernier travail sur En Ami est exemplaire, même si on sent qu'il ne peut pas insuffler le dynamisme des scènes typiquement "Bowmaniennes". Le ryhtme lent de l'épisode ne sied pas aux habitudes du réalisateur, mais il s'en sort avec les honneurs, malgré tout. Bowman sentait qu'il n'avait plus rien à apporter artistiquement à la série, à ce niveau là.
A l'origine, William B. Davis désirait s'inspirer de Richard III de Shakespeare. Dans le script original, Mulder était victime d'un accident et se trouvait ensuite entre la vie et la mort. L'acteur précisa: " L'Homme à La Cigarette se présente alors à Scully dans une chambre funéraire et lui dit: "Oui je l'ai tué. Mais je l'ai fait par amour pour toi." Et L'histoire se déroule à partir de là. Il tente de la rallier à sa cause. Il s'est avéré que tout cela n'était qu'une mise en scène, un test pour évaluer la loyauté de Scully envers Mulder. La situation a pris une tournure inattendue. Au final, tout cela s'est révélé être un mauvais rêve de Scully. Mais la production ne voulait pas procéder ainsi car nous avions déjà exploité trop de rêves et de fausses morts. Nous avons donc opté pour une approche plus réaliste: L'Homme à La Cigarette cherchant véritablement à gagner son affection pour servir ses propres intérêts."
Carter et Spotnitz n'étaient pas convaincus que Scully puisse accorder aussi facilement sa confiance à cet individu qu'elle méprisait profondément. Par la suite, ils ont remanié l'histoire en y intégrant les éléments mythologiques iconiques, et en maintenant la continuité du fil rouge. Comme l'Homme à La Cigarette a réussi à manipuler Scully, Chris Carter qualifia cet épisode comme le plus effrayant de la saison. En général, je ne m'épanche que très rarement sur la signification des titres. Déjà, En Ami est un autre nom d'épisode en français (après Detour, Folie à Deux et Je Souhaite), mais surtout, il joue sur la prononciation: "En Ami" ressemblant beaucoup à "enemy" en anglais.
Nous avions déjà abordé le cas de cet antagoniste, mais jamais de son impact dans la pop culture, et notamment dans le jeu vidéo. Il y a un peu de son aura dans la figure du G-Man, ce protagoniste étrange des jeux vidéo Half Life. On y retrouve même des références au tabagisme dans Half Life: Alyx, et certaines des répliques du personnage évoque irrémédiablement ceux du Cigarette-Smoking Man. Le mystérieux Homme Trouble qui apparaît dans Mass Effect 2 possède la même vibe que le super vilain d'X-Files. L'Homme à La Cigarette est tellement ancré dans l'ADN de la série qu'il est le seul autre personnage aux côtés de Mulder et Scully à apparaître dans l'épisode "The Springfield Files" des Simpsons.
En Ami est un formidable segment du mytharc. Il revêt des contours singuliers, à l'instar de tous les épisodes mythologiques de la saison. Il peut même sembler un peu bizarre parfois, mais son côté introspectif le rend réellement émouvant.
16. CHIMERA (Chimère)
Chimera était dans le lot des épisodes qui, avant leur diffusion, ne m'intéressait absolument pas, à l'instar de Signs and Wonders. En effet, cette histoire mystérieuse conviant des corbeaux ne m'enchantait guère. Au final, tu l'auras deviner, j'ai été agréablement surpris par ce loners pourtant très classique. Pourtant, il ressasse certaines thématiques déjà abordées antérieurement. A y regarder de plus près, Chimera n'apporte rien de neuf. Il examine à la loupe les travers de la vie en banlieue: un thème déjà sous jacent dans Eve (saison 1), puis Terms of Endearment (saison 6), et carrément central dans Arcadia (saison 6). Et plus globalement, c'est un loner structurellement des plus classiques. Pourtant, Chimera est un épisode brillant, digne des meilleurs segments horrifiques de la série. Tu vois que je dis beaucoup de bien sur cette saison 7, au final ?
C'est un petit film très bien réalisé par un Cliff Boyle inspiré. L'artiste s'était déjà fait remarquer pour son travail impeccable sur Small Potatoes (saison 4) et Bad Blood (saison 5), par ailleurs deux comédies. Il prouve ici qu'il sait parfaitement créer du suspense et de la tension. Le métrage distille merveilleusement bien ses rebondissements, sans griller trop vite tous ses ressorts scénaristiques. Le scénario de David Amann est intelligemment écrit. Ce dernier évite d'alourdir son propos sur le masque social, sur ce côté "sauver les apparences". L'artiste prend un malin plaisir dans la composition de ses cadres, par exemple lorsqu'il prend soin de s'attarder sur des surfaces réfléchissantes, accentuant la métaphore de la perception de soi et de l'apparence. Le film mêle une intrigue principale à une autre secondaire de façon plutôt pertinente. Au début, Mulder et Scully sont affectés à une planque devant un club de strip-tease, à la recherche d'une tueuse en série. Ensuite, Mulder est réquisitionné par Skinner qui lui ordonne d'enquêter sur la disparition d'une femme dans une petite banlieue, laissant donc Scully en plan. Cette dernière découvre que sa suspecte est visiblement capable de disparaître comme par magie. Mulder, lui, se retrouve également à traquer une tueuse en série, possédant le même don. L'une évolue dans un cadre plus populaire, tandis que l'autre progresse dans un cadre huppé.
En sus, Chimera excelle dans le portrait de ses différents protagonistes. Ellen est une mère de famille visant la perfection dans cette vie en banlieue, mais sombrant dans le déni lorsqu'elle apprend que son mari la trompe avec plusieurs femmes. Sa vie familiale en apparence parfaite est en train de se fissurer. Son seul moyen de garder le contrôle a été une dissociation de personnalité poussée à l'extrême, la transformant en une puissante créature. Le script échappe à la facilité de la décrire basiquement en folle furieuse. Phil n'est pas dépeint qu'en immense salopard. Chimera met en lumière les secrets de ces communautés en apparence si reluisantes. Des mystères honteux que ces endroits "chics" s'empressent de mettre sous le tapis, avec sourire de façade pour détourner les regards.
Cette histoire de Dr Jeckyl et Mr Hyde s'orne d'une dimension atmosphérique et mythologique plutôt chouette, grâce à la présence inquiétante des corbeaux sur les lieux des crimes. Malheureusement, l'épisode n'explique jamais concrètement le lien entre ces oiseaux et la transformation d'Ellen. Mulder relate leur existence symbolique, à un moment, en faisant une brève allusion à Edgar Allan Poe, établissant un lien entre Chimera et la littérature d'horreur de la Nouvelle-Angleterre. Les corbeaux sont un symbole principalement de mort, mais également de transformation; ce qui convient parfaitement avec ce que vit Ellen.
Dans le même ordre d'idées, le récit s'appuie sur le motif du miroir qui se conjugue harmonieusement avec la thématique de la vie en banlieue: Le miroir renvoie la perception de soi, l'image projetée sur soi-même, mais aussi sur les autres. Ces utilisations symboliques confèrent à l'épisode un caractère poétique des plus charmants. Aidé par un aspect visuel vraiment réussi, Chimera se présente surtout comme envoutant et et atmosphérique. D'une point de vue production, c'est un métrage impressionnant. Il n'a pas de gros défauts majeurs. Le problème provient, comme dit un peu plus haut, de sa redite par rapport à Terms of Endearment et Arcadia. Même la créature évoque immanquablement le monstre-poubelle d'Arcadia. L'ensemble paraît donc plutôt répétitif.
Mais à l'image de Theef, Chimera nous propose des dialogues malicieux entre Mulder et Scully. Ils passent une bonne partie de l'enquête au téléphone: Scully se plaignant à son collègue de son horrible affectation, représentant un des moments les plus amusants de toute la saison. Voir cette dernière saturer de ne manger que de la pizza, dans sa planque glauque, pendant que Mulder mène la belle vie à manger des repas gastronomiques, préparés avec soin par Ellen (qui lui repasse ses chemise qui plus est), confère une contraste hilarant.
Les parallèles avec Arcadia n'étaient pas fortuite puisque le staff souhaitait explorer à nouveaux le thème du mal qui se tapis dans les petites banlieues, mais sous un angle purement horrifique, mais sans utiliser l'humour cette fois. Chris Carter voulait créer quelque chose de "nouveau et d'audacieux". Malgré toute l'affection que j'éprouve pour l'épisode, ce n'est pas les qualificatifs que j'aurais utilisé pour décrire Chimera. Le corbeau était l'image que le showrunner désirait implémenter, car il la trouvait effrayante. Pendant la conception du scénario, il fut évident que David Duchovny et Gillian Anderson ne pourraient pas se retrouver aussi souvent ensemble dans le métrage, car chacun était occupé à réaliser leur épisode respectif: Duchovny travaillait sur son Hollywood A.D, pendant qu'Anderson confectionnait All Things. D'où l'idée qu'ils passent la majeure partie de l'épisode au téléphone; apparaissant ensemble qu'au tout début.
Rick Millikan, le directeur de casting, a eu pour mission de chercher des gens de banlieue à l'apparence normale pour camper les personnages. L'homme a par la suite déclaré qu'il était délicat de trouver car "la série exigeait des acteurs parfaits Il n'est pas si facile de trouver des gens d'apparence normale. Nous avons fait appel à tellement de personnages au fil des ans que c'est devenu de plus en plus difficile". Il est vrai qu'une des qualité d'X-Files a été de trouver des acteurs talentueux, et notamment des personnes avec des têtes particulières et/ou identifiables.
Autre anecdote: Cliff Boyle, le réalisateur, a eu quelques problèmes pour obtenir ce qu'il voulait avec les corbeaux. En effet, les oiseaux ne réagissaient pas au bon moment, ce qui a nécessité l'utilisation de plusieurs corneilles comme doublures supplémentaires. Le metteur en scène relata: "Nous avons utilisé deux corneilles. L'une croassait très bien et l'autre sautillait bien."
En définitif, Chimera est un épisode captivant qui renoue parfaitement avec la tonalité des premières saisons. Son seul véritable défaut réside dans ses similitudes avec d'anciens loners. Une certaine lassitude peut donc se faire ressentir à force...
Alors déjà... Le titre français a été très mal choisi car "Existence" (sans "s) sera le nom original de l'ultime épisode de la saison 8. Comme quoi, traduire systématiquement des noms peut conduire à ce genre de situations grotesques. Ensuite... je suis embêté car All Things est un épisode que je n'ai vu que deux fois dans ma vie tellement je le déteste. Et je suis doublement ennuyé car il s'agit de l'unique contribution de Gillian Anderson à la série. Elle a porté le projet à bout de bras et comme j'adore l'actrice, je me retrouve dans la position du fan qui n'a pas du tout apprécié son résultat. Pourtant, il y a quelque chose de salutaire de constater qu'X-Files n'a jamais eu peur de tordre ses propres conventions. Elle s'est régulièrement délectée de jouer sur les ruptures de ton. Mieux encore: elle n'a jamais eu peur de paraître bizarre et décalée. Déjà, comme mentionné, elle a toujours adoré brasser large dans ses références et, surtout, à les mélanger quitte à ce que les détracteurs se moquent que la série mettent sur un pied d'égalité ses références littéraires classiques avec des concepts de science fiction. Au fil du temps, X-Files a de plus en plus oser dynamiter sa formule avec des délires postmodernes et/ou hautement conceptuels. All Things s'inscrit dans cette dernière lignée. Sauf que parfois, ça ne matche pas comme il le devrait.
Gillian Anderson choisit de centrer son histoire autour de son rôle. All Things met donc Scully face à ses doutes sur les choix qu'elle a pu faire dans la vie. C'est un morceau de la série un peu étrange car il ne s'agit pas d'un mytharc, mais difficile de le ranger parmi les autres loners. Il n'y a pas de "monstre de la semaine" ici. Au lieu de ça, on un portrait sur Scully, relaté du point de vue de Gillian Anderson, son interprète. Elle y décrit sa propre relation avec son personnage. En soi, le concept demeure fascinant. Et même si je n'apprécie pas le résultat, c'est une démarche amplement plus sympathique que l'épouvantable First Person Shooter.
All Things s'interroge sur les rencontres hasardeuses. Il revient sur comment toute chose peut être liée de façon parfois imperfectible. Il met en lumière les vies humains qui se croisent aléatoirement, mais qui trouverait un sens logique. Anderson a depuis longtemps été influencée par le bouddhisme et le New Age. L'actrice insuffle donc certaines de ses convictions dans son scénario, jurant avec le catholicisme inhérent de Scully, créant une dissonance quelque peu déroutante. Les convictions religieuses de l'héroïne devrait entrer en compte dans le développement de sa crise existentielle, mais elles brillent par leur absence ici.
Déjà, le réveil bouddhiste de Scully est relaté de manière soudaine, surtout avec les données déjà connues du personnage, mais également le script exprime cet argument inconfortable que le manque de spiritualité est responsable d'une santé défaillante. Plusieurs passages viennent souligner cette conviction. Scully explique à Daniel, ce médecin qui entretenait une liaison avec elle, que si sa santé périclite, c'est en partie à cause de son manque de spiritualité. Des propos qui entrent en opposition avec la scientifique qui la caractérise, et plus largement ça entre en contradiction avec ce que l'on sait sur elle. De tel propos suggère que la maladie de Daniel n'est pas dû à des facteurs multifactoriels, mais juste à un manque de foi. C'est évidemment très contestable.
Dans le même registre, le dialogue qu'elle a avec Colleen Azar, une ancienne physicienne, précise que cette dernière n'était pas épanouie. En soi, il n'y a rien de mal, mais All Things a l'air de mêler cette donnée comme la conséquence d'un manque de spiritualité. Il suggère cette idée sous jacent qu'un(e) scientifique ne peut pas se satisfaire sans foi, religion ou spiritualité. C'est... bizarre.
Heureusement, l'épisode ne s'oppose pas non plus à la médecine moderne. Il suggère juste qu'un peu de new age en complément peut se révéler utile. En définitif, le message se situe constamment sur le fil du rasoir, mais n'est pas non plus si problématique que cela. Disons juste qu'il y a des corrélations un peu gênantes qui parsèment le métrage. Pour la défense de l'épisode, expliquer de tels concepts New Age en une petite heure d'épisode peut se révéler délicat.
En revanche, les problématiques soulevées par All Things me passait au-dessus de la tête, lorsque j'étais adolescent. Lorsque je l'ai redécouvert, il y a certains aspects que j'ai trouvé nettement plus touchant qu'au premier visionnage, notamment la relation entre Scully et Daniel, mais aussi Scully et la famille de ce dernier. L'histoire suggère que Daniel, médecin à l'époque, a eu une brève liaison avec elle, lorsqu'elle était étudiante en médecine. Les autres femmes de la famille en veulent clairement à Scully, comme le démontre leurs échanges froids. En filigrane, l'épisode soulève que, lorsqu'il y a adultère, les maitresses bénéficient d'un traitement de faveur plus sévère que le mari trompant sa femme. Elle sont généralement trainées dans la boue, décrit comme des femmes horribles ayant détruits une famille. La responsabilité des maris sont régulièrement minimisés. Non pas que les hommes s'en sortent avec les honneurs: eux aussi peuvent être pointer du doigt, mais disons qu'ils bénéficieront toujours d'un traitement de faveur, voir du bénéfice du doute: "Ils savaient pas", "Il a fait une connerie", "Il a eu un moment de faiblesse", "les hommes ont des besoins". La femme, elle, sera toujours considérée comme une tentatrice, une succube. Grosso modo, les femmes doivent se montrer plus responsables et irréprochables de ce côté là. Dans All Things, la plupart des accusations proférées par Maggie sont destinées à Scully. Cette dernière est responsable de cette liaison et de ses conséquences entre elle et Daniel. Le récit pointe du doigt la responsabilité de Daniel dans toute cette histoire. Pourtant, il faut être deux individus pour provoquer un adultère. Malheureusement, cette composante est ensuite noyée dans toute la rythmique lourde de la mise en scène et de ses écarts new age, sur fond de Moby.
A ce sujet, c'est la deuxième fois cette saison qu'une musique de l'artiste accompagne un épisode.
Plus globalement, All Things s'inscrit parfaitement dans le mood général de la saison: à savoir des récits parsemés de voyages introspectifs, empreints d'une sensibilité religieuse et/ou spirituelle.
All Things est surtout célèbre pour fortement la suggestion d'une liaison amoureuse entre Mulder et Scully.
Depuis le baiser de Fight The Future, leur lien avait évolué, comme l'attester la saison 6 qui n'a pas arrêté de jouer sur le caractère romantique de leur relation. La saison 6 et 7 montrent le duo flirter ensemble, entre deux scènes du crime, sans parler du baiser à la fin de Millenium. Depuis presque deux ans, les agents ont passé Noël en tête à tête (How The Ghosts Stole Christmas). Mulder embrasse la Scully de 1939 (Triangle). Ils se font passer pour des jeunes mariés (Arcadia). Rain King met constamment en évidence le fait établi qu'ils sont amoureux.
Il n'est pas absurde de supposer que cette relation est antérieure à All Things. Gillian Anderson ne pensait pas aborder cette liaison dans son scénario. C'est Frank Spotnitz et la production qui estimèrent qu'il était peut être temps d'intégrer cette information. Cependant, la série a toujours été indécis, voir pudique, quant à l'évolution de cette relation. Les flirts des saison 6 et 7 sont mignonnes, mais on n'aurait pu supposer qu'All Things allait amorcer un virage à 180: Explorer frontalement les implications de leur couple amoureux. Au lieu de ça, le reste de la saison n'abordera jamais les conséquences du script d'Anderson, ramenant le duo au statu quo habituel. C'est finalement assez étrange. En écrivant, je me rends compte de ma dureté de l'introduction de mon texte. Finalement, j'arrive à trouver quelques qualités à All Things, mais je n'arrive décidément pas à adhérer au style. Pourtant, on peut saluer l'actrice de proposer sa propre patte visuelle. Son épisode ne ressemble à aucun autre. Le travail accompli est incontestablement ambitieux, surtout pour un premier projet. Malheureusement, ces bonnes intentions n'empêchent pas les lourdeurs de l'ensemble, comme certains choix discutables: Le travail sur la musique et le sound design paraît constamment surligné. Par exemple la surutilisation de la musique de Moby, mais également la surabondance de bruits de fond qui, au lieu d'accompagner une scène nous distrait de sa signification.
Globalement, All Things est un parfait marqueur: Tout transpire les années 90, que ça soit l'iconographie New Age de l'ensemble et l'utilisation d'une musique de l'album "Play" de Moby. A ce sujet, le compositeur fut ravi que Gillian Anderson utilise "The Sky is Broken" dans son épisode. Il précisa même: "J'étais tellement flatté que quelqu'un ait écouté l'album en entier".
L'actrice fut épaulé par Kim Manners durant tout l'épisode. Le réalisateur lui confia moult conseils de mise en scène afin de parfaire son métrage. All Things a motivé l'équipe production qui ont voulu que tout soit parfait. Le directeur de casting, Rick Millikan, a accompagné Anderson pour choisir ses acteurs. L'homme confia: "C'était amusant de la voir découvrir le processus de casting, une expérience totalement nouvelle pour elle".
All Things m'ennuie profondément. Néanmoins, pour une première réalisation, Gillian Anderson s'en sort tout de même avec les honneurs. Ce n'est pas un épisode honteux, mais il est boursouflé de partout, maladroit et un peu chiant, il faut bien le dire.
18. BRAND X ( Nicotine)
Depuis la saison 3, il y a quasiment toujours eu un épisode qui centrait son intrigue autour de Skinner, à l'exception de la saison 5: The Visit (saison 3), Zero Sum (saison 4) et S.R. 819 (saison 6) allouaient un temps d'écran considérable au directeur adjoint du FBI. Brand X accorde une grande place à Skinner. Cependant, l'intrigue n'est pas centrée sur lui. C'est une enquête "normale" avec Mulder et Scully enquêtant sur des cigarettes qui sèment la mort autour d'elles. En réalité, les deux acteurs étaient moins disponibles pour le tournage de ce loner, car occupés à peaufiner leur propre épisode. Cette absence justifient pourquoi Mulder est cloué sur un lit d'hôpital dans la seconde partie. L'omniprésence de Walter Skinner permet aux deux agents d'apparaître moins longtemps. Honnêtement, c'est toujours un événements les moments où l'homme sort de son bureau pour être un peu plus actif sur le terrain. Ses quelques scènes dans The Field Where I Died (saison 4) étaient rafraichissantes, par exemple.
Toute l'intrigue de Brand X insiste sur le fait que cette enquête repose sur les épaules de Skinner: C'est lui qui subit de fortes pression pour résoudre cette dernière. Malheureusement, Brand X souffre d'un problème de rythme dans sa seconde partie, au moment même où Mulder est alité à l'hôpital et que Scully tente de le sauver. Rien de rédhibitoire non plus, mais disons que si la structure de l'épisode avait été mieux appréhender, le récit aurait gagné en fluidité. On a la désagréable sensation que la production tente absolument d'inclure Mulder et Scully au forceps, notamment en alourdissant l'intrigue sur les passages à l'hôpital. En effet, l'épisode revient trop souvent sur les deux agents, alors que l'affaire avec Skinner aurait pu se suffire.
Néanmoins, Brand X est un chouette petite épisode. L'intrigue est... intrigante. A l'époque de sa diffusion, son parallèle avec Révélations de Michael Mann était d'une telle évidence, à tel point que Greg Walker, co-scénariste ici écoutait même la bande originale durant l'écriture du scénario. Comme dans ce film, Brand X dépeint une multinationale du tabac, Morley ici (les préférées de notre Homme à la clope), comme une entité toute puissante ne désirant que faire du profil, au détriment de la santé d'autrui. Avant toute chose, l'épisode ici constitue surtout une histoire effrayante à base de coléoptères du tabac qui dévorent la bouche et la gorge des victimes. Mais X-Files utilise les angoisses contemporaines qui alimentaient les consciences. Elle utilise la défiance envers l'industrie du tabac dans les années 90. Rappelons que le rapport à la cigarette a radicalement changé au cours de cette décennie. Il suffit de revoir des oeuvres des années 70 ou 80 et leur utilisation décomplexée de cigarettes, comme d'un marqueur social positif, pour s'en convaincre. Il est vrai que, dans les années 90, l'image du tabac a évolué négativement, et ça n'a cessé d'empirer les décennies suivantes. Le public a pris conscience des dangers inhérents au tabac, et son industrie déployait des efforts considérables pour les dissimuler. Ce n'est justement que vers la fin de cette décennie que les fabricants de tabac ont commencé à reconnaitre les risques et les dangers des cigarettes. Cette culture de la dissimulation par de puissantes entreprises s'accoquine à merveille avec l'univers d'X-Files. Ces multinationales sont même responsables d'expériences qui ont coûté la vie à toute une population. Brand X aborde l'intimidation orchestrée par ces boites lorsqu'elles se sentent menacés dans leurs intérêts, à l'instar de Révélations. Au début de l'épisode, les menaces de poursuites judiciaires planent constamment au dessus de la tête de Mulder et Skinner. Le script de Greg Walker et Steven Maeda démontre le cynisme à peine voilé des hautes pontes de ces entreprises. Après, tout, lorsqu'on prend du recul, il faut une certaine dose de cynisme pour capitaliser sur un produit qui dégrade frontalement ses clients. L'épisode arrive facilement à rendre les employés de Morley hautement antipathiques. Le pré-générique nous présente Jim Scobie, un ancien employé, qui se retrouve protégé par le FBI, car l'homme veut témoigner contre les agissements malveillants de ses employeurs. Le contexte culturel très actuel du métrage donne une certaine épaisseur à l'ensemble.
Brand X bénéficie de l'apport de Tobin Bell, futur Jigsaw de la série de films d'horreur, Saw. Il joue parfaitement bien Daryl Weaver, cet accroc du tabac, ancien cobaye de Morley, qui sème la mort, avec les cigarettes expérimentales. A l'intar de Theef, l'intrigue traite vaguement de lutte des classes: Weaver est un individu vivant dans la pauvreté et qui a accepté de devenir le cobaye d'expériences menées par une puissante entreprise. Une scène illustre parfaitement bien le choc des classes, lorsque l'homme rend visite au docteur Voss, chez lui. Ce dernier semble mal à l'aise que cet anonyme pénètre sa luxueuse demeure.
Même si l'antagoniste est finalement assez peu développé, Tobin Bell arrive à le rendre tour à tour menaçant, puis pathétique. Il y a quelque chose de tragique dans ce portrait. C'est un petit homme à l'existence vide qui voudrait aspirer à plus grand. Exercer des pressions auprès de Voss et de Morley, afin que ces derniers achètent son silence, lui alloue une certaine importance. C'est un type en quête de sens qui acquiert soudainement un pouvoir inédit dans sa vie. Malheureusement, le scénario ne développe pas assez le personnage. Le point culminant survient à la fin, quand Skinner lui braque son arme dessus: Le personnage exprime le souhait qu'on se souvienne de lui, pour sa contribution scientifique. Tobin Bell joue la scène avec une telle intensité qu'il est regrettable que l'histoire n'étoffe pas plus le protagoniste. A noter que cette séquence ressemble presque à un moment d'humour noir: Weaver est finalement abattu par Skinner car il refusait d'éteindre sa cigarette. Comme message préventive, ça se pose là.
Brand X bénéficie, comme toujours, de l'excellent travail de Kim Manners qui arrive à filmer de simples cigarettes comme un élément horrifique. C'est un épisode vraiment très réussi visuellement. Lorsque je repense à celui-ci, j'ai immédiatement des images saisissantes en tête, preuve que la patte artistique de l'ensemble demeure marquante. Unr palette de couleurs à dominante de marron et jaune prédominent une bonne partie du métrage. Une bonne partie des scènes sont noyés dans la fumée, conférant une atmosphère singulière. En outre, les bureaux de Morley ont bénéficié d'une attention particulière, avec ces longs couloirs et ces pièces remplies de détails.
Initialement, Brand X devait traiter de la suralimentation, mais comme Hungry abordait ces mêmes thèmes, Maeda et Walker prirent la décisions d'aborder les dérives de l'industrie du tabac, en s'inspirant du film Révélations.
La production a utilisé de vrais insectes pour les scènes des coléoptères sortant des cadavres. Mais comme les bestioles ne furent pas assez disciplinées, ces courtes prises ont malgré tout nécessité une journée entière de tournage. Des images de synthèse viennent combler certains plans d'insectes jaillissant de la bouche d'autres victimes.
Brand X est souvent considéré comme un épisode oubliable, alors que je le trouve très intéressant. Il ne s'édifie pas comme un sommet de la série, mais il a suffisamment de charme pour se laisser regarder plusieurs fois. Même si l'intrigue se dilue dans la seconde partie, c'est un épisode très solide techniquement. Et il bénéficie du charme indéniable de Tobin Bell et Mitch Pileggi.
19. HOLLYWOOD AD (Hollywood)
Seconde incursion de David Duchovny en tant que scénariste et réalisateur de son propre épisode, après l'excellent The Unnatural, l'année précédente. Malheureusement, le résultat est nettement moins convaincant. Sa diffusion aura été un crève-coeur pour moi tant j'attendais cet épisode avec impatience. Pourtant, il y a énormément de choses à apprécier dedans.
Hollywood AD représente une sorte d'adieu que Duchovny adresse à X-Files. A ce stade de diffusion, nous arrivons bientôt à la fin de l'année, et l'équipe de production ignorait encore ce qu''il allait advenir de la série. Allait-elle continuer ? Ou s'arrêtera-t-elle au terme de la saison 7 ? Quoiqu'il en soit, l'acteur décida de réaliser son second opus. Il faut dire que ce dernier commençait vraiment en avoir marre de Mulder. Evidemment, sacrifier sept ans de sa vie à jouer le même rôle peut se révéler épuisant, en plus d'être moins stimulant créativement. Se consacrer corps et âme sur un projet comme Hollywood AD permettait à l'artiste de rester impliquer et stimuler par la série. A ce sujet, il déclara: "Je voulais que ce soit une oeuvre cynique et ironique qui se termine sur une note sentimentale. Quand j'écris pour X-Files, ma haine et mon amour pour la série transparaissent simultanément."
Malheureusement, le scénario de Duchovny manque de profondeur. Grosso modo, Hollywood AD raconte une histoire dans l'histoire: Il y a la partie consacrée au bol de Lazare, puis il y a tout le côté festif à Hollywood. L'aspect le plus frustrant de l'épisode réside dans le peu de temps accordé à la partie hollywoodienne, pourtant l'ambition première du scénario. En revanche, un temps considérable est dédié à l'enquête sur le bol de Lazare. Pour être franc, c'est justement la partie qui ne m'a jamais passionné, et même après de multiples visionnages. Arrivé à ce stade, je commençais sincèrement à saturer de la composante religieux de la septième saison. Il faut attendre la fin du troisième acte pour que Mulder et Scully voyagent jusqu'à Hollywood, donnant une sensation de précipitation de toute cette partie de l'intrigue. Une véritable frustration car tout ce qui s'y déroule est jubilatoire.
Duchovny distille des thèmes qui ne s'emboitent pas bien avec la structure narratif. Mulder et Scully, flanqué de Wayne Federman, un producteur, enquêtent sur le cardinal O'Fallon et sur la mort de Micah Hoffman. Mais avant la conclusion de l'affaire, les agents se retrouvent propulsés à Hollywood sur le tournage du film consacré à cette histoire. Entre-temps, l'enquête se résolve tout seule, hors-champ. Un choix totalement délibéré et assumé par David Duchovny qui souhaitait généré un suspense sur la finalité de cette affaire. Le problème réside dans la transition disgracieuse entre les deux parties: Les agents se retrouvant chez Mulder avant de révéler qu'ils partent à Hollywood. L'enchaînement n'est pas des plus subtilou naturel.
La force du scénario réside dans son côté méta. Tout d'abord, il s'agit d'un questionnement sur la façon qu'a le cinéma de réduire des personnages complexes, bourrés de contradictions, comme de simples stéréotypes ou caricatures. Comment le monde va se souvenir de personnages de fiction tirés du réel. Cela démontre la puissance mémorielle des histoires, et par extension du cinéma. Par extension, Duchovny lui même relate ses angoisses ici, lui qui a joué pendant tant d'années un agent du FBI qui court après le paranormal. A la fin de la saison 7, il lui semblait évident qu'il allait devoir quitter la série et voler de ses propres ailes. Bien sûr, avant X-Files, il était déjà une vedette de second rôle, mais c'est la création de Chris Carter qui l'a propulsé en superstar immédiatement reconnaissable. Comment le public se souviendra-t-il de l'acteur après tout ça ?
Hollywood AD est intéressant lorsqu'on le place au milieu des grandes thématiques qui traversent la saison 7, et notamment la crainte qu'a la série de ne devenir que l'ombre d'elle-même. La figure du zombie revient donc une nouvelle fois ici. Millenium plaquait des zombies dans un sos-sol. Scully rencontrent des morts-vivants dans The Sixth Extinction. L'Homme à La Cigarette errait comme un fantôme dans une mythologie laissée en mort cérébrale. Hollywood AD convie la figure du mort-vivant au travers les hallucinations de Scully, qui lui montrent le cadavre de Micah Hoffman revenir à la vie, sans oublier la danse finale des zombies dans un décor fictif. La septième saison affiche distinctement les angoisses du show qui a peur de continuer indéfiniment en pilote automatique. Une série zombie sans âme, en somme.
Pour appuyer ce propos, l'épisode ici met en scène Mulder prisonnier d'une série qui ne cesse de tourner en boucle. Une fiction qui ne cesse de produire la même recette éculée. La très drôle introduction nous montre la projection du fameux film X-Files, avec Tea Leoni dans le rôle de Scully, et Gary Shandling dans celui de Mulder. Dedans, on y voit le Pape à la cigarette, faisant bien sûr autant écho au cardinal O'Fallon qu'à L'Homme à La Cigarette, s'opposant à Mulder, condamnée à se battre pour les mêmes raisons. En filigrane, la scène se questionne: combien de fois notre héros a été à deux doigts de prouver l'existence du paranormal ou/et des extra-terrestre ? Dans le même registre, ce "faux" film X-Files est clairement mauvais. Malicieusement, les mauvaises langues pourraient y voir un parallèle avec la qualité de la série qui décroit fortement depuis quelques temps, sous les yeux dépités de Mulder et Scully, constatant la dure réalité.
Durant la séquence, le zombie annonce que Mulder deviendra le nouveau Roi des Morts s'il se débarrasse de l'évêque à la cigarette. Une idée qui sous tend que le personnage deviendra officiellement un zombie, tout ce que X-Files craint: à savoir une fiction vidée de toute substance, de toute originalité, de toute fraicheur.
Hollywood AD s'inscrit parfaitement dans son contexte d'époque, et de son sous texte méta sur l'industrie hollywoodienne. Comme mentionné sur la partie consacrée à Theef, le cinéma, et notamment d'horreur, a connu une décennie d'exploration postmoderne des films d'horreur, et plus précisément des slashers. Freddy Sort de La Nuit, suivi de Scream, deux oeuvres signées Wes Craven, ont amorcé cette tendance. Mais ce n'est qu'à partir de Scream 2 qu'Hollywood a été intégré aux scénarios. En effet, dans Scream 2, les personnages étaient confrontés à l'adaptation filmique de leur véritable histoire. Stab est une version fictionnelle des événements passés dans Scream. En d'autres termes, Stab est une fiction dans la fiction. Dans Scream 3, les personnages voyagent carrément à Hollywood afin de se rencontrer les acteurs qui les incarnent. En parallèle, il y a tout un délire méta sur l'écriture ou encore la production qui viennent brouiller les pistes entre réalité et fiction. Jay et Bob Contre Attaque mélange le réel et la fiction, en incorporant spécifiquement de véritables acteurs, qui se mêlent à des personnages purement fictionnels. Dans ce film, les deux héros se rendent eux aussi à Hollywood afin d'empêcher l'adaptation d'une BD inspirée par eux.
Cette thématique est parfaitement adaptée en cette saison 7 qui aborde la frontière entre réalité et fiction, notamment via X-Cops qui s'amusait à détourner les codes de la série projetée dans la réalité de l'émission Cops. First Person Shooter plongeait les deux agents dans un jeu en réalité virtuelle. Enfin, Amor Fati brouillait les pistes en proposant une vie alternative à Mulder. L'intérêt croissant pour ces thématiques donne l'impression d'une série commençant à se sentir à l'étroit dans sa propre fiction qu'elle commençait à répéter en boucle. Une façon de s'extirper d'une routine qui s'ancrait durablement.
Malheureusement, ces sous textes intéressants sont louables, mais comme dit, le script de Duchovny souffre de sa partie "enquête" qui peine à passionner. Il y a bien entendu des éléments pertinents comme l'art et la supercherie et, par extension, un questionnement sur la création qui trouve écho dans la partie "Hollywood", mais c'est plutôt laborieux. Pire encore, de nombreux gags sont juste lourdingues. Après, il est toujours délicat de juger sur ce point étant donné que l'humour est quelque chose de profondément subjectif. Mais toutes les interventions du producteur Federman (qui joue son propre rôle d'ailleurs) tombent systématiquement à l'eau. Le seul moment amusant est lorsque Richard Gere est mentionné pour jouer Mulder. Une anecdote rigolote, puisque David Duchovny était régulièrement pointer du doigt pour son jeu d'acteur évoquant celui de Gere. En revanche, la grande révélation humoristique du métrage est... Walter Skinner. Le patron des deux agents nous montre une facette malicieuse et presque délirante de sa personnalité. Toutes ces apparitions revêt une dimension humoristique, même celle dans son bureau, au début. La manière qu'il a de s'adresser à ses agents est en total décalage avec la figure paternaliste et un peu colérique habituelle. Son regard malicieux dans la salle de cinéma, en direction de ses deux agents, juste après que la fausse Scully du film révèle qu'elle est amoureuse de Skinner, représente un des moments les plus drôles de toute la série. Notons aussi l'incroyable scène du bain, en écran scindé où nos deux héros prennent un bain chacun de leur côté. Par la suite, Skinner les appelle tous les deux, révélant un troisième écran partagé où le directeur adjoint s'adonne lui aussi au joie du bain moussant, en dégustant des fraises. Ces passages sont inestimables et rien que pour ça, j'ai une affection toute particulière pour Hollywood AD.
Bien entendu, Duchovny se moque également de certaines conventions de la série. Par exemple, lorsque Tea Leoni demande des conseils à Scully pour savoir courir avec des talons hauts. A ce titre, la révélation comme quoi Mulder est fan de l'actrice est un mignon clin d'oeil, puisque Leoni fut la femme de Duchovny à cette époque.
Mais la touche la plus symbolique du métrage réside à la toute fin, lors de la discussion entre les deux agents. Le plan final s'attarde sur le couple en train de se tenir la main, et quittant les studios de la FOX. Une magnifique image empreinte de romantisme qui aurait pu servir de plan final de la série. Cette séquence dégage une impression de fin: les deux vedettes discutant au calme, avant de partir tous les deux. A ce moment là, Duchovny semble enfoncer la porte de sortie.
A ce sujet, la séquence finale, avec les zombies qui dansent, a nécessité deux jours de tournage. Le processus pour transformer les acteurs en morts-vivants a nécessité plus de cinq heures.
David Duchovny intégra plusieurs membres de l'équipe technique dans son épisode, spécialement pour jouer des petits rôles. Bill Roe, le directeur de la photographie a joué un zombie végétarien. Tina M Amedrui, responsable du service restauration de la série, a interprété... Tina, la responsable de service de restauration du faux film. Paul Rabwin, producteur, a joué un producteur. Bill Millar a joué le réalisateur du film. Leur participation à l'épisode leur a permis d'obrenir leur carte de la Screen Actors Guild, leur octroyant le droit à une assurance maladie.
Au final, Hollywood paraît bien moins abouti que The Unnatural, du même auteur. Le script est englué par la partie religieuse qui n'est pas spécialement captivante, et l'humour ne fonctionne pas toujours. En revanche, l'aspect méta est plutôt bien vu, et toute la partie à Hollywood se déguste comme un bonbon festif.
20. FIGHT CLUB (Doubles)
C'est con... Je l'attendais un peu cet épisode. A l'arrivée, il s'agit de l'épisode comique le moins drôle de tout X-Files. Pire, il dégage une ambiance étrange et antipathique. Absolument tout dans le métrage sonne faux ou forcé. Pourtant, le postulat de départ était intrigant: il s'agissait de traiter du thème des doppelgangers. Le point de départ présente deux missionnaires religieux qui se frappent inexplicablement après qu'ils aient tous deux rendus visite à deux femmes, vivant dans des maisons séparés, se ressemblant comme deux gouttes d'eau. S'ensuit l'implication de deux agents du FBI ayant quasiment les mêmes traits que Mulder et Scully et qui se mettent, eux aussi, à se frapper subitement. Ces scènes ne sont pas spécialement drôles, mais demeurent intrigantes. Malheureusement, tout ce qui s'ensuit est épouvantable. Décidément, cette saison contient au moins deux épisodes horribles, et un que je trouve incroyablement lourd. Fight Club est une oeuvre épuisante. On a l'impression qu'il agit comme une pile électrique qui brasse du vent. L'épisode semble nous crier constamment dans les oreilles. Le scénario décrit les accès de violence spontanés qui surviennent lorsque Betty et Lulu se trouvent à proximité l'une de l'autre. Les gens qui les entourent se mettant soudainement à se battre sous l'effet d'une force invisible. On ne peut que souligner les similitudes avec Syzygy (saison 3) qui mettait en scène deux lycéennes aux pouvoirs cosmiques qui provoquaient des catastrophes, et alimentait la mauvaise humeur des habitants. Un autre script marqué de la signature de Chris Carter, et qui comportait déjà quelques éléments gênants, comme son humour parfois... mauvais. Fight Club est un Syzygy avec les potards poussés à l'extrême. Il essaie de concurrencer les meilleurs épisodes de comédie, juste avant "la fin" de la série. La composante réellement amusante est que les faux Mulder et Scully du début sont joués par Steve Kiziak et Arlenne Pileggi, les véritables doublures des deux agents. Kiziak a déjà eu un petit rôle dans Hungry. Et Pileggi est la femme de... Mitch Pileggi, alias Walter Skinner. L'actrice a joué d'ailleurs le rôle de la secrétaire de ce dernier depuis la saison 5. Le problème avec ce concept est qu'on ne sait pas quelle est la nature de ces doubles là, puisque seuls les doubles "jumeaux", Betty et Lulu, semblent capable de provoquer des désastres. On a l'impression que les règles établies de l'intrigue sont nébuleuses, et que ces doublures de Mulder et Scully sont là juste pour la blague, sans considération pour la cohérence globale de cet univers. Si on pousse l'analyse, on pourrait arguer que ces sosies de nos deux héros est une énième tentative (maladroite) d'exorciser les angoisses de la série, à ce moment là: En effet, les deux doubles exprimeraient l'idée de l'existence d'une copie dénaturée d'X-Files qui pourraient perdurer encore et encore, pendant de très longues années. D'autres versions de Mulder et Scully qui enquêteraient inlassablement sur des affaires non classées.
Le scénario de Chris Carter tente parfois d'apporter de l'autodérision sur sa propre création, mais l'effet produit sonne mesquin. Lorsque nos héros enquêtent sur ce qui est arrivé à ces deux autres agents, il révèle qu'ils travaillent ensemble depuis 7 ans, sans le moindre incident de ce genre, et qu'ils n'ont pas de relation amoureuse. Scully répond sèchement que même elle n'y croirait pas. Ce briefing de mission sous tend même une certaine lassitude entre nos deux héros. La routine de leur travail est mis en avant à ce moment précis, à l'instar du début du formidable Field Trip (saison 6). Sauf que, dans ce dernier, la routine servait clairement le propos et les thématiques sous jacents du récit.
Cette mise en bouche aurait pu donner lieu à un épisode potentiellement fascinant, mais au lieu de cela, on se retrouve dans une comédie burlesque terriblement gênante. On a l'impression qu'il a été écrit par les deux apprentis humoristes de Strip Tease. Tout le film enchaîne des moments loufoques sans nous intéresser une seule fois à ses personnages. Mulder se fait aspirer par une bouche d'égout à un moment, dans une mise en scène lourdingue avec une bande son comprenant limite le sound design des Tex Avery. L'intrigue n'a aucun sens et c'est assez inédit pour la série. Même les épisodes les plus mauvais arrivaient à structurer (même mal) une histoire. Fight Club balance son intrigue avec des éléments qui contredisent sa logique interne. L'épisode ne délimite jamais les contours de ses phénomènes paranormaux.
Un autre problème provient de la vedette invitée, Kathy Griffin, qui m'a toujours paru un peu antipathique. Visiblement, elle est une une humoriste qui joue sur une tonalité agressive. Un choix qui paraît donc opportun ici, mais elle contribue à la mauvaise ambiance générale. En outre, Griffin est censée joué deux personnages au caractère diamétralement opposé, mais l'actrice n'arrive pas à les jouer vraiment différemment. On n'arrive jamais à distinguer Lulu de Betty. Le personnage de Bob est lui aussi problématique. Il s'agit d'un homme colérique, enfermé en prison, qui ne cesse de crier quand il parle. L'ajout de ce protagoniste rajoute une couche sur l'antipathie ambiant. Lors des répétitions, Jack McGee, l'acteur interprétant Bob, baissait sa voix afin d'éviter un mal de crâne. C'est Paul Shapiro, le réalisateur, qui lui demandait de constamment crier. Finalement, le seul qui s'en sort est Bert Zupanic qui arrive à vaguement intéresser le spectateur. Il demeure finalement un meilleur ancrage émotionnel que Betty et Lulu.
Tout du long, on a la désagréable sensation que Chris Carter diffuse sa mauvaise humeur dans son scénario. Tout dans Fight Club respire la rancoeur. L'auteur n'arrive jamais à être drôle. On a même l'impression qu'il se force à y intégrer de l'humour, mais que son but était juste de produire quelque chose d'inconfortable. D'une point de vue production, ce loner se situe quasiment à la fin de la saison. On peut aisément se dire que le showrunner est épuisé. Encore une fois, il porte cette série à succès à bout de bras depuis sept longues années. De surcroit, les tensions avec David Duchovny ne sont toujours pas retombées. L'épée de Damoclès du procès entre l'acteur star et la FOX plane toujours au-dessus de la tête de Carter. L'homme ne sait toujours pas si X-Files sera renouveler ou pas, créant un flou agaçant sur l'écriture de la fin de saison. En somme, de nombreux problèmes à gérer en perspective. Il est indéniable qu'il fut étrange de collaborer professionnellement avec quelqu'un qui vous accuse d'avoir comploter avec la chaîne. Plus globalement, toute l'équipe naviguait en eaux troubles alimentant frustrations et stress. Fight Club décrit probablement l'atmosphère générale au sein de la production.
Même la séquence finale, montrant Mulder et Scully couverts de bleus provoque un certain malaise. Il est fortement suggérer que les deux agents se sont frappés dessus, ce qui est un peu bizarre comme image, comme si Carter se défoulait sur sa propre création. Peut être un moment d'égarement sous forme d'autodestruction. Présenter ses propres personnages se taper dessus a probablement servi d'exutoire pour le showrunner. D'après Chris Carter, l'idée de Fight Club est née avant le début de la saison. Il esquissa le principe de jumeaux que tout oppose qui provoqueraient une réaction délétère sur les environs. L'écrivain confia même qu'il subissait d'énormes pressions lors de l'écriture du scénario, car il écrivait le pilote de The Lone Gunmen en parallèle.
La place de Fight Club au sein de cette supposée saison finale a quelque chose de dérangeant: il s'agit du troisième épisode avant la conclusion, et proposer un plan final sur Mulder et Scully blessés tous les deux, après s'être battus est assez terrible, surtout après All Things qui montrait un rapprochement amoureux entre les deux héros.
Fight Club est un épisode épouvantable et surtout terriblement gênant. Rien ne va. Il n'est pas drôle. Sa direction d'acteurs laisse à désirer, il manque cruellement de cohérence, et déploie toute sa mauvaise humeur. Un moment profondément désagréable et assurément un des pires épisodes de toute la série.
21. JE SOUHAITE (Je Souhaite)
Je Souhaite (encore un titre français) constitue ce qui aurait pu être l'ultime loner de toute la série. Et quelle bonne idée de conclure cette partie d'X-Files avec une comédie loufoque avec un djinn, signé par un des meilleurs auteurs de l'écurie des scénaristes. Sauf que cette fois, l'écrivain assure l'écriture du scénario, mais également la réalisation. Une première fois pour cet auteur qui, plus tard, dirigera Breaking Bad, Better Call Saul et Pluribus.
Je Souhaite est un épisode plutôt solaire qui renoue avec les "X-Files Lite" de la saison 6. Niveau tonalité, il est dans une veine similaire que The Goldberg Variation. Cependant, il est plus loufoque que ce dernier. Son orientation humoristique le rapproche même de Fight Club, mais en plus réussi évidemment. Je Souhaite embrasse son postulat de base: à savoir l'intégration d'un génie qui confère une délectation ludique au film. Effectivement, l'un des plus grands plaisirs de ce genre d'histoires est de savoir quels voeux vont demander les protagonistes, et contempler les conséquences qui en découlent. L'impression de dérouler une pochette surprises de souhaits, dont on ignore comment le mauvais génies vont jouer sur les mots, et ainsi mal exaucer les souhaits de leurs "maitres". Rétrospectivement, il s'agit d'un des loners comiques les plus déjantés, notamment lors du dernier acte, lorsque le djinn fait disparaître l'humanité pendant une heure. Le concept est donc poussé très loin, et démontre malgré tout l'étendue des pouvoir du génie, même si cette dernière prétend avoir certaines limites.
Néanmoins, précisons que le script de Gilligan verse indubitablement dans l'humour noir. Quelques passages légèrement angoissants sont à noter, comme le pré-générique, lorsque la bouche du patron d'Anson Stokes disparaît de son visage. Cette mise en bouche (lol) est éminemment mystérieuse, mais provoque également une certaine frayeur. La suite nous dévoile le malheureux qui discute de cette histoire face à Mulder et Scully. On constate qu'il a dû se découper la chair afin de se créer une nouvelle bouche. Ces séquences peuvent provoquer le sourire, mais le malaise ne se trouve jamais très loin.
Je Souhaite dresse un joli portrait de Jenn, le génie du tapis. Son cynisme et son mépris envers les humains transparaissent à chacune de ses apparitions. Ses raisons sont parfaitement valables étant donné qu'elle a passé cinq siècles a ne pas être considéré comme un être humain. Au contraire, toutes les personnes qu'elle a pu côtoyer ont cherché à exploiter son pouvoir à des fins personnels, et jamais pour des raisons altruistes. Je Souhaite réduit les êtres humains à des êtres sommaires régis par les mêmes rêves banales, comme la cupidité ou la luxure. L'épisode porte donc un regard pessimiste sur la nature humaine.
Le discours atteint son paroxysme lorsque Mulder tente de formuler un voeu qu'il estime altruiste: Celui d'instaurer la "paix dans le monde". Bien évidemment, la réponse de Jenn sera de littéralement faire disparaître toutes l'humanité de la surface de la Terre. Ensuite, lorsqu'elle rebootera le souhait de l'agent, elle confronte ce dernier sur les motivations forcément égoïste d'un tel voeu, en sous-entendant que cela lui permettrait de se sentir mieux. L'exercice d'un tel pouvoir sous tend nécessairement une part d'égo. Les êtres humains ne pourront donc jamais être totalement bons. Malgré le vernis léger et malicieux du scénario, ce constat semble cruellement cynique.
Parallèlement, Je souhaite aborde des réflexions liés au genre. Il décrit cette femme, Jenn, qui se retrouve constamment au milieu des hommes, à assouvir leurs fantasmes. Des hommes qui émettent le désir de voir se réaliser des rêves typiquement masculins, en général. Même à la fin, elle rôde dans le giron de Mulder plutôt que Scully. De nombreux plans nous dévoilent Jenn, placée constamment dans l'ombre des hommes: que ça soit dans des images d'archives ou encore chez les frères Stokes. Ils décrivent des hommes qui ont réussi grâce à l'intervention d'une femme. Le talent de cette dernière est clairement exploité par ces hommes qui l'utilisent pour assouvir leur propres intérêts. Vince Gilligan a toujours critiqué le système d'exploitation dans notre monde capitaliste, comme le démontre brillamment Folie à Deux ou encore Monday. Je Souhaite démontre à quel point Jenn a été totalement déshumanisé durant des siècles, utilisée uniquement que comme un objet fonctionnel. Il n'y a qu'à la toute fin de l'épisode que Mulder l'a considère enfin comme une personne, lorsqu'il décide de la libérer. Un moment important qui décrit l'immense empathie de l'homme envers les victimes d'injustice.
En outre, Jenn pourrait très bien être une métaphore sur la longévité de la série. La jeune femme a perduré bien trop longtemps, exploitée pendant des siècles mais, à la fin, elle est libérée de toute obligation de faire des voeux aux individus. Comme la série, essorée jusqu'à plus soif, elle peut enfin s'arrêter.
Scully n'est pas en reste, puisque un passages adorable montre la scientifique jubilant de découvrir un corps invisible. Elle est frontalement confronté à un phénomène paranormal, mais elle l'accueille avec un grand sourire sur son visage, au lieu de vouloir absolument prouver à Mulder qu'il doit sûrement avoir tort. La séquence souligne l'évolution de son scepticisme, prouvant qu'elle est prête à accepter l'inexplicable. Le personnage avait déjà témoigné une certaine ouverture d'esprit depuis quelques saisons, notamment la 6, mais les scénaristes ne savaient jamais vraiment comment où placer le curseur de la rationalité de Scully. Parfois, elle semblait prête à accepter, puis elle rétropédalait l'épisode suivant. Je Souhaite vient donc consolider cette ouverture d'esprit dans l'arc narratif du protagoniste, à l'instar de The Goldberg Variation ou Theef auparavant.
Structurellement, l'histoire de Gilligan est clairement délimitée en deux parties, à l'instar du Hollywood AD de Duchovny. Le début encadre les deux agents dans cette mystérieuse affaire qui les amène aux deux frères Stokes. Le second segment du scénario referme cette enquête pour s'intéresser aux trois voeux accordés à Mulder. Il n'est plus du tout mention d'Anson et Leslie Stokes, comme si on avait eu là deux histoires distinctes, mais qui se suivent. La première partie se termine par l'explosion de la caravane des deux frangins. L'histoire de ce génie aurait donc pu se terminer ainsi, mais non, l'épisode continue malgré tout.
Pour une ultime fois, la septième saison réutilise la figure du zombie, lorsque Leslie émet le voeu que son frère Anson revienne à la vie. Comme ce dernier s'est fait percuter par un camion (parce qu'il était invisible), Jenn le ranime mais avec ses traumatismes physiques maintenus, le transformant en une sorte de zombie. A ce moment précis, l'intrigue suggère fortement qu'Anson aurait mieux fait de mourir, au lieu de continuer à errer comme un mort-vivant. Métaphoriquement, il serait peut être temps pour X-Files de mourir au lieu de continuer comme une série zombie, vidée de sa substance et son originalité.
Plus généralement, depuis la saison 3, tous les avant-derniers épisodes misent sur l'émotionnel et la consolidation des liens entre Mulder et Scully, juste avant le grand cliffhanger. Wetwired (saison 3), distillait le doute chez le Scully quant à la loyauté de son partenaire. La santé mentale de Mulder est mise à rude épreuve dans Demons (saison 4). Scully devant prouver l'innocence de ce dernier accusé d'un double meurtres. Mulder est encore une fois suspecté de délirer dans Folie à Deux (saison 5), et c'est la profonde confiance de Scully qui permet de sauver la situation. Et enfin, l'esprit des deux agents s'imbriquent ensemble dans Field Trip (saison 6), un avant dernier épisode entièrement dédié au lien profond qui unit le couple.
Je Souhaite aurait été un formidable comme ultime loner: Scully buvant chez Mulder, tous les deux ensemble. La séquence est étrangement apaisante. Une façon pour les deux personnages de lâcher prise de leurs enquêtes sur le paranormal, et ainsii s'offrir un peu de bon temps. Le temps qui semble suspendu, parfaitement retranscrit dans cette scène intimiste, trouve écho avec la conclusion, lorsque Jenn, libéré de son pouvoir, peut enfin contempler le temps qui passe, en buvant une tasse de café. Toute cette conclusion très douce aurait pu constituer la véritable fin d'X-Files. Ce moment nous ramènerait à la chose la plus essentielle de toute la série, à savoir Mulder et Scully.
Pour une première fois, Vince Gilligan porte assez bien la casquette de réalisateur. L'artiste a toujours rêvé de faire du cinéma, et il espérait depuis longtemps mettre en boite son premier épisode. Il était très nerveux à l'idée de réaliser Je Souhaite. A ce propos, il déclara: "Et si je faisais un fiasco total et que je gaspillais l'argent de la 20th Century Fox ? Et si tout le monde me prenait pour un imbécile et me mettait complètement hors course ? Mais quelque chose m'a poussé à continuer, et je crois que c'était la conscience que si je ne me saisissais pas de cette opportunité en or, je le regretterais toute ma vie, à force de ne pas avoir au moins essayé et échoué. Maintenant que je l'ai fait, j'ai encore tellement à apprendre, et c'est une des raisons pour lesquelles je veux recommencer."
X-Files aura été une formidable école formatrice pour l'auteur, comme pour d'autres scénaristes. Il aura écrit plusieurs épisodes marquants, dans une multitude de tonalités, puis il a pu observer sur le terrain les différentes étapes de processus créatif. Il a pu s'atteler à la production aux côtés de ses comparses John Shiban et Frank Spotnitz. Je Souhaite marque l'aboutissement du travail de Gilligan. Une sorte d'examen final. Evidemment, ça c'est si la série s'était éteinte après cette année. L'auteur réalisera par la suite Sunshine Days (saison 9) et supervisera la production des saisons 8 et 9, ainsi que de The Lone Gunmen.
Lors de la réalisation de Je Souhaite, le scénariste expliqua que David Duchovny et Gillian Anderson ont été particulièrement à l'écoute pour le mettre à l'aise. Une anecdote mignonne, d'autant plus que les deux stars venaient de réaliser leur propre épisode récemment.
Après avoir finalisé son scénario, l'auteur n'avait pas anticipé tous les défis techniques imposés par son histoire. Il relata: "Je n'avais pas l'intention d'écrire un épisode difficile à réaliser. Mais avant même de m'en rendre compte, je faisais exploser une caravane, un camion percutait un homme invisible, et il y avait toutes sortes d'effets spéciaux avec un génie. J'ai regardé toute l'équipe sur le plateau et je me suis dit: "Mon dieu, je vais être démasqué !" Heureusement, les acteurs et l'équipe technique ont aidé le nouveau réalisateur à prendre ses marques."
Je Souhaite constitue assurément une des plus grandes réussites de la saison 7. Un épisode à la fois cruel, léger et drôle, sur fond d'un cynisme persistant.
22. REQUIEM (Requiem)
Nous voilà enfin au final de la saison. Un cliffhanger qui, pour la première fois, ne se termine pas sur un "à suivre" traditionnel. Requiem est un final un peu étrange. Il a été conçu dans un certain flou artistique puisque, durant sa conception, l'équipe ignorait si la série allait être renouvelé par la suite. Il a été calibré à la fois pour être final de la saison mais aussi de la série, probablement juste avant la mutation du show en une franchisse cinématographique. Quoiqu'il en soit, c'est un mytharc très ambitieux qui a la lourde responsabilité de refermer les dernières portes, mais potentiellement en ouvrir d'autres. Un véritable casse-tête en somme.
La gestation de Requiem cristallise les angoisses existentielles de la saison. L'épisode se trouve dans un entre deux: Il ne sait pas où il se situe dans cette grande frise narrative. Sera-t-il le point final ou bien marquera-t-il une étape importante de l'émission ? Ces incertitudes pouvaient s'avérer stressantes pour la production car, tout du long des 22 épisodes, la saison a été traversé par la crainte de finir en spectacle zombie: Une série routinière condamnée à continuer indéfiniment et pendant x années. Elle craignait l'immortalité.
Bien entendu, nous savons aujourd'hui qu'X-Files a perduré pendant 9 saisons, 2 films,2 jeux vidéo, des comics, plus un revival, et un reboot se profile... Requiem remonte donc à loin maintenant...
Et pourtant, Requiem se doit d'être un marqueur important: il annonce la fin du format classique de la série. Après ce point, la série ne sera plus jamais comme avant. Il s'agit du tout dernier épisode avec la formule Mulder et Scully au centre de l'attention. On pourrait parfaitement considérer ce mytharc comme la fin d'une époque. D'ailleurs, de nombreux fans de la série considèrent Requiem comme le chapitre final. Beaucoup de gens n'ont pas du tout apprécié le virage opéré par les saison 8 et 9. D'autres spectateurs place le curseur de la conclusion à la fin d'Existence, le final de la saison 8 (ce qui est mon cas).
A ce niveau là, X-Files avait épuisé toutes ses cartouches. Lorsque j'interroge d'autres fans, beaucoup reconnaissent qu'ils ont commencer à fortement faiblir pendant la saison 7. Comme expliqué lors de mon texte introductif, la série de Chris Carter n'échappe par à "la crise de la saison 7": ce moment presque invariable où le public commence sérieusement à se lasser d'une série. Bien sûr, certains spectateurs sont moins bien endurant et s'arrêtent avant, mais la septième année représente vraiment une sorte de plafond de verre où les gens craquent vraiment, et se détournent en masse. Il existe quelques exceptions, mais c'est assez rare.
Le début de Requiem sonne manifestement comme une sorte de bilan sur tout ce qu'a accompli Mulder et Scully. Dans ce premier acte, le duo doit défendre leur travail face à l'agent spécial Chesty Short. Ce dernier se demande si nos deux héros ont résolu tous leurs objectifs. L'homme insiste sur la conclusion de l'enquête qui concerne la disparition de Samantha mais également de la conspiration extra-terrestres. L'ironie provient de la réponse de Mulder qui, l'air gêné, explique que rien n'est vraiment résolu. Une phrase qui agit comme un aveu de Chris Carter, mais aussi des auteurs des séries à mystères, qui n'apprécient jamais totalement conclure leurs intrigues. Que les questions sont souvent plus amusantes à distiller que d'y répondre.
Lorsqu'on repense aux fans qui situent la fin de la série à Requiem, il est intéressant de s'imaginer un monde alternatif où ce fut réellement le cas. La culture populaire se serait souvenu d'une fin impactante et mystérieuse qui aura montrer l'enlèvement de Mulder par un vaisseau extra-terrestre et Scully annoncée qu'elle est enceinte. Point final ! Les gens se seraient souvenus de cette série qui aurait vu son personnage central se faire kidnapper par ce qu'il recherchait.Un choc !
Les révélations finales de Requiem peuvent constituer un cliffhanger efficace, mais également être une conclusion satisfaisante à toute la série. Chris Carter a avoué que, pour lui, c'était la fin prévue. Cette scène de fin était déjà écrite avant même que David Duchovny ne décide de revenir pour un peu moins de la moitié de la saison 8.
Comme il s'agit d'un épisode potentiellement final, Requiem doit donc condenser beaucoup de choses en moins d'une heure. Sûrement une des raisons de sa force: c'est un mytharc méticuleusement rythmé, en plus d'arriver à rassembler les derniers restes de ses éléments mythologiques. De surcroit, l'intrigue évite les ambiguïtés et les non-dits habituels du fil rouge. Les motivations des divers instigateurs de la conspiration sont relativement limpides ici: L'Homme à La Cigarette veut mettre la main sur le vaisseau et relancer le syndicat. Krycek souhaite se venger, et le chasseur de prime extra-terrestre traque les anciens enlevés pour les dissimuler. Le scénario est d'une étonnante clarté. Le script de Carter ramène même l'ampleur habituel du complot à une échelle nettement plus intimiste. Pour preuve, le Cigarette-Smoking Man, mourant, reçoit Krycek et Marita dans une petite pièce pour discuter de son projet. De même, avoir ramener Mulder et Scully sur les lieux de leur toute première enquête permet à la fois de boucler la boucle, mais renforce également l'aspect resserré du mytharc. En effet, la petite ville de Bellefleur rappelle indéniablement cette époque où la mythologie en était encore au stade embryonnaire. A bien des égards, Requiem épouse de nouveau l'atmosphère de la première saison. Le cadre de l'épisode pilote, ainsi que les clins d'oeil à ce dernier (comme la croix de Mulder dessiné sur la route), évoquent bien sûr les prémices de la série, mais les enjeux de ce dernier mytharc rappelle des épisodes comme Deep Throat ou Fallen Angel, dans lesquels Mulder et Scully traquaient de vagues OVNIs. Il n'y a pas l'ampleur immense de la mythologie, avec ses trains qui foncent, ses téléphériques, ses goulags mystérieux en Russie, et avec sa conspiration à l'échelle mondiale.
Selon certaines analyses, le rôle du chasseur de prime alien serait une allégorie des scénaristes qui feraient disparaître les éléments superflus de la mythologie. Grosso modo, le polymorphe mettrait de l'ordre dans le fil rouge. Il agit comme l'élément qui tente d'apporter une réelle conclusion à ce grand récit. Il se débarrasse donc des preuves pour au final faire disparaître Mulder d'X-Files. A contrario, L'Homme à La Cigarette représenterait la volonté du show à se maintenir en vie. Il veut que la mythologie continue. Il désire relancer la grande conspiration pour que la série puisse épuiser encore et encore moult mytharcs. L'apparence de l'antagoniste ressemble de plus en plus à une âme en perdition, entre la vie et la mort, mais qui désire continuer par désespoir. Bien entendu, le Cigarette-Smoking Man n'est pas encore un zombie, mais il pourrait peut être le devenir, qui sait. En l'état, il n'est clairement pas décidé à mourir.
La scène dans laquelle Krycek tue ce dernier était pourtant une superbe note d'intention des auteurs. Non, la mythologie ne pouvait pas perdurer indéfiniment. Dommage que les saisons 8 et 9 remettent le couvert avec une nouvelle mythologie beaucoup moins impactante et significative. Petite anecdote: Nicholas Lea fut ravi de la scène où il tue le Smoking Man. A ce sujet, il déclara: "C'est l'un des grands moments du personnage, quand je peux pousser Bill Davis dans un escalier. D'une certaine manière, il n'a plus rien à perdre, car sa vie est terminée. La mort n'a donc plus la même terreur que pour un jeune homme insouciant."
L'un des passages les plus importants de l'intrigant reste ce repas improvisé dans le bureau de Skinner avec ce dernier, Mulder, Scully, Marita, Krycek et les Lone Gunmen. Bien entendu, le cadrage de loin, présentant tous les protagonistes, est un hommage appuyé au tableau de La Cène, de Léonard de Vinci. Accessoirement, le fan que j'étais était en extase de voir la plupart des derniers représentants de la mythologie réunis pour se faire une bonne bouffe, et discuter extra-terrestres. Il y a clairement une volonté d'offrir une jolie scène un peu fan service avant la fin de la série. J'ai toujours vu cela comme un petit cadeau aux fans, juste avant de refermer le rideau. Une manière de remercier les forums en ligne qui ont largement influencé certains choix créatifs de la série.
Pareillement, je fus surpris d'être ému par Skinner, à la toute fin, lorsqu'il commence à pleurer à cause des événements dont il vient d'être témoin. A ce moment précis, il doit déclarer l'enlèvement de Mulder à Scully, mais c'est également la première fois qu'il voit un vaisseau spatial. Emotionnellement, Requiem fonctionne à merveille: Les scènes pleines de tendresse entre Mulder et Scully sont touchantes. Le premier s'inquiétant réellement de sa partenaire.
Pendant une partie du tournage, les deux dernières pages du script manquaient, alimentant les incertitudes de l'équipe quant à un éventuel retour de la série. Chris Carter a attendu le dernier moment avant d'écrire la suite. La fin a donc fortement surpris tout le monde, mais surtout Gillian Anderson et Mitch Pileggi puisqu'ils portent la conclusion de l'intrigue, même si Anderson se doutait de l'imminence de la grossesse de Scully. La scène finale de Fight Club apparaît donc, rétrospectivement, encore plus malaisante: Elle signifie que Mulder et Scully se sont battus physiquement, alors que la femme était enceinte...
Requiem constitue donc une formidable conclusion à la saison 7, mais également à toute la série. Quoiqu'il en soit, il représente un bilan pertinent à sept années de mystères et de paranormal. Nous pouvons parfaitement considéré que ce final clôt admirablement bien les "X-Files classiques".
CONCLUSION:
C'est donc ici que je termine mon ultime dossier sur la saison 7 d'X-Files. Comme tu l'as remarqué, elle constitue clairement le point faible des saisons dites classiques. Mais en écrivant, et malgré les 2 ou 3 énormes ratés, il subsiste tout de même d'incroyables épisodes, avec des éléments thématiques pertinents à en tirer. Pour ma part, écrire tous ces dossiers a été une sacrée aventure. J'ai dû m'appuyer sur mes souvenirs, ainsi que sur tous les textes que j'ai pu lire et relire plusieurs fois, notamment lorsque j'étais adolescent, et même après. Je me suis toujours dit que j'écrirai quelque chose sur cette série qui m'a obsédé pendant très (trop ?) longtemps. En revanche, je ne m'attendais pas à m'étaler autant. Mais disons qu'aborder chaque saison, chaque épisode m'a permis de coucher sur papier tout ce que j'ai pu m'abreuver durant toutes ces années.
Je suis également très content que des gens aient eu le courage de lire jusqu'au bout tous ces dossiers. Je dois reconnaitre que je ne m'y attendais. Je suis surtout content que des gens se soient amusés à revoir la série, avec mes articles sur le côté.
Je ne pense pas pondre la même chose pour les saisons 8 et 9. Malgré mon amour pour la 8 (et l'ajout de l'incroyable Robert Patrick au casting), j'ai l'impression d'avoir moins de choses à en dire dessus. A l'époque, je commençais déjà tout doucement à lâcher la série. En outre, j'ai toujours été plus fasciné sur les sept premières années de vie de la série. J'espère que je n'ai pas laissé trop trop de fautes. Promis, je fais attention pourtant. :D
Je te fais des bisous...
PS: Pour mes écrits, je m'appuie énormément sur tous les textes que j'ai pu lire depuis mon adolescence. Il y a de nombreux éléments que je tire de magazines (comme Mad Movies, Generations Series ou encore le magazine X-Files), mais aussi de tous les livres que j'ai pu acheter, notamment les biographies des deux acteurs principaux, mais également les guides officiels et même non-officiels. Par la suite, j'ai pu lire de nombreux dossiers ou articles rétrospectifs sur internet qui ont parfois étudié la série (notamment le site eatthecorner ou les commentaires des DVD, etc...).
Moggy










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